Côtes-d’Armor : la nouvelle maire de Plouha a démarré son mandat « à 200 à l’heure » pour redresser les finances

Adjointe durant deux ans, puis conseillère municipale dans l’opposition durant le dernier mandat, Valérie Rumiano, 59 ans, a été élue maire de Plouha (Côtes-d’Armor), dès le premier tour, en mars dernier. La première femme maire de la commune est aussi conseillère départementale depuis 2015 pour le canton de Plouha, et administratrice à Terre d’Armor Habitat, l’office public d’habitat du Département. Elle entame son mandat dans un contexte particulier de restrictions budgétaires avec pour objectif de rétablir la santé financière de la commune avant toute chose. Interview… ➡️ Vous avez été adjointe puis conseillère dans l’opposition, quelles sont vos premières impressions dans cette nouvelle fonction de maire ? Le mandat de maire c’est le plus beau des mandats, celui où on est le proche des gens et c’est ça le plus agréable. La mairie est la première porte d’entrée pour les citoyens et ça nous permet d’être au plus près de la population. C’est un mandat que j’ai abordé à 200 à l’heure, on ne s’attendait pas à tout ça. On savait que ce serait difficile, qu’il y avait des choses à faire, mais on ne s’attendait pas à trouver la commune dans un tel état de délabrement. Les 6 premiers mois sont passés à toute vitesse, on a travaillé tête baissée pour s’en sortir et préparer ce fameux budget pour essayer de le mettre à l’équilibre. Les premiers mois ont été intenses. ➡️ La commune est dans une situation financière difficile, avez-vous eu de bonnes surprises, malgré tout, depuis votre prise de fonction ? Ce qui fait plaisir, c’est d’être là tous les jours au plus près des habitants qui ont des besoins et sur lesquels on peut répondre. Des bonnes surprises, non, on a plutôt eu des mauvaises surprises qu’il a fallu pallier. La charge de travail est assez impressionnante, mais j’ai la chance d’être entourée d’une équipe formidable, très investie, dynamique. À nous tous, on compte donner un renouveau à Plouha. C’est ça la note positive de notre mandat. Si on arrive à redresser la commune comme on le souhaite, ça sera la plus belle chose qu’on puisse espérer pour Plouha. Si on peut faire des investissements, bien sûr on les fera, mais chaque chose en son temps. Bréhec : quelle saison pour le centre nautique ? C'est une année correcte, il a fait le même chiffre d'affaires que l'année dernière : 69 000 € et l'année dernière 64 000 €. On est loin des 90 000 € ou des 140 000 € que prévoyait l'ancienne municipalité dans ses prévisions… On a eu 383 stagiaires, 45 % des Côtes-d'Armor dont 26 % de Plouhatins. On voit quand même que c'est un club de voile à taille humaine qui draine les gens aux alentours, mais qui mérite d'avoir plus de publicité pour se faire connaître. Des aménagements pour remplacer les containers seront faits pour l'été prochain. Ce n'est pas facile pour les agents de travailler dans ces conditions-là, et le but est d'améliorer leurs conditions de travail et les conditions d'accueil. « LA COMMUNE NE PEUT MÊME PAS METTRE UN EURO » ➡️Justement avec ce budget contraint au moins jusqu’en 2029, qu’est-il possible de mettre en œuvre ? La date de 2029, c’est l’audit et la CRS (cour régionale des comptes) qui l’ont donnée. Déjà, cette année est une année blanche, une année très compliquée. Les Plouhatins ne se rendent peut-être pas compte à quel point la commune est dans un état financier négatif. Si la commune était une entreprise, elle serait en dépôt de bilan. À l’heure actuelle, c’est nous, les élus, qui payons quand on a besoin de quelque chose. Des chauffages à la maison médicale, c’est nous qui allons les mettre avec notre argent, un congélateur qui est tombé en panne aux services techniques, ce sont les adjoints qui ont payé et sont allés le chercher. Tout ça avec nos deniers personnels. Pour Octobre rose, c’est l’association La Plouhatine de randonnée qui a payé le pot parce qu’elle sait qu’on ne peut pas. Les élus ont payé celui des associations lors du forum. La sonorisation dans le bourg est une demande forte des commerçants pour avoir de la musique lors des fêtes, on s’est cotisé entre élus pour acheter nous-même l’ampli. Breizh en Trouille pour Halloween et la kermesse de Noël que l’on veut organiser pour les enfants : toutes ces animations seront payées par les élus. À l’heure actuelle, la commune ne peut même pas mettre un euro. Des associations nous ont dit qu’elles étaient là pour nous aider et les commerçants et artisans nous aiderons aussi pour ces deux fêtes. On les en remercie. ➡️ Donc qu’est-ce qui pourra être mis en œuvre ? Pour l’instant, il n’y a pas grand-chose qui peut être mis en œuvre car on n’a pas les moyens. On assure le quotidien et les affaires courantes, entretien des bâtiments et entretien des routes, parce qu’il y a des choses qu’on est obligé de faire pour la sécurité. Les investissements que l’on aurait pu faire sont retardés à 2029, cela va nous donner du temps pour aller chercher toutes les subventions que l’on pourrait avoir. Il va quand même y avoir des investissements pour le centre nautique. Il faut l’aménager pour l’année prochaine parce qu’il ne peut pas rester dans des containers. On est en train de travailler dessus. La rénovation thermique de l’école sera faite aussi puisqu’on va avoir des subventions. Il faut impérativement qu’on arrive à faire quelque chose pour que les enfants et les enseignants puissent travailler dans de bonnes conditions en hiver comme en cas de canicule. ➡️ Pharmacie et pizzeria à vendre, maison