« Je ne suis jamais fatiguée » : à 85 ans, Mamie Marathon va participer à sa toute dernière course [Vidéo]
Même lorsqu’il s’agit d’enfiler ses baskets, Anne-Marie reste toujours coquette. Une chic barrette attachée à ses cheveux coupés au carré, dégage une mine rayonnante et un sourire qui donne la pêche ! 8 h 15, la Rennaise franchit le portail du parc du Thabor et entame son entraînement. « Je me réveille tous les jours à 5 h 45 du matin, et je commence par un réveil musculaire de 20 minutes ». À 85 ans, sa forme a de quoi faire des envieux. Tout comme son programme hebdomadaire, bien ficelé : trois séances de course à pied et trois cours d’aquagym. Un seul jour de repos, le samedi. « Et je ne suis jamais fatiguée », ose-t-elle ajouter, un léger sourire au coin des lèvres. C’est justement son secret. Une hygiène de vie irréprochable. « Je me couche tôt le soir, je me lève tôt le matin, et je ne fais jamais d’excès ». L’élégante octogénaire enchaîne les allers-retours sur les sentiers gravillonnés du parc, comme si elle les connaissait par cœur, depuis toujours. Ce n’est pourtant pas le cas. Anne-Marie a commencé la course à pied sur le tard : à l’âge de 48 ans. « Mon médecin m’a fait remarquer que j’avais pris un peu de poids, avec la préménopause. J’ai donc décidé d’acheter une paire de baskets, le plus simple pour commencer un sport sans contrainte ». Et là voilà, 37 ans printemps plus tard. Paris (trois fois), New York (cinq fois), Berlin, Chicago, Auckland… 34 marathons dans les jambes. « J’ai évidemment remercié mon médecin depuis », plaisante-t-elle.
Un parcours de vie semé d’embûches
Cette niaque, Anne-Marie la puise de loin. Il faut dire que la vie ne l’a pas épargnée, depuis sa naissance. Abandonnée un temps pendant la guerre, elle grandit sans marque d’affection familiale. Ouvrière à l’usine à 15 ans et demi pour nourrir ses neuf frères et sœurs, mariée et mère deux enfants à 20 ans, une grave maladie la frappe deux ans plus tard. Elle sera aussi veuve trois fois. Et la triste énumération ne s’arrête pas là. « J’ai perdu mon fils, c’est la pire chose qui puisse arriver à une maman. Il avait 19 ans. Mais il me donne des forces. Quand je cours, je suis auprès de lui. » Ces drames ont façonné la femme de caractère qu’elle est devenue. « Les malheurs qui ne vous tuent pas, vous grandissent, vous rendent plus fort », résume-t-elle avec une résilience remarquable, tout en feuilletant ses dossards qu’elle garde en souvenir. Juste à côté, trônent des dossiers classés sous chemises. À l’intérieur, l’ancienne fonctionnaire au conseil régional d’Ille-et-Vilaine prend le soin de détailler à la main toutes ses courses, ses temps obtenus, sans oublier un petit mot pour chacune. « Bonnes sensations, j’ai reçu des fleurs », peut-on lire après la “Grégorienne” de 2014. Les feuilles à carreaux s’entassent, Anne-Marie répertorie ses performances depuis 1995 ! Un dernier marathon pour la route ! Le prochain objectif de l’infatigable mamie ? Le Marathon Vert de Rennes, qui s’élancera le 18 octobre prochain. Et celui-là, aura une saveur particulière. « Ce sera le dernier. Il faut savoir dire stop et ne pas faire la course de trop. À Rennes en plus, la boucle sera bouclée. » Son dernier marathon devait être celui de New York, en novembre 2025. Mais une chute au 32e kilomètre a bousculé les plans de la retraitée, forcée d’abandonner. Pour ce dernier grand rendez-vous qui l’attend, un podium dans sa catégorie ne lui déplairait pas. « Je suis classée en master 10, avec les 85 ans et plus. Souvent, il n’y a pas grand monde, mais ça fait toujours plaisir de monter sur les marches d’un podium ». Une fois ces 42 kilomètres avalés, pas question pour autant de ranger les baskets au placard. Tant que sa santé lui permettra, Anne-Marie poursuivra ses entraînements quotidiens. « J’ai besoin de ça pour mon bien-être, mon équilibre ». Côté chrono, difficile pour Anne-Marie d’égaler son record de 3 h 37 au Mont-Saint-Michel en 1998, mais elle espère en battre un autre : celui de l’applaudimètre.