« Il va falloir s’adapter » : la sécheresse s’invite sur les étals des maraîchers d’Ille-et-Vilaine
La sécheresse à laquelle nous sommes confrontés depuis cet été a plongé le maraîchage dans une crise, entraînant notamment l’inquiétude quant à l’approvisionnement des étals dans les mois à venir. Nous sommes allés à la rencontre de professionnels sur un marché de la périphérie rennaise pour connaître leur sentiment sur cette situation. Une succession de canicules records et un manque de précipitations critique ont amputé de façon conséquente les récoltes dans toutes les régions, faisant également grimper le prix des produits frais. Alors que de nombreux départements prennent des mesures face à la sécheresse, le secteur du maraîchage s’alarme des conséquences à long terme sur la disponibilité des fruits et légumes cet automne et cet hiver. Les étals de maraîchers ne manquent pas ce dimanche sur le marché de Betton au nord de Rennes.
« Des pertes de rendement »
« Ne soyez pas timides, servez-vous ! » lance Frédérique à l’adresse des clients faisant la queue devant son stand. Dans le maraîchage depuis quatre générations, sa famille est installée à Saint-Grégoire, près de Rennes, et cultive de multiples légumes : poireaux, salades, tomates, poivrons, aubergines ou encore haricots. « Avec la canicule, on a subi des pertes de rendement. On a des tomates plus petites et un peu moins jolies. Les pommes de terre sont plus difformes et plus petites. Les épinards montent plus vite et on a du mal à avoir des salades. Les navets que l’on avait plantés n’ont pas poussé avec la chaleur, on a dû tout recommencer. En plus, tout a augmenté aussi pour nous. Nos producteurs de plants ont des difficultés. On a dû augmenter nos prix de quelques centimes pour rester abordables pour les clients et on réduit aussi nos marges. Le kilo de tomates, par exemple, est à 4,10 € le kilo. » Et pour la suite de la saison, le maraîcher estime que l’on devrait voir moins d’endives, qui ont du mal à pousser, des récoltes de pommes de terre moins importantes et de plus petits calibres, ou encore des poireaux de plus petites tailles. « Il va falloir s’adapter avec plus de binages, ou arroser le soir ou tôt le matin. De toute façon, il faut s’adapter, parce que sinon il ne restera plus de maraîchers à l’avenir. Et il faut bien nourrir la population, quand même ». Please close pop-out player to resume playback. video playing
Incendie en Ille-et-Vilaine : elles prêtent main-forte aux pompiers
13/08/26
Des poissons victimes de la sécheresse, sauvés par des pêcheurs
13/08/26
Incendie en Ille-et-Vilaine : les images impressionnantes du feu de forêt à Saint-Just
12/08/26
À 95 ans, cette habitante de Brest est passionnée de Taï-Chi depuis 30 ans
27/08/26
Le capitaine du voilier à la dérive au large de Penmarc'h a été identifié
21/08/26
« On vous attend nombreux ! » : Lac du Bel Air à Priziac, l’incontournable de l’été !
17/08/26
Motocultor à Carhaix : ce bagad de Quimper s'invite sur scène avec Celkilt !
14/08/26
« C’est une ville plaisante » : ces Écossais à Quimperlé tous les étés depuis 15 ans
10/08/26
Ils profitent de la Fête du bruit... depuis leur balcon !
07/08/26
« Penser aux consommateurs »
Dylan, lui, est maraîcher avec ses parents à Bonnemain, près de Combourg, où il cultive principalement des tomates et revend aussi d’autres productions de fermes alentour. « On a des pertes sur les tomates. Les grosses variétés anciennes tachent au soleil et sèchent. On n’a pas eu de petits pois du tout. Les fraises, pareil, presque pas. On récolte moins de volume. C’est clairement moins bien que l’année dernière. La situation climatique fait que l’on va devoir revoir les choses : à quelle époque planter et aussi choisir des variétés parmi les tomates qui résistent mieux que d’autres ». Face à la situation, il a dû, comme ses confrères, lui aussi revoir ses prix à la hausse. Le kilo de tomates s’affiche à 4,90 € le kilo sur son étal. « On a augmenté de 0,40 €. Quand on voit des hausses de 2 € ou 3 €, il faut essayer de rester raisonnable et de penser aux consommateurs ».
« C’est la première fois que je vois ça. »
Un peu plus loin, on fait la queue aussi devant chez cet autre maraîcher installé depuis 15 ans à Dol-de-Bretagne. « C’est la première fois que je vois ça. C’est très difficile cette année. Les fraises, les kiwis, les framboises, les cerises : tout a grillé au soleil. Même la rhubarbe a du mal à pousser. On a fait pas mal de tomates aussi, et là, c’est pareil, elles ont manqué d’eau. Les récoltes sont bien moins importantes qu’auparavant. Il risque d’y avoir moins de marchandises et à des prix plus élevés » constate de sexagénaire qui enregistre un manque à gagner d’environ 3 000 € par rapport à l’année dernière. « Pour un petit producteur comme moi, c’est énorme. J’ai 67 ans et j’arrête mon activité à la fin de la saison. C’est un métier d’avenir, mais il faut faire attention à l’eau et prévoir en faisant des réserves ».
« Je serai déficitaire à la fin de l’année. »
Producteur bio, François est maraîcher depuis neuf ans du côté de Guichen. Il cultive ainsi des tomates, aubergines, poivrons, courgettes, concombres, courges, navets, pastèques, ou encore des melons sur une surface d’un hectare en plein champ et 1 500 m² de serres. Lui non plus n’a pas été épargné par la canicule de cet été. « Ma production a considérablement diminué. Par exemple, j’ai actuellement une récolte de 10 kg de tomates par semaine. L’année dernière, j’étais plutôt à 60 kg par semaine. Le manque de petites pluies récurrentes a affecté aussi les pommes de terre qui sont de petits gabarits. Les concombres et les haricots verts ont également été très touchés. Sur 70 mètres de culture de haricots verts, je n’ai pu en récolter que 1,5 kg. Les semis de navets et radis noirs qui devaient venir dans deux mois, les sangliers les ont mangés. Le volume de patates que je pense récolter lui ne couvrira même pas le prix des semences ». Pour lui aussi le constat est le même : moins de volume et donc moins de ventes. « L’année dernière, j’avais un étal de quatre tables. Cette année, je n’en ai plus que deux que j’ai du mal à remplir avec ma production. Autant dire que je sais déjà, que quoi qu’il se passe maintenant, je serai déficitaire à la fin de l’année ».