« Comment demander à des salariés fidèles de payer le prix de choix stratégiques ? » : cette entreprise d’Ille-et-Vilaine veut supprimer 21 postes, la direction s’explique
Coup dur pour l’entreprise Groom et son site de production de Javené, près de Fougères (35). Début septembre, la direction du spécialiste des dispositifs de fermeture de porte a annoncé à ses 60 salariés, dont la plupart sont basés en Ille-et-Vilaine, un projet de réorganisation incluant la suppression de 21 postes, dans le cadre d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). D’abord évoquée par le syndicat CFDT, l’information a été confirmée par l’état-major de la société (environ 25 millions d’euros de chiffre d’affaires), filiale du suisse Dormakaba depuis 1999.
« Nous avons entamé une procédure d’information et consultation avec les représentants du personnel. Cette phase nous tient particulièrement à cœur dans le cadre d’un dialogue social constructif », indique le directeur général de Dormaka France, Stéphane Kerfers. En cas d’homologation du PSE par l’administration, les premiers départs sont envisagés à partir de janvier-février 2027.
Cœur de métier
Pour le directeur général, le projet de restructuration doit permettre d'« adapter l’organisation de Groom [dont l’origine remonte à 1907, NDLR] à l’évolution du marché ». Un marché marqué par la crise du bâtiment, qui empêche d’aller chercher du chiffre d’affaires supplémentaire, et la hausse des coûts des matières premières, des transports et de l’énergie. Si différentes mesures ont déjà été mises en œuvre pour s’adapter à la situation, il faut aujourd’hui aller plus loin. « Notre projet doit permettre d’assurer la compétitivité et la pérennité durable de la société », explique Stéphane Kerfers.
En plus des suppressions de postes, la direction entend focaliser Groom sur son cœur de métier et les produits à valeur ajoutée (ferme-portes et système de verrouillage), ce qui pourrait conduire à l’arrêt de l’activité de systèmes de désenfumage ou l’externalisation d’une partie de la production, sans remise en cause le site de Fougères.
La CFDT « met l’employeur au défi d’être à la hauteur »
Dans un communiqué, la CFDT déplore les suppressions de postes à venir. « Le site de Fougères et ses salariés ont toujours fait preuve d’un engagement sans faille, s’adaptant à toutes les exigences industrielles du groupe, estime le délégué syndical CFDT, Sébastien Gousse. Comment demander à des salariés fidèles de payer le prix de choix stratégiques alors que le groupe et Groom affichent des résultats historiques ? Presque 120 ans à ouvrir des portes, et voilà que l’actionnariat suisse en ferme certaines sans état d’âme. C’est un sacrifice humain sur l’autel de la rentabilité boursière. »
En réponse, Stéphane Kerfers assure que l’entreprise fera « tout ce qui est possible pour pouvoir assurer un reclassement des collaborateurs concernés, que ce soit en interne et externe. Nous soutiendrons aussi les projets de formation et de reconversion ». Sur la question de la rentabilité, le directeur général reconnaît que Dormakaba affiche « une performance honorable » (2,8 milliards de francs suisses de chiffre d’affaires et 185,2 millions de résultat net sur l’exercice financier décalé 2025-2026, soit respectivement 3 milliards et 200,7 millions d’euros). Mais « il ne faut pas confondre les chiffres du groupe et les difficultés auxquelles Groom est confronté en France ».
Difficile à entendre pour la CFDT, qui prévient qu’elle s’emploiera à défendre l’emploi. « S’il est difficile de s’opposer juridiquement à ce PSE, nous mettons l’employeur au défi d’être à la hauteur en matière d’accompagnement […] Chaque salarié doit pouvoir choisir son avenir dans de conditions dignes », appuie Sébastien Gousse.