Revue de presse

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Le manque d’eau potable à Saint-Malo stoppe la zone d’aménagement concerté de La Houssaye

Le Télégramme · 22/10/2026 · ← revue

La justice avait été saisie le 27 août 2026, à la fois par l’association Rothéneuf Environnement, l’un de ses fondateurs Ronan Vitre et son secrétaire Gilbert Marguier, tous deux propriétaires, « depuis plusieurs années », à Saint-Malo. « Des sondages » ont été réalisés, trois jours plus tôt, par le promoteur Bonne Rencontre (groupe Bati Armor) et « les travaux de terrassement et de viabilisation » de la zone d’aménagement concerté (Zac) de la Houssaye devaient démarrer « au premier trimestre 2027 », avait admis la municipalité.

« Données trop anciennes »

« Le projet communal prévoit l’accueil d’une population toujours plus importante, soit 3 448 habitants de plus à l’horizon 2035 et accorde une place centrale à l’attractivité touristique », s’alarmaient les requérants. Or, la « capacité de la station d’épuration à traiter ce volume substantiel de nouveaux effluents avait été mal appréhendée » par le maire Gilles Lurton (LR) : il s’était basé sur des « données trop anciennes et sans tenir compte des variabilités saisonnières ».

« Les situations observées au cours des étés 2025 et 2026 témoignent du caractère critique des enjeux d’accès à l’eau potable », appuyait leur avocat, Me Thomas Dubreuil. La Mission régionale d’autorité environnementale (Mrae) de Bretagne avait, elle-même, trouvé que « l’effort de réduction de consommation des sols était trop faible » mais la commission d’enquête publique avait, malgré tout, donné « un avis favorable » à ce projet de révision du Plu, avec « six recommandations et deux réserves » liées, notamment, « au changement climatique ».

« Risque avéré »

« Il existe un risque avéré de rupture de la ressource : Saint-Malo est la seule commune à être visée par un plan Orsec eau potable cet été, ce qui atteste d’une tension extrême », insistait-il devant la juge des référés du tribunal administratif de Rennes.

Pour sa défense, la ville de Saint-Malo avait commencé par dire que le permis d’aménager qu’elle avait délivré le 10 août 2026 pour « un parking provisoire destiné aux usagers de la Route du Rhum » - dont le départ est prévu le 1er novembre 2026 - était parfaitement « étranger à l’aménagement de la ZAC de la Houssaye ».

Pour le reste, son avocat mettait « l’actuelle saturation des réseaux sur le compte des eaux de pluie bretonnes et non pas sur les eaux usées des Malouins. Les importants investissements prévus par Saint-Malo Agglomération - de l’ordre de 65 millions d’euros - allaien remédier à la situation, selon lui.

Me Cédric Hauüy mettait ainsi en avant une « étude de faisabilité » pour un dispositif de réutilisation des eaux usées traitées (Reut) par la station d’épuration de la Grande Rivière sur la base d’un « retour d’expérience du programme Jourdain », porté par Vendée Eau autour des Sables-d’Olonne. « C’est l’un des trois projets français les plus avancés en la matière, a-t-il souligné. La politique volontariste de l’agglomération pour accompagner les industriels dans la réduction de leur consommation d’eau devait aussi permettre de corriger le tir.

« À titre d’exemple, les dossiers de demande de permis de construire déposés sur le secteur de la Houssaye, actuellement à l’instruction, mettent en place un système de récupération des eaux grises dans les bâtiments collectifs », mettait-il en avant.

« Vulnérabilité particulère »

Suspendre l’application du Plan local d’urbanisme serait au final « en contradiction (…) avec les projections démographiques de l’INSEE, pensait Me Cédric Hauüy. Elles démontrent le dynamisme de la commune ». L’État avait d’ailleurs trouvé que le « scénario démographique » retenu par les élus locaux « manquait d’ambition » au vu du « programme gouvernemental appelé Territoires engagés pour le logement »…

« Mais le pays malouin présente une vulnérabilité particulière s’agissant de l’approvisionnement eau potable », a tranché la juge des référés du tribunal administratif de Rennes dans une ordonnance datée de mercredi, qui vient d’être rendue publique. « Cette situation de déficit structurel a des conséquences critiques, à la date de la présente ordonnance, dans le contexte d’une sécheresse qui s’est prolongée au cours de l’été 2026 ».

« Le secteur (…) est exposé à un risque de rupture de l’alimentation en eau potable, à raison notamment du dynamisme démographique et des changements climatiques, ce qui implique des adaptations du territoire pour assurer sa résilience », en conclut-elle. Elle a donc suspendu l’exécution du nouveau Plan local d’urbanisme de Saint-Malo jusqu’à son réexamen par une formation collégiale de trois juges, généralement sous dix-huit mois à deux ans.