« J’ai peur que le toit nous tombe dessus » : Benjamin avait acheté une maison en parfait état, deux ans plus tard elle se fissure de partout
« J’ai mis toutes mes économies dans cette maison. On habitait à la campagne, on est venu ici pour être au plus proche de Rennes pour nos enfants. Et aujourd’hui, quand on voit toutes ces fissures qui apparaissent, on est dégoûté. » À l’été 2024, lorsqu’il pose ses cartons dans un lotissement paisible tout près du bourg de Pont-Péan, Benjamin pense concrétiser le projet d’une vie. Il est alors bien loin d’imaginer que son rêve va lentement se fissurer sous ses yeux.
Un sol qui bouge
Ce père de famille fait partie des nombreuses victimes du retrait-gonflement des argiles (RGA). Un phénomène géologique lié aux variations d’humidité qui fragilise le sol. « On a acheté la maison sans aucune fissure apparente », poursuit celui qui exerce le métier de charpentier. « Au bout du deuxième été, elles sont apparues partout autour de la maison. C’est lié au sol argileux : avec la chaleur, la terre se rétrécit et fait travailler la structure. Certaines fissures se sont agrandies cet été, notamment autour des portes, des fenêtres et au niveau du garage. » Un phénomène qui s’accélère sous l’effet des épisodes de sécheresses à répétition.
En raison de son sous-sol particulièrement instable, Pont-Péan a été classé au niveau de risque maximal par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM). Ces dernières années, plus d’une centaine de pavillons ont été touchés à différents degrés. « Rien que dans notre rue, il y a au moins cinq ou six maisons dans le même cas », poursuit Benjamin. « On a un voisin qui a fait des travaux, mais c’est très cher et sans garantie que le problème ne reparaisse pas. » Quand il faut intervenir au niveau des fondations la facture peut aisément dépasser les 100 000 €.
Dès les premières fissures, Benjamin s’est tourné vers son assurance. Cette dernière lui a indiqué ne pas pouvoir intervenir tant que la commune n’était pas reconnue en état de catastrophe naturelle. Sauf que la municipalité de Pont-Péan essuie des refus à répétition auprès de la commission interministérielle qui statue sur le sujet. Aucune des cinq dernières demandes n’a obtenu d’issue positive. La commune a même fini par attaquer l’État en justice… sans plus de succès.
Labyrinthe administratif
Une nouvelle demande de reconnaissance de catastrophe naturelle doit être déposée pour 2026. Si elle est validée, une autre bataille s’ouvrira face à l’assureur. En moyenne, à peine la moitié des dossiers de RGA aboutissent à une indemnisation. En l’absence d’études de sol poussées, il est compliqué de démonter que les fissures sont causées par la réaction de l’argile à la sécheresse.
« Vu le prix des réparations, les assureurs sont obligés de freiner les dossiers », lâche Nicolas Nayrand, vice-président du Comité français de mécanique des sols et de géotechnique. « ourtant, la facture est déjà en train d’exploser avec le réchauffement climatique. Il y a quelques années, les remboursements coûtaient 400 millions d’euros par an. Aujourd’hui, on est à plus de trois milliards. »
Derrière ce labyrinthe administratif, des familles entières se retrouvent plongées dans l’incertitude. « On se sent totalement lâchés par les autorités », souffle Benjamin. « Ça crée une vraie angoisse au quotidien. On ne sait pas vers qui se tourner. Si on doit poser des étais pour consolider les murs, on ne pourra plus y vivre. Ma peur, c’est que le toit nous tombe dessus. »