« Il y a eu des mots forts » : comment les commerçants se divisent face au mouvement social à Rennes
Alors qu’un collectif de plusieurs centaines de commerçants rennais est mobilisé depuis fin octobre pour obtenir un plan de soutien d’urgence après les dégradations des dernières manifestations, un autre collectif de commerçants a vu le jour ces derniers jours à Rennes. Une vingtaine d’entre eux a publié un manifeste sur leurs réseaux sociaux afin d’afficher leur soutien au mouvement social en cours. « Nous voulons signifier que ce n’est pas parce qu’on est commerçant qu’on est nécessairement opposé aux manifestations, explique Ayla Saura, co-gérante de la librairie La nuit des temps, dans le centre-ville. Nous sommes pleinement solidaires du mouvement de grève actuel ».
Nous servirons de refuge pour les manifestants qui ont besoin d’aide
« Les répercussions sur le chiffre d’affaires de nos boutiques sont importantes. Cela dit, ne pas dénoncer les politiques publiques qui, depuis des décennies, détruisent petit à petit les conquis sociaux et les portefeuilles des Français n’est pas une option à notre sens, dénonce leur manifeste. Ce qui plombe les petits commerces, ce sont les canicules meurtrières, un pouvoir d’achat catastrophique, des salariés trop peu payés face à des prix toujours en hausse et des profits toujours plus délirants, les prêts à rembourser, la mort de la liberté de la presse et de la démocratie, l’empoisonnement aux pesticides, les crimes racistes, les 350 000 personnes sans domicile, l’appauvrissement des ménages et du service public. »
Parmi eux, certains ont été touchés par les dégradations. C’est le cas à La nuit des temps, dont la vitrine a été détériorée. « Mais cela ne nous empêche pas de soutenir les revendications des grévistes contre la vie chère et celles de lycéens ». Ce jeudi 5 novembre, certains commerces de ce collectif, comme le salon de thé Les Petites pestes, resteront ouverts. « Mais nous servirons de refuge pour les manifestants qui ont besoin d’aide ou souhaitent échanger, affirme Maïlys Garault, l’une des gérantes de l’établissement. Nous mettrons à disposition du sérum physiologique et des masques pour ceux touchés par des gaz lacrymogènes ». D’autres commerces, comme La nuit des temps, seront fermés toute la journée.
D’autres collectifs de commerçants « complaisants avec des rhétoriques racistes et classistes » ?
Ils y affichent aussi leurs différences avec le Collectif des commerçants, artisans et travailleurs indépendants de Rennes. « Il y a eu des morts forts avec lesquels nous sommes en désaccord », explique Ayla Saura. Le manifeste, lui, dénonce le fait que « la parole a beaucoup été donnée à des collectifs de commerçants qui semblent très éloignés des préoccupations de nos propres clients, et qui sont complaisants avec des rhétoriques racistes et classistes auxquelles nous nous opposons fermement ».
Référence notamment au passage sur CNews, dans l’émission de Pascal Praud, de l’une de leurs représentants, Marie Beucher, le 27 octobre. « Nous avons été accusés d’être affiliés à des groupes d’extrême droite, mais c’est faux, se défend-elle. Notre mouvement est totalement apolitique. Quand les commerçants sont dans une détresse noire, si un micro se tend, il faut le prendre ». Alors qu’une pétition réclamant un plan de soutien d’urgence au commerce a réuni près de 16 500 signataires, elle réaffirme que « notre collectif éprouve un profond respect pour les manifestants et nous partageons certaines de leurs revendications. Mais nous sommes en train de mourir financièrement. Il y a un droit de manifester et nous y sommes attachés, mais il y a aussi un droit de travailler et les deux doivent être traités à égalité ».