« Cette cour est devenue une salle de shoot à ciel ouvert » : comment le crack fait des ravages à Rennes
« Ici, des SDF, il y en a toujours eu. Mais depuis trois ou quatre ans, ce n’est plus la même population. On voit des usagers de drogues dures qui se piquent sous nos fenêtres. Cette cour est devenue une salle de shoot à ciel ouvert. » Le constat de ce riverain est brut. Travaillant depuis dix-huit ans au-dessus de ce grand parking privé situé près des halles centrales, il a vu la situation se dégrader et réellement basculer cet été. « C’est bien pire qu’avant. On retrouve des petites cuillères noircies par les flammes. Des seringues usagées. Cet été, il a eu jusqu’à une dizaine de personnes à venir se droguer dans la cour chaque jour. »
Matelas à même le sol, déjections humaines sous les porches ou dans les couloirs, fabrication de crack, injection devant les riverains, scènes de prostitution pour payer la dose suivante : le 21 septembre, deux sacs à dos remplis de seringues usagées ont été retrouvés sur le site. Alertés par une habitante, des élus locaux se sont rendus sur place. Diagnostic délivré aux riverains : Rennes subit un « afflux massif » d’usagers de drogues dures, et le centre spécialisé de Saint-Hélier frôle l‘asphyxie avec plus de 800 usagers inscrits.
Une population de rue usée et précaire
Au CHU de Rennes, les professionnels de santé dressent le même bilan. « Concernant le crack, une arrivée de consommateurs est observée à Rennes depuis trois à quatre ans, consécutive à l‘évacuation de certains sites par l’État à Paris », confirme le docteur Raphaël Pangui, médecin addictologue. Il évalue cette population à environ 300 personnes dans l’agglomération. Un public précaire, usé par la rue, parfois atteint de troubles psychiatriques lourds.
Documentée par le réseau d‘observation Trend dans son rapport 2025, la drogue s’est largement démocratisée. Le crack ne concerne plus seulement les profils très marginalisés : il touche désormais « des étudiants, des travailleurs, des personnes insérées ». Autre bascule : la consommation s’affiche désormais au grand jour, squattant halls d’immeubles, parcs et cours privées.
Le « caillou » à 10 €
L’explication de cette hausse de consommation s’explique aussi par son faible coût. Quand le gramme de cocaïne se vend entre 50 et 70 €, le « caillou » de crack se négocie entre « 10 et 20 € ». Au Blosne et à Villejean, des points de deal proposent des doses de crack.
Pour répondre à la crise, l’Agence régionale de santé (ARS) étudie actuellement la possibilité de créer une communauté thérapeutique afin d’accompagner les patients sur le long terme. « Ce dispositif permettrait un accueil de près d’un an avec un encadrement composé d’infirmières, d’assistants sociaux et de médecins », explique un professionnel concerné. Des visites d’inspiration ont d’ailleurs été effectuées à Montjean (près de Laval) et à Beaupréau (près d’Angers). Enfin, la ville étudie la possibilité de créer un deuxième site d’accueil de consommateurs pour encadrer l’usage de drogues dures et limiter la consommation dans l’espace public. Raphaël Pangui conclut : « L’ouverture d’une salle de consommation à moindre risque devient urgente. »