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« La peau comme journal de bord » : sur le stand de tatouages de la Route du Rhum, à Saint-Malo, Alexandra Bay nous en dit plus sur les tatouages marins

Le Télégramme · 26/10/2026 · ← revue

La croix, des initiales, une ancre de marine, l’étoile noire sur le torse, les charnières à l’intérieur des coudes sont autant de tatouages de marins d’hier et d’aujourd’hui. Interrogée sur les tatouages marins, Alexandra Bay, autrice du livre sur « Le tatouage traditionnel américain, des frégates aux salons de tatouages » et qui évolue dans le milieu du tatouage depuis plus de 30 ans maintenant, revient sur ce qui peut être comparé à des états de service, un véritable carnet de bord gravé sur la peau.

Gonzalo Guerrero, Joseph Kabris

« Les premiers marins tatoués, ce sont ceux qui avaient fait naufrage. Enrôlés par les tribus autochtones, ils étaient alors marqués, ainsi identifiés. Lors de mes recherches, j’ai, par exemple, découvert Gonzalo Guerrero, un conquistador espagnol qui avait fait naufrage en 1511, sur les récifs de la péninsule du Yucatan. Capturé par les Mayas, il se montrera utile à ses maîtres. Il gagnera sa liberté. Il épousera la fille d’un chef, apprendra la langue maya, adoptera les coutumes locales et se fera tatouer et percer le visage. Élevé au rang de chef militaire, il a longtemps été ignoré par les Espagnols au prétexte qu’il s’était ensauvagé allant jusqu’à tatouer ses joues percer ses lèvres », rapporte Alexandra Bay.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, il y aura aussi les « beachcombers », des marins européens ou des naufragés qui s’installaient volontairement ou non sur les îles du Pacifique (comme à Hawaï), vivant au sein des populations locales. « Joseph Kabris, soldat, marin engagé sur un baleinier anglais, échoué sur l’une des îles Marquises, s’y est transformé en guerrier tatoué. À son retour en Europe, en 1817, impossible, pour lui, de s’intégrer à nouveau. Son particularisme deviendra alors son moyen de subsistance, son corps, tatoué de la tête aux pieds, un spectacle. Il est cité comme l’homme blanc qui s’est fondu dans la communauté noire, en atteste ses multiples tatouages, le signe visible d’une transformation vers la sauvagerie, voire le cannibalisme. »

Autre fait historique où l’on retrouve des marins avec des tatouages, l’enrôlement de force des marins par la marine britannique dans les treize colonies anglaises d’Amérique, au XVIIIe siècle, une pratique historique majeure appelée « impressment ». « Menée par des groupes armés appelés press gangs, cette méthode consistait à kidnapper des marins ou des civils qui ressemblaient à des marins dans les ports et sur les navires marchands pour pallier le manque cruel de main-d’œuvre au sein de la Royal Navy. Pour les identifier, ils se verront délivrer un passeport avec leur nom, leur taille. Ils seront également tatoués. »

Tatoués aussi, les membres de l’équipage du navigateur James Cook qui, en arrivant en Polynésie, se feront tous dessiner une étoile noire sur leur torse…

Moyen d’identification, signe d’appartenance à un groupe

« La tradition du tatouage est forte partout où la tradition maritime est importante » résume Alexandra Bay. « Moyen d’identification, d’appartenance à un groupe, ex-voto, preuve d’exploits maritimes, les tatouages ont toujours été en quelque sorte les états de service des marins qu’ils portaient à même la peau. » Et Alexandra Bay de conclure son propos en citant « le professeur Samuel F. O’Reilly (qui) avait l’habitude de déclarer solennellement qu’un marin américain sans tatouage est comme un navire sans grog, pas digne de la mer ».

Pratique

Sur l’espace exposants, Quai Saint-Malo 4, jusqu’au 1er novembre 2026, stand de tatouages ouvert en semaine de 10 h à 20 h, le vendredi et le samedi, de 10 h à 22 h. Sur place, possibilité de se faire tatouer (payant).