Revue de presse

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« Il est urgent d’adapter nos ruchers au réchauffement climatique et de planter des végétaux mellifères variés », soutient cet apiculteur bretillien

Le Télégramme · 02/11/2026 · ← revue

On parle beaucoup des effets destructeurs du varroa et du frelon asiatique sur les colonies d’abeilles. Quels sont les effets du réchauffement climatique en Bretagne ?

Globalement, cet été, comme beaucoup de points d’eau se sont retrouvés à sec et beaucoup de fleurs ont vite grillé, les abeilles ont dû parcourir plus de distance pour aller chercher de l’eau indispensable à la climatisation des ruches, du pollen et du nectar pour se nourrir. Elles ont aussi plus dépensé d’énergie pour ventiler les ruches et moins aux autres tâches quotidiennes, donc ça a modifié le fonctionnement des colonies.

Pour la première fois, j’ai vu des abeilles former des barbes, la nuit, devant les ruches. Habituellement, elles adoptent ce comportement les jours de forte chaleur, à la fois pour former un écran au rayonnement du soleil et réduire le nombre d’abeilles dans la ruche afin d’y faire descendre la température. Certaines nuits, la température était si élevée, au-dessus des 32 à 35 degrés vivables à l’intérieur des ruches, qu’elles ont formé ces barbes, au lieu de se reposer. On voit bien qu’il va falloir adapter nos ruchers.

De quelles façons ?

D’abord, nous devons repenser l’orientation des ruches. L’exposition sud-est avec des ruches très exposées au soleil, ça ne marche plus. Par ailleurs, nous nous sommes beaucoup focalisés sur l’isolation thermique de nos ruches, l’hiver. Il faut s’y mettre pour l’été. Je teste la basse consommation, comme dans l’habitat, sur près de la moitié de mes 200 ruches. J’en isole mieux le toit, les parois et le plancher. Je n’ai pas perdu de colonie, cet été, à cause de la chaleur, les couvains ont été protégés.

Par ailleurs, il va falloir privilégier des abeilles rustiques, plus robustes et résilientes. Il va également être vite nécessaire de planter, notamment, dans les haies bocagères, des arbustes et arbres mellifères variés mais aussi des cultures variées dans les champs adaptées au changement climatique, qui fleurissent à différents moments de l’année ou d’une même saison.

Sans oublier, deux autres aspects : les conditions de stockage de nos miels et de travail des apiculteurs, souvent éprouvés cet été.

Côté production de miel, avez-vous noté des pertes, cette année ?

Les situations peuvent différer d’un territoire à l’autre en Bretagne, mais, globalement, pour la centaine d’apiculteurs professionnels, les productions principales de printemps et d’été ont été plutôt satisfaisantes. Les abeilles sont capables de stocker énormément en peu de temps, profitant de telle ou telle floraison. C’est plus compliqué pour les petites miellées de sarrasin ou de tournesol, par exemple : les plantes et fleurs ont grillé à grande vitesse.

Les abeilles vont-elles pouvoir passer l’hiver après avoir été si fatiguées ?

Les abeilles ont besoin de trois pollens par jour pour se nourrir et faire des réserves. Depuis août, c’est plus compliqué parce que la végétation a souffert. Or, elles continuent à sortir, à se fatiguer et elles ne font pas le gras nécessaire pour passer l’hiver. Cela va indirectement agir sur l’immunité et les larves des futures abeilles. Et ça risque d’augmenter la mortalité hivernale des abeilles. Après, on remarque qu’avec le réchauffement climatique, les reines pondent plus tôt dans la saison et veillent à ne pas trop grossir les populations.

Fête des miels de Bretagne, le 8 novembre, halle Martenot, à Rennes. Dégustations, animations grand public et conférences. Entrée gratuite.