Revue de presse

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« L’exercice a été difficile » : après les violences du 17 octobre à Rennes, la préfète fait le bilan d’une journée inédite

Le Télégramme · 18/10/2026 · ← revue

Des affrontements presque sans discontinuer, de 14 h 30 jusque tard dans la soirée. À Rennes, comme dans de nombreuses villes de France, le mouvement du 17 octobre a été marqué par un niveau de violence rarement atteint. Inédite aussi, l’ampleur des dégâts et des pillages qui ont ciblé de très nombreux commerces du centre-ville. D’où la question que de nombreux Rennais se posent : les autorités avaient-elles suffisamment anticipé cette mobilisation ?

Moins de 24 h après, la préfète d’Ille-et-Vilaine, Emmanuelle Dubée, répond : « L’exercice a été difficile. » Oubliez le repère habituel des manifestations rennaises : cette mobilisation, justifie la représentante de l’État, n’a ressemblé à aucune autre. Fait rare, elle a drainé une forte affluence alors qu’aucun parcours n’avait été déposé en préfecture, faute d’organisateur identifié. Une participation importante, qui limitait les possibilités de manœuvre pour les troupes déployées sur le terrain.

Reculs ou replis stratégiques ?

Autre particularité : à la centaine de profils d’ultra-gauche « classiques », déterminés à en découdre, s’est ajouté un grand nombre de mineurs et de jeunes adultes qui attendaient l’opportunité de s’introduire dans les magasins dont les vitrines avaient été brisées. « Ce que nous avons vu hier, ce sont des phénomènes d’émeutes, de pillages et de violences urbaines », estime la représentante de l’État. Les ultras ont notamment utilisé des tirs de mortiers mais aussi des pavés, des pans de murs ou encore des projectiles trouvés sur le chantier de la dalle à République.

Face à leurs coups de boutoir, les forces de l’ordre ont donné le sentiment de reculer à plusieurs reprises et de laisser à découvert des lieux stratégiques. En fin d’après midi, par exemple, au niveau du pont Pasteur, les agents se sont repliés rue Gambetta, lors d’un face-à-face interminable avec des individus masqués. Certains accès au centre historique, d’ordinaire bien gardés, ont également été dégagés. Parmi eux, la rue de Rohan, où se situent les Galeries Lafayette, visées par les pilleurs jusqu’au retour des forces de l’ordre.

La raison, selon la préfète : les forces de l’ordre ont dû s’adapter en restant très mobiles tout au long de la journée, face à des groupes qui l’étaient aussi. « Cela suppose parfois de se regrouper quand il y a des endroits où les policiers et les gendarmes se retrouvent en situation minoritaire. Ces regroupements peuvent donner l’impression que les forces de l’ordre reculent alors qu’il y a encore des tensions. Mais, parfois, il n’y a d’autres choix que de laisser une barricade brûler, s’il n’y a pas de risques de propagation, pour aller protéger d’autres cibles prioritaires. »

Le pire évité à l’Hôtel de Ville

En l’occurrence, il fallait défendre la préfecture de région mais aussi l’Hôtel de Ville, dans le collimateur des plus radicaux. De ce point de vue, souligne-t-elle, les forces de l’ordre ont réussi. « Nous sommes parvenus à empêcher la mise à feu de bâtiments publics », appuie-t-elle, contrairement à d’autres villes de France, où des mairies ont subi d’importants dégâts. À Limoges, par exemple, le bâtiment a été carrément détruit par un incendie.

Reste une question : le dispositif, constitué selon nos informations de 300 agents, était-il suffisamment fourni ? Oui, répond la préfète. Rennes a été parmi les villes les mieux dotées en effectifs de la zone de défense ouest. « Nous avions un dispositif policier proportionné à ce dont nous avions connaissance. Cela n’a pas empêché tous les dégâts. Je le regrette vraiment fortement, surtout pour tous ceux qui sont victimes ». Et de répéter son soutien aux commerçants et aux habitants mais aussi aux forces de l’ordre, dont elle salue « le courage ». 20 d’entre eux ont été blessés lors d’un déchaînement « d’une violence inouïe ».