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Cooperl dénonce dix ans de blocage administratif de son projet de recyclage de l'eau

Les Échos · 13/10/2026 · ← revue

Recycler plutôt que rejeter. C'est le pari que la coopérative porcine Cooperl veut concrétiser sur son site industriel de Lamballe, dans les Côtes-d'Armor. Mais près de dix ans après le lancement de son projet, la coopérative attend toujours le feu vert de l'Etat. Elle dénonce un blocage réglementaire alors que les tensions sur la ressource en eau s'accentuent en Bretagne. Dans un communiqué publié le 12 octobre, elle déplore une situation qui, selon elle, freine les économies d'eau possibles. Le potentiel est conséquent. La station d'épuration du site traite chaque année près d'un million de mètres cubes d'effluents issus des activités du groupe. Grâce à deux étapes de filtration membranaire, l'ultrafiltration puis l'osmose inverse, Cooperl affirme obtenir une eau dont la qualité physico-chimique et microbiologique est équivalente à celle de l'eau potable. La réutilisation de cette eau pour certains usages internes, notamment le lavage des installations, permettrait de réduire les prélèvements sur le réseau public. Cooperl évalue l'économie potentielle à 3.500 m³ par semaine.

Un dossier suspendu à la réglementation

Reste à savoir les raisons de ce blocage. Dans son communiqué, la Cooperl pointe une difficulté d'interprétation de la réglementation. Les effluents traités proviennent à 82 % de la transformation de viande et à 18 % d'autres activités du groupe, consacrées à la valorisation des coproduits porcins, notamment pour les fertilisants et la pharmacie. Selon la coopérative, l'administration refuse de rattacher cette seconde catégorie au secteur alimentaire. Cette distinction suffirait à bloquer l'ensemble du dossier, malgré les traitements appliqués et les garanties sanitaires que l'entreprise estime avoir apporté. Cooperl réclame une évaluation fondée sur la maîtrise effective des risques, plutôt que sur cette classification. « L'urgence de la situation ne permet plus de paralyser le bon sens derrière une posture de surréglementation », estime-t-elle.

Un retard français à combler

Le dossier s'inscrit dans un contexte de tension croissante sur la ressource en eau. Le plan Eau présenté par le gouvernement en 2023 prévoit notamment le développement de 1.000 projets de valorisation des eaux non conventionnelles d'ici à 2027. Cooperl juge les progrès insuffisants et avance un taux de réutilisation d'environ 1 % des eaux usées traitées en France, contre plus de 10 % dans certains pays confrontés au stress hydrique. Cooperl rappelle que « les solutions technologiques existent, sont opérationnelles » et demande à l'Etat de permettre leur mise en oeuvre dans un cadre réglementaire adapté.

Stéphanie Bescond