Revue de presse

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« C’est l’histoire de la ville qui s’en va » : à Rennes, comment cette bâtisse vieille de 400 ans a-t-elle pu être détruite ?

Le Télégramme · 16/10/2026 · ← revue

Ce vendredi 16 octobre, Yves Sanquer fait le pied de grue devant le 43, rue Jean-Guéhenno, à la lisière du centre historique de Rennes. Portable à la main, le secrétaire des Amis du patrimoine rennais filme les derniers soupirs du petit immeuble de deux étages, dont la destruction a démarré la veille. Un modeste bâtiment dont l’allure n’indique a priori rien de particulier. En réalité, l’enduit gris, qu’on devine être du ciment, cache une maison à pans de bois vielle de presque 400 ans.

Construite dans la première moitié du XVIIe siècle, elle avait même un nom : « la Maison du Bois de Vincennes ». Elle faisait partie de l’ancien faubourg Saint-Laurent et a donné son nom à une rue adjacente. La bâtisse fut occupée par diverses familles et a servi d’hôtellerie dès 1699. Encerclée par des immeubles érigés dans les années 1930, c’était sans doute l’une des plus vieilles du quartier.

Classée trois étoiles au « patrimoine bâti d’intérêt local »

Raison pour laquelle elle était classée au « patrimoine bâti d’intérêt local ». Un dispositif du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) qui complète les traditionnels Monuments historiques, placés quant à eux sous la protection de l’État. Le bâtiment bénéficiait de trois étoiles, la plus haute protection, une catégorie réservée aux « édifices remarquables ou exceptionnels ».

C’est bien ce dernier point qui met Yves Sanquer en colère. Lors de la révision du PLUi en 2019, la Métropole avait renforcé la protection de ces édifices classés localement en réponse aux critiques des défenseurs du patrimoine rennais, après plusieurs épisodes similaires. « Avec cette classification trois étoiles, nous n’imaginions pas qu’elle puisse être démolie, personne ne s’était inquiété », s’étonne le bénévole. « On s’en est rendu compte trop tard pour déposer un recours.

Un risque pour la sécurité, plaide la municipalité

La municipalité, elle, rappelle que la démolition d’édifices classés trois étoiles reste autorisée lorsqu’existe un risque avéré pour la sécurité. Or, la Maison du Bois de Vincennes avait dû être étayée en urgence en 2016. Depuis cette date, elle était inhabitable. « Les études ont montré que sa réhabilitation représentait un coût très important, détaille-t-elle. Plusieurs solutions ont été étudiées avec les copropriétaires, des promoteurs et la Ville, mais elles n’ont pas pu aboutir. »

À la place, une résidence séniors doit être construite, sous la houlette de l’entreprise Ressources urbaines en partenariat avec la Sembreizh, une société d’investissement détenue majoritairement par le conseil régional de Bretagne. Un projet qui a fait l’objet « d’un travail approfondi avec les services de Rennes Métropole, l’architecte-conseil de la Ville et l’Architecte des Bâtiments de France », indique la municipalité. Elle ajoute que le permis de construire a fait l’objet de prescriptions particulières pour conserver la mémoire de la demeure détruite.

« Il faudrait au moins les documenter avant de les détruire »

Des explications qui ne réconfortent pas Yves Sanquer, des Amis du patrimoine rennais. « C’était un lieu singulier de la mémoire rennaise. Si on les enlève tous, on ne comprendra plus la ville de cette époque. » En filmant sa destruction, il espère donc pouvoir en conserver quelques détails. « Sinon, il n’en restera qu’une photo dans le PLUi et un court descriptif… C’est l’histoire de la ville qui s’en va. Des maisons comme celles-là, il faudrait au moins les documenter avant de les détruire. Pour l’histoire. »