Revue de presse

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« J’ai perdu 20 000 € de chiffres d’affaires » : après les pillages dans le centre de Rennes, ces commerçants appellent au secours

Le Télégramme · 27/10/2026 · ← revue

Il est midi passé, ce mardi 27 octobre 2026, rue Jules Simon, en plein centre-ville de Rennes. Dans l’épicerie fine italienne Dolce Italia, personne. Seul le patron, Olivier Le Monnier, s’affaire devant son four à pizzas, alors que ses salariés attendent désespérément les clients. « Normalement, à cette heure-là, les clients font la queue jusque sur la rue, mais depuis le 17 octobre, il n’y a personne », se désole le gérant, présent dans cette rue commerçante depuis 15 ans.

Le 17 octobre, puis encore le 24, la rue Jules Simon est devenue l’un des points chauds de la manifestation. Située juste derrière la place de la République, la rue commerçante a été la cible de nombreuses dégradations et pillages. « Moi, je n’ai rien eu, je touche du bois, mais tout le monde a eu très peur, on s’est tous réfugié à l’étage du bâtiment. Après ces deux jours de violence, mes salariés ont craqué ». D’autres n’ont pas eu cette « chance ». Installée à l’angle du boulevard de la Liberté, Catherine Péchard, une buraliste, a vu des pilleurs s’infiltrer dans son commerce. « Ils ont commencé à casser et à piller, mais un étudiant s’est interposé et s’est fait lyncher dans le magasin. Ils sont ensuite vite sortis, ça nous a permis de fermer les grilles ». Installée depuis six ans, elle est habituée aux manifestations. « C’est la première fois que je vois ce degré de violence ».

« La fréquentation a chuté de 50 % »

Si la tension est retombée depuis, les conséquences se font encore ressentir pour les commerçants. « Ces deux derniers samedis, j’ai perdu 2 000 € de chiffres d’affaires à chaque fois, sans compter les jours suivants où l’activité ressemble à un lundi, notre journée la plus calme », relate cette autre commerçante du centre, dont le magasin a échappé aux pillages grâce à la présence de sa famille, « qui a empêché les pilleurs d’entrer ». Pour la buraliste Catherine Péchard, la perte de chiffre d’affaires « se chiffre à 20 000 € en six jours. Depuis le 17, c’est le désert total, je n’ai jamais vu le centre aussi calme, même pour une période de vacances ».

Et l’impact se fait ressentir au-delà du périmètre du centre-ville. Gérante de deux instituts de beauté rue Malakoff, face au Mabilay, et rue Saint-Hélier, Sophie Juban a enregistré « 60 % de perte de chiffre d’affaires les jours de manifestation. J’ai réalisé à peine 300 € pour mes deux instituts réunis. Et depuis, la fréquentation a chuté de 50 %. Aujourd’hui, je n’ai personne jusqu’à 14 h alors qu’habituellement, c’est complet. Les annulations se multiplient. Je suis installée depuis 21 ans, avec une clientèle fidèle, mais aujourd’hui, mes clientes ne veulent plus venir à Rennes, même en semaine. On vient au boulot avec la peur au ventre ».

Gratuité des transports en commun, exonération de taxes…

Réunis au sein du Collectif des commerçants, artisans et travailleurs indépendants de Rennes, Sophie Juban et 475 autres commerçants rennais ont lancé une pétition, signée plus de 2 700 fois au moment où nous écrivons ces lignes. Objectif : demander la tenue en urgence d’une table ronde avec les pouvoirs publics, préfecture, mairie de Rennes, Urssaf, Chambre de commerce et d’industrie et parlementaires afin « d’aboutir à des mesures concrètes, rapides et adaptées aux réalités économiques du terrain ».

Le collectif demande un plan d’accompagnement exceptionnel pour les commerçants, notamment, la mise en place de mesures fiscales, à savoir une exonération totale ou partielle de la CFE (Cotisation foncière des entreprises), l’exonération exceptionnelle de la Taxe locale sur la publicité extérieure (TLPE) ou encore la suspension ou le remboursement des redevances d’occupation du domaine public, mais aussi la création d’un « fonds exceptionnel destiné à accompagner les entreprises démontrant une perte significative de chiffre d’affaires directement liée aux manifestations et aux perturbations d’accès au centre-ville ».

La Ville de Rennes prépare un « dispositif d’accompagnement exceptionnel »

« On a aussi besoin de voir des actions concrètes pour faire revenir les clients en centre-ville, ajoute Olivier Le Monnier, lui aussi dans le collectif. Car aujourd’hui, on n’a plus confiance dans l’avenir ». Le collectif réclame ainsi la gratuité du réseau Star et des parkings publics de Rennes Métropole jusqu’au 31 décembre. « Depuis 2018 avec les gilets jaunes, il n’y a pas une année où on est tranquille, observe Sophie Juban. On veut juste qu’on nous laisse travailler sereinement. Car si cela dure un mois, ce ne sera plus tenable pour nous. »

De son côté, la Ville de Rennes indique qu’un « dispositif d’accompagnement exceptionnel » est en préparation. Sans en donner le détail, la collectivité explique que ce plan aura pour but d'« inviter les Rennaises et les Rennais à soutenir les commerces de centre-ville pendant la période des fêtes ».