Revue de presse

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« Je n’ai jamais vu ça » : à Rennes, pourquoi la manifestation du 5 novembre s’annonce comme l’une des plus importantes de ces dernières années

Le Télégramme · 03/11/2026 · ← revue

La date était cochée depuis un moment dans le calendrier des organisations syndicales. « Après la mobilisation pour la fonction publique du 29 septembre dernier, on a eu énormément de salariés du privé qui nous disaient vouloir eux aussi sortir dans la rue », confie Wilfried Lemaréchal, secrétaire général de la CFDT 35. « Comme la date du 5 novembre a été annoncée assez tôt, ça a eu le temps de bien infuser. Surtout avec les mobilisations lycéennes et des Gilets jaunes qui ont pris de l’ampleur dans le temps. »

À Rennes, une large intersyndicale, allant de la CFDT, la CGT, FO, la FSU et Solidaires jusqu’à la Confédération paysanne et l’Union Pirate, appelle à une vaste mobilisation contre la vie chère et pour la défense du service public ce jeudi. « Même la CFE-CGC nous a rejoints, alors qu’elle n’a pas été de toutes les intersyndicales ces derniers temps », confie un jeune syndicaliste. « Ça donne une idée de l’ampleur du mouvement. » Une grande manifestation est prévue à 13h au départ de la place de Bretagne.

Convergence des luttes

Si les discussions sont encore en cours entre l’intersyndicale et la préfecture concernant le parcours exact, ce défilé s’annonce historique selon plusieurs observateurs. D’abord parce que la flamme de la contestation sociale brûle fort : plus de 10 000 personnes ont défilé dans les rues de Rennes les samedis 17, 24 et 31 octobre à l’appel des nouveaux gilets jaunes pour dénoncer la hausse du coût de la vie, et le mouvement lycéen reste éruptif en cette semaine de rentrée scolaire avec encore plusieurs établissements bloqués.

Dans les QG syndicaux, le téléphone sonne sans discontinuer depuis plusieurs jours. « On a énormément de salariés non syndiqués qui nous contactent pour nous demander des conseils sur la grève », confie Fabrice Lerestif, secrétaire départemental de Force Ouvrière en Ille-et-Vilaine. « Quelque chose est en train de se passer. Il y a beaucoup de professions représentées : des éboueurs, des menuisiers, des aides à domicile, des garagistes. On a aussi pas mal d’appels de gens qui n’avaient jamais participé à une manifestation de leur vie. » « On s’attend à une mobilisation énorme des salariés du privé », se félicite Wilfried Lemaréchal. « Je n’ai jamais vu ça depuis que je suis secrétaire général. La colère sociale est tellement forte, c’est comme un tuyau qui commence à fuiter de partout. »

Plusieurs secteurs massivement mobilisés

Au point, peut-être, de faire du rendez-vous du 5 novembre l’une des mobilisations les plus marquantes de ces dernières années. Le samedi 11 février 2023, au plus fort du mouvement contre la réforme des retraites, entre 25 500 personnes selon la préfecture et 40 000 selon les syndicats, avaient défilé à Rennes. Ce chiffre sera-t-il battu jeudi ?

S’il est encore trop tôt pour s’avancer plus précisément, un incontestable parfum de mobilisation massive flotte dans l’air de la métropole rennaise. « Ça va être très suivi dans l’éducation, avec beaucoup de classes fermées », résume Fabienne Portanguen, du syndicat Solidaires 35. « Sur le ferroviaire, ça a l’air bien parti aussi. Ça discute beaucoup également dans les collectivités territoriales. Il y a des assemblées générales qui doivent encore se tenir dans beaucoup de secteurs pour définir les modalités d’action. »

Baisse du pouvoir d’achat

Du côté des transports urbains, la participation s’annonce également particulièrement suivie. « Ça va être une grosse journée… », glisse un conducteur de bus chez Keolis. « La grogne est présente partout. » La CGT du CHU de Rennes annonce elle aussi une mobilisation d’ampleur. L’appel touche même des secteurs habituellement moins engagés, comme le secteur bancaire, qui prévoit de rejoindre le mouvement en réponse à un appel unitaire syndical. Des réalisateurs membres de la Guilde des Auteurs et Réalisateurs de Reportages et Documentaires (GARRD) annoncent qu’ils seront également dans la rue ce jeudi. Autre fait notable : un collectif de commerçants rennais, qui souhaite faire entendre une voix dissonante et apporter son soutien aux manifestants, indique que leurs commerces seront soit fermés, soit aménagés en lieux de refuge si nécessaire, soit directement représentés dans le cortège.

Si le mouvement s’annonce d’ampleur, c’est que les mots d’ordre sont aussi largement partagés dans la population. Selon un récent sondage de l’institut Elabe, près de six Français sur dix (59 %) soutiennent le mouvement du 5 novembre. Au cœur des revendications : la baisse du pouvoir d’achat. « La question de l’augmentation des salaires et de l’indexation sur l’inflation parle à de nombreux salariés », explique Fabienne Portanguen, secrétaire départementale de Solidaires 35. « Aujourd’hui, c’est devenu très difficile pour beaucoup de monde. Les prix ont augmenté dans les supermarchés, le tarif de l’essence est en hausse, comme celui du fioul et du gaz pour se chauffer. Il y a une convergence autour de ces problématiques. »

Pour de nombreux salariés, la mobilisation lycéenne a fait office de déclic. « Ça crée une énergie… Les jeunes ont ouvert la voie », confie Fabrice Lerestif. « Beaucoup se sont rendu compte que les lycéens avaient le courage de se battre, alors pourquoi pas eux ? Il y a un incroyable bouillonnement dans la société en ce moment. »

Les autorités s’attendent à une mobilisation massive

Pour les responsables syndicaux, l’enjeu dépasse le seul cadre revendicatif. « Il faut absolument obtenir une victoire collective, cela balaiera les idées réactionnaires et racistes », estime Fabrice Lerestif. « Si on arrive à obtenir des victoires sur des questions essentielles comme écarter le projet de budget Lecornu, ne pas toucher aux retraités, défendre les services publics, ça va donner de l’espoir à tous. »

Face à ce qui s’annonce comme l’une des mobilisations majeures de ces dernières années, les forces de l’ordre restent sur le qui-vive et anticipent une foule historique dans la rue. « Contrairement au reste du pays, nous avons enregistré une hausse de fréquentation samedi dernier, avec 13 500 manifestants selon le renseignement territorial, soit 2 000 de plus que le 24 octobre », confie une source policière. « Alors que le mouvement s’essouffle ailleurs, Rennes fait exception : nos services tablent déjà sur 18 000 à 20 000 personnes jeudi prochain. »