« Il faut aller vite » : À Saint-Malo, le fort de la Conchée s’attaque à son dernier grand chantier
Il aura fallu près de quarante ans pour redonner au fort de la Conchée une grande partie de sa splendeur. Lorsque l’association chargée de sa sauvegarde découvre l’édifice, en 1989, celui-ci n’est plus qu’un champ de ruines. Aujourd’hui, sa restauration est achevée à 90 %, estime Bernadette Benoist, présidente de la Compagnie du fort de la Conchée. Mais il reste à reconstruire l’une des pièces maîtresses de cet ouvrage militaire du XVIIe siècle, situé au large de Saint-Malo : son boulevard de défense.
Un chantier qui débutera le 15 mars 2027
« Jusqu’à présent, nous avions la capacité de travailler sur des tranches de 250 000 à 300 000 €. Quand nous n’avions plus de trésorerie, nous nous arrêtions et nous reprenions l’année suivante », raconte-t-elle. Cette fois, impossible d’envisager une restauration étalée sur quinze ans. « On sait que l’ouvrage ne tiendra pas. Les éléments sont très durs ici, les vents, les conditions climatiques dans la baie de Saint-Malo sont extrêmement difficiles. Il faut aller vite. »
Le coup d’envoi est fixé au 15 mars 2027, avec l’approvisionnement du fort par hélicoptère. Les deux premières années doivent permettre de reconstruire les six premiers mètres du boulevard de défense, avant de poursuivre jusqu’à onze mètres et, à terme, de restituer sa partie crénelée.
Mais les travaux ne pourront se dérouler qu’une partie de l’année. « On commence par travailler sous la mer », explique la présidente. Les équipes de l’entreprise Lefèvre devront ensuite progressivement élever la construction, avant de consolider les ouvrages à l’approche de l’hiver. « Il ne faudrait pas retrouver le chantier à moitié dévasté après les tempêtes. »
Des plongeurs et des compagnons logés sur place
Pour l’architecte Anne Faucheux, qui travaille au sein de l’agence d’Olivier Weets, architecte en chef des monuments historiques chargé de la maîtrise d’œuvre depuis plus de quinze ans, ce chantier présente des contraintes exceptionnelles. « Les premières assises que nous allons construire sur le rocher existant sont immergées la majorité du temps. Nous allons donc faire venir des plongeurs pour construire le soubassement du boulevard de défense. Plus nous monterons, moins cette contrainte sera présente. »
À cela s’ajoutent les difficultés d’approvisionnement, les vents, l’humidité et le sel, qui accélère l’oxydation des éléments métalliques. L’héliportage restera le moyen privilégié pour acheminer les matériaux.
Autre particularité : les compagnons devront vivre sur le fort pendant la semaine, les conditions maritimes ne permettant pas de garantir leur retour quotidien à Saint-Malo. Un étage vient donc d’être aménagé pour accueillir une dizaine d’ouvriers, avec chambres, sanitaires et cuisine.
« C’était un prérequis absolument indispensable à notre futur chantier », souligne Anne Faucheux. Une microstation d’assainissement a été prévue, tandis que l’eau de mer sera dessalée pour alimenter les sanitaires et les besoins du chantier. L’eau potable sera acheminée par barge ou hélicoptère, et un groupe électrogène assurera l’alimentation électrique.
Trois millions d’euros mobilisés, mais d’autres mécènes recherchés
Pour engager cette nouvelle phase, la Compagnie du fort de la Conchée bénéficie d’un financement d’environ trois millions d’euros, dont 600 000 € apportés par la Fondation du patrimoine sur ses fonds propres et 2,4 millions d’euros de mécénat mobilisés avec son concours.
L’État participe également à l’opération. « Nous mobilisons 400 000 € pour ce boulevard de défense », indique Quentin Jagorel, directeur régional des affaires culturelles de Bretagne (DRAC), qui rappelle que près de trois millions d’euros ont déjà été consacrés par l’État aux différentes phases de restauration du fort. « Dans le contexte que l’on connaît pour les finances publiques, une subvention d’un tel niveau est tout à fait exceptionnelle, notamment pour un monument historique propriété d’un acteur privé. »
Ces financements permettent d’engager les deux premières années de chantier, mais pas de mener l’opération jusqu’à son terme. « Il faut retrouver à peu près un million d’euros pour continuer à monter jusqu’à onze mètres, et un petit million de plus pour reconstruire la partie crénelée », détaille Bernadette Benoist.
La présidente espère que le démarrage des travaux permettra de convaincre de nouveaux mécènes. « On ne peut pas imaginer s’arrêter à six mètres. Il faut qu’on continue à onze mètres et qu’on réalise cette surélévation qui fait toute la beauté de l’ouvrage. Moi, j’y crois. »
Retrouver l’architecture du fort et faciliter son accès
Au-delà de la restitution de son architecture d’origine, le boulevard de défense doit également améliorer les conditions d’accès au fort. « Cette avancée sur la mer va casser les vents d’ouest dominants dans la baie et adoucir l’effet des courants qui nous minent un peu la vie », explique Bernadette Benoist.
Un enjeu également souligné par la Direction régionale des affaires culturelles. « Il y a une dimension patrimoniale de conservation et de restitution, mais aussi une dimension d’accessibilité pour les publics », insiste son directeur.
Pour Frédéric Lorphelin, délégué départemental de la Fondation du patrimoine, cette restauration représente aussi un enjeu de transmission. « C’est un monument emblématique d’un savoir-faire. Une des missions de la Fondation du patrimoine, c’est la transmission des métiers. C’est une fierté de permettre à des entreprises et à des compagnons d’intervenir ici et de transmettre leur savoir aux nouvelles générations. »
Après près de quatre décennies d’efforts, l’association espère ainsi achever la restitution de cet ouvrage emblématique de la baie de Saint-Malo.