Blocages des lycées et débordements à Rennes : entre accusations d’irresponsabilité et soutien au mouvement, les élus s’écharpent
Les réactions politiques se multiplient suite à la nouvelle journée de mobilisation des lycéens à Rennes, ce mercredi 30 septembre 2026. Dans un communiqué, Charles Compagnon, chef de file du groupe de la droite et du centre au conseil municipal et principal opposant à la maire de Rennes Nathalie Appéré, a fustigé des actes « d’une gravité extrême ». Il fait référence aux troubles qui ont éclaté dans le lycée professionnel rennais dans la matinée. L’accueil, la cantine et l’infirmerie de l’établissement ont été saccagés, des feux allumés, des voitures dégradées et des pompiers pris à partie. « Si le fait de revendiquer, de manifester ou d’être en colère est légitime, cela ne justifie pas de saccager ou d’agresser ceux qui viennent porter secours ! », a-t-il déclaré.
« Je veux dénoncer la surenchère de certains « irresponsables » politiques »
Avant de mener une charge en direction de ses opposants politique. « Je veux dénoncer avec la même force une autre dérive : la récupération politique de la jeunesse et la surenchère de certains « irresponsables » politiques autour de ces blocages ». Sa cible ? LFI. « Des personnalités ont fait le choix d’appeler à étendre les blocages, tandis que Jean-Luc Mélenchon a demandé à ses élus et militants de « s’interposer » face aux forces de l’ordre. La jeunesse n’est pas une réserve de colère dans laquelle des responsables politiques peuvent venir puiser pour servir leur stratégie électorale », tance l’élu Horizons.
Plus tôt dans la journée, la préfète d’Ille-et-Vilaine Emmanuelle Dubée avait, elle aussi, appelé à « la responsabilité de tous les acteurs dans ce contexte difficile qui met en danger les personnes » et condamné « les propos qui relativisent ces violences ». Un message, sans le nommer, pour le parti de Jean-Luc Mélenchon, qui a engagé une passe d’armes avec le Premier ministre Sébastien Lecornu, en l’accusant d’avoir « ordonné la répression ». Qui, en réponse, a dénoncé « la surenchère irresponsable » du candidat à la présidentielle.
« Répression du mouvement disproportionnée par rapport aux revendications légitimes des jeunes »
Sur les réseaux, certaines personnalités de La France Insoumise se montrent aux côtés des manifestants et appellent à élargir le mouvement. C’est le cas de la députée de la 1re circonscription d’Ille-et-Vilaine Marie Mesmeur, aperçue mardi aux côtés des jeunes du lycée Bréquigny. Ce mercredi, cette dernière a une nouvelle fois dénoncé une « répression du mouvement disproportionnée par rapport aux revendications légitimes des jeunes. Les images que je vois m’interrogent réellement et c’est pour ça que j’essaie de mobiliser les lycéens. Ils ont raison de revendiquer aujourd’hui. »
Quant à l’accusation de souffler sur les braises du mouvement, elle la balaie d’un revers de main : « On dit aux jeunes de ne pas aller chercher le contact (avec les forces de l’ordre) et de ne pas dégrader non plus. Avec quelques-uns de mes collègues députés, on essaie de faire descendre l’agitation », affirme-t-elle.
« Que le gouvernement entende le message exprimé par une partie de la jeunesse »
Le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, a lui, souhaité dans un communiqué « que le gouvernement entende le message exprimé par une partie de la jeunesse et engage sans attendre des discussions à la hauteur des inquiétudes exprimées ». Mais selon lui, « s’il est légitime que des lycéennes et des lycéens se mobilisent pour demander davantage de moyens pour l’Éducation, les violences et les dégradations sont, elles, inacceptables et n’ont pas leur place dans l’expression démocratique. »
Même tonalité chez Nathalie Appéré. La maire socialiste de Rennes estime que « les manifestations de lycéens traduisent le malaise d’une partie de notre jeunesse, qui s’inquiète pour son avenir. Il faut l’entendre ». Mais dénonce elle aussi « des violences inacceptables dans notre État de droit ».
Côté syndicats, Alliance Police nationale 35 « condamne fermement toutes les violences commises contre les policiers ». « Qu’il s’agisse de jets de pierres, de projectiles, d’incendies ou de toute autre agression, rien ne peut justifier que des policiers soient pris pour cible dans l’exercice de leurs missions ». De son côté, Fabrice Lerestif, secrétaire départemental de Force ouvrière, estime que « les revendications des lycéens et étudiants pour avoir des conditions correctes pour étudier sont légitimes et FO les soutient. » « Vouloir les faire taire est une absurdité et une faute grave, martèle-t-il. Il est urgent de construire une grande mobilisation intergénérationnelle et interprofessionnelle ».