Fin de partie pour la Fonderie de Bretagne

Le couperet est tombé dans le dossier de la Fonderie de Bretagne. Comme prévu, le tribunal de commerce de Lorient a prononcé la liquidation judiciaire de l'historique usine de Caudan, dans le Morbihan. « Ce gâchis industriel aurait pu et dû être évité. Nous entendons dénoncer devant l'opinion publique les responsables de cette faillite : le groupe Renault et l'Etat français », a déclaré, visiblement très ému, Maël Le Goff, le représentant CGT de l'usine.
Emotion
Entre autres griefs, le représentant des salariés a accusé le constructeur d'avoir « évincé » les autres clients automobiles de l'usine et fermé, il y a plus de dix ans, son service commercial. Ou encore, d'avoir donné la priorité à des « fournisseurs à bas coûts » - portugais, turcs, espagnols, liste Maël Le Goff - avant de finalement céder le site au fonds allemand Callista. Quant à l'Etat, il aurait « cautionné » la politique de Renault. « Nous exigeons que l'Etat pèse de tout son poids sur le groupe afin qu'il assume moralement et financièrement sa part de responsabilité dans ce désastre », a ajouté le syndicaliste. Au cours des dernières années, Renault - qui a pesé, il est vrai, pour plus de 95 % des commandes - a toujours catégoriquement rejeté ces accusations. Sous sa direction, des dizaines de millions d'euros ont été injectées pour moderniser l'outil de production. Les collectivités et le ministère de l'Industrie n'ont pas, eux aussi, lésiné sur les moyens pour accompagner le site. Y compris financièrement, lorsqu'en 2024, il a fallu trouver un repreneur après l'échec des négociations entre lefonds Callista et Private Assets, candidat au rachat du site.
Choix malheureux
Le choix a été malheureux. Lui-même fragile, le groupe landais Europlasma - le seul en lice pour la reprise - n'a pas été en mesure de tenir ses promesses : pas plus celle d'investir 15 millions d'euros dans l'usine, que de mener à bien sa diversification dans l'armement. Un plan que Renault s'était engagé à soutenir à hauteur de 25 millions d'euros, auxquels s'ajoutaient 7 millions de la part des collectivités et de l'Etat. La fin de la Fonderie de Bretagne, après six décennies d'existence, intervient dans un contexte particulier : en 2024, le dossier était devenu le symbole des opportunités de réindustrialisation offertes par la relance des industries de défense. « C'est la preuve que la souveraineté industrielle ne se paie pas de mots. Elle se construit par des actes », a taclé Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI à la présidentielle, sur X. « Nous avons tout fait pour trouver un repreneur », ont plusieurs fois justifié le ministre de l'Economie, Roland Lescure, et le ministre délégué à l'Industrie, Sébastien Martin. Celui-ci affirme qu'il veillera « à ce que le plan de sauvegarde de l'emploi soit favorable aux salariés ».