de la presse et magasin de vêtements qui ferment, le centre-ville semble en difficulté, que peut faire votre municipalité ? Pas grand-chose puisque les commerces sont privés et que leur installation dépend d’eux-mêmes et des loyers décidés par les propriétaires. Quelques loyers sont assez élevés, c’est ce que nous font remonter les commerçants. Nous, on travaille avec eux pour améliorer le bourg pour qu’il soit attractif et s’ils veulent faire des animations, on les soutiendra. Pour la pharmacie, on sait qu’il y a des touches, mais c’est au propriétaire et à l’acheteur de se mettre d’accord, on ne peut pas intervenir. La Maison de la Presse a fermé mais a été rachetée pour faire autre chose. On a des demandes en mairie, notamment des restaurateurs qui veulent s’installer sur Plouha. On les met en contact avec les propriétaires qui ont des cellules à vendre. Il est clair que si un commerce s’installe, on va tout faire pour l’aider, mais pour les loyers trop élevés, on ne peut pas faire grand-chose. « ON A UN PROJET DE CONSEIL MUNICIPAL JEUNE » ➡️ Il y a eu beaucoup de changements à la MJR en cette rentrée en termes de personnels et de fonctionnement, pourquoi ? Le contrat avec la MJC de Bretagne pour le poste de directrice de la MJR a été rompu car il nous coûtait 80 000 € à l’année et la commune n’a pas les moyens. On recrute à l’heure actuelle une personne avec le diplôme BPJEPS (brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du Sport) qui pourra encadrer les jeunes en périscolaire à la sortie de l’école et à la MJR pour les vacances. Cette personne remplacera un agent qui était en périscolaire et qui est parti. On mutualise le périscolaire et la Maison des jeunes. Pour l’instant, on a déjà un agent qui y travaille et qui a pu reprendre les activités de la MJR sur certains créneaux. Avec le recrutement, on espère ouvrir la MJR avec des horaires plus amples et ils seront trois agents comme avant, si la personne qui est en arrêt revient. ➡️ Le but est de poursuivre la dynamique lancée auprès des ados ? Oui, on poursuit la dynamique avec les jeunes et on a un projet de conseil municipal des jeunes. On va solliciter les deux écoles, il va y avoir un vote et ils vont faire leur campagne municipale pour être élus comme les grands. Ils ont plein d’idées. On verra avec eux comment leur attribuer de quoi réaliser leurs projets. Avec une contrepartie, c’est qu’ils viennent avec leur écharpe à quelques manifestations municipales. ➡️ La bibliothèque municipale voit sa subvention supprimée pour l’achat de nouveaux livres, jusque quand ? Pour l’instant, on fait une année blanche, on a annoncé au budget que ce serait une année blanche. On ne peut pas donner ce qu’on n’a pas. On a fait un budget mais il y avait déjà 4 mois réalisés quand on a été élu. Et quand on est arrivé, on nous a sorti 1,2 M€ de factures… 800 000 € ont été remboursés à ce jour, et on respecte scrupuleusement ce que la CRC nous a demandé de faire. Pour l’instant, on n’a pas eu encore le prêt prévu au budget, c’est en cours. Pour les nouveaux livres, il y a les prêts de la bibliothèque départementale des Côtes-d’Armor. On ne va pas acheter les dernières nouveautés, on va attendre un petit peu. Il y avait aussi des dettes pour la bibliothèque, on va d’abord les payer et on va remonter doucement, j’espère. ➡️ Où en sont les projets d’habitat de « L’îlot Loti » et de la rue De-Gaulle ? La commune reprendra à son compte les acquisitions faites par l’EPF (établissement public foncier) en 2032. D’ici 2032, on doit préparer le projet pour pouvoir construire des logements dans le centre-bourg avec des cellules commerciales. La démolition aura lieu en 2028. On a déjà rencontré des promoteurs et des bailleurs, la commande est du logement individuel, des cellules commerciales et 3 ou 4 pavillons. Pour la rue Charles-de-Gaulle, là aussi, on a rencontré des bailleurs et promoteurs pour qu’ils nous fassent un projet de pavillons individuels, avec du BRS (bail réel et solidaire), et un projet d’habitat partagé pour les seniors. Il s’agira de logements individuels pour les seniors en pavillon ou en collectif, avec peut-être une salle commune. Rien n’est arrêté, on attend les projets. Cela devrait se concrétiser en 2028-2029. VIEUX-BRÉHEC : CE NE SERA PAS UN PROJET EN CATIMINI ➡️ Au Vieux Bréhec sur le site de l’ancienne colonie, le récent projet de 50 logements a été retoqué pour des questions d’assainissement, quel projet les élus de Plouha sont-ils prêts à défendre sur ce site ? Pour l’instant, Kaufman & Broad n’est pas revenu nous voir. Nous, si le projet est cohérent, s’intègre dans le paysage et que les deux associations de Bréhec sont d’accord, on ne voit pas d’inconvénients à accorder un permis de construire. Mais dans un premier temps il faut que l’assainissement puisse être fait par Guingamp-Paimpol Agglomération et qu’une station d’épuration puisse absorber ces habitations. Mais ce ne sera pas un projet en catimini comme le dernier projet a pu l’être pour les associations et nous, élus de l’opposition. Nous voulons travailler toujours en partenariat avec les Plouhatins. Pour l’instant, on a été un peu la tête dans le guidon durant ces 6 premiers mois même si on a déjà fait trois réunions publiques. Dès 2027, on mettra des commissions en place, des réunions de quartier avec des référents de quartiers. On va avoir plus de temps pour préparer cela avec les nouveaux directeurs et agents qui viennent d’être recrutés.
Propos recueillis par Annick GUILLEMOT
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