Canicule et sécheresse : les agriculteurs inquiets pour leurs stocks et l’avenir de leurs exploitations
Sur l’exploitation de Loïc Guines, à Rives-du-Couesnon (Ille-et-Vilaine), les prairies jaunies témoignent d’un été particulièrement sec. Une observation qui illustre une partie des problèmes que vivent les exploitants agricoles en cette situation climatique inédite. Sur le secteur, on est habitué à ne plus avoir d’herbe en juillet et août. Mais là, je dirais que c’est depuis fin mai », s’inquiète l’agriculteur , qui est aussi président de la chambre d’agriculture du département. C’est dans ce cadre que la nouvelle préfète d’Ille-et-Vilaine, Emmanuelle Dubée, nommée le 14 juillet dernier, était en visite sur son exploitation, vendredi 31 juillet : Il faut qu’on puisse être moins en gestion de crise et plus dans l’anticipation , estime-t-elle.
« On franchit une étape à chaque canicule »
La situation inquiète particulièrement les éleveurs. Et pas seulement la sécheresse actuelle, mais aussi ses conséquences dans les mois à venir. st-ce qu’on aura assez de stock de fourrage pour passer l’automne et l’hiver jusqu’au mois d’avril prochain ? , doute Loïc Guines. À cela s’ajoute une qualité de maïs dégradée dans plusieurs secteurs du département. On risque d’avoir des fourrages de moins bonne qualité et en quantité insuffisante pour nourrir les animaux , poursuit-il. Les chaleurs extrêmes dans les bâtiments agricoles ont également fait mourir beaucoup d’animaux d’élevage, essentiellement des volailles et des porcs , constate la préfète. Autre conséquence : « Les vaches ont perdu en production de lait sur notre exploitation, illustre Loïc Guines. C’est forcément moins de revenus alors que nos charges sont déjà engagées. » L’idée est donc de s’adapter durablement : On franchit une étape à chaque canicule. Donc on a des réflexions sur l’adaptabilité de nos systèmes.
Produire demain dans un contexte compliqué
Le représentant syndical et la préfète ont balayé les sujets : Comment adapter les bâtiments ? Avec quelles énergies et quelles protéines produit-on ? Et surtout, comment stocker l’eau ? Je suis de ceux qui souhaitent la stocker de différentes façons : en reconstruisant des zones humides et en construisant des réserves d’eau », explique Loïc Guines, qui s’accorde avec Emmanuelle Dubée sur l’idée de ne pas opposer les modèles . On a déjà des premiers dispositifs comme les terres en jachère, laissées au repos, qui peuvent être utilisées, continue la préfète. Mais aucune réponse n’est exclusive de l’autre. C’est une combinaison de tout, de changements de pratiques, de structures. Pour Loïc Guines, la question en filigrane est aussi celle du maintien de la vie dans les territoires ruraux : S’il n’y a plus d’élevage ici, il n’y a plus d’agriculture, et derrière il n’y a plus de vie dans les villages. Il faut penser à la ferme de demain, celle qui permet de faire vivre une famille, sinon les jeunes ne voudront pas s’installer.