Âgée de 32 ans, qui est Victoire Bay, la nouvelle directrice de cabinet du préfet du Morbihan ?

Victoire Bay succède à Ronan Le Page en tant que directrice de cabinet du préfet du Morbihan Michaël Glay. Nommée par décret le 16 juillet et arrivée en fonction le 17 août 2026, à 32 ans, c’est son premier poste au sein du ministère de l’Intérieur qu’elle souhaitait intégrer. Quel est son parcours, quelles sont ses missions et ses premières impressions dans ses nouvelles fonctions ? Actu Morbihan : pouvez-vous vous présenter ? Victoire Bay : Je suis la nouvelle directrice de cabinet du préfet. Directrice de cabinet, c’est tout le périmètre des missions de sécurité, en tant que bras droit du préfet sur les questions de sécurité, de gestion de crise, mais aussi de représentation de l’État, sur l’organisation des visites ministérielles et protocolaires, ce qui m’a pas mal occupée depuis un mois. Quel est votre parcours d’études ? J’ai un parcours assez classique puisque j’ai fait Sciences Po à Paris, ensuite j’ai passé l’Institut national du service public (l’INSP) qui est le nouveau nom de l’ENA et j’ai eu la chance de sortir au ministère de l’Intérieur ce qui était mon vœu, car je considère que les métiers préfectoraux sont des très beaux métiers. Je cherchais du concret et de l’opérationnel pour être en prise directe avec les problèmes des concitoyens et pour être utile à mon pays. Je considérais que le métier préfectoral pour cela était le plus beau, donc j’ai eu la chance d’être recrutée au ministère de l’Intérieur et d’arriver dans le Morbihan. Vous êtes née à Châteauroux en région Centre Val-de-Loire mais d’origine bretonne. Êtes-vous heureuse d’inaugurer votre carrière dans votre région de cœur ? Oui et j’ai été très chanceuse, puisque c’était mon vœu. Je suis de Brest, la Bretagne est une région que j’aime, à laquelle je suis attachée personnellement pour y avoir passé beaucoup de temps. Je ne connais pas bien le Morbihan et j’ai hâte de découvrir ses spécificités. Je ressens de manière personnelle ce que c’est d’être breton et le sentiment d’appartenance à cette terre si particulière donc je suis vraiment ravie d’être ici. C’est important d’avoir une certaine sensibilité au territoire pour un représentant de l’État et cela ne m’empêchera pas de sillonner la France par la suite, car c’est ce qui m’est demandé et à raison. Cette volonté d’être utile, c’est quelque chose qui vous a été transmis par votre famille ? J’ai toujours ressenti la volonté de servir les autres et le service public. Dans ma famille Brestoise, nous avions la moitié d’agriculteurs ou dans l’armée : c’est la Marine Nationale ou la ferme. Le besoin de travailler pour le secteur public et de s’engager, je l’ai toujours ressenti. Quelles sont vos premières impressions au bout d’un mois depuis votre prise de fonction ? Sur le plan de la sécurité, je pense que le Morbihan est un département à la délinquance maîtrisée par rapport aux autres. En termes de chiffres, il est le 39e département sur la délinquance et pour autant le 29e en termes de population, donc le ratio est favorable : c’est un département plutôt calme où les problèmes de sécurité sont maîtrisés même si le Morbihan demeure sensible comme l’ensemble des autres départements français à des phénomènes de délinquances croissantes liés à la drogue notamment qui touche désormais villes et campagnes. Un phénomène croissant mais ce qui est rassurant est la stratégie de contrôle qui paye aussi face aux infractions liées à la drogue, car nous avons augmenté nos contrôles et amendes notamment pour l’usage de stupéfiants qui a aussi augmenté. Avez-vous des priorités ? Il y a le sujet de la drogue, mais aussi l’augmentation constante de violences intrafamiliales qui continuent d’augmenter comme partout en France. Cela reste un sujet de préoccupation au regard de l’impact sur les familles touchées et un axe de travail qui va être important pour moi. Enfin, la troisième chose est la délinquance routière qui est toujours importante. C’est un sujet assez classique mais malgré la prévention et la délictualisation, ces délits continuent d’exister même avec la présence des forces de l’ordre. Il y a eu 27 morts depuis le 1er janvier 2026 sur les routes du Morbihan : ce n’est pas anodin par rapport à l’année dernière où l’on en a compté 40. Un chiffre important et j’observe que c’est lié à l’alcool, la vitesse, mais aussi à des choses qui pouvaient sembler évidentes, comme le port de la ceinture qui n’est pas respecté. La semaine dernière un accident grave ayant fait un blessé s’est produit pour cette raison. Je trouve dommage que la prévention continue sur ce genre de choses. Sur l’usage du protoxyde d’azote, a-t-il déjà causé des accidents routiers sur le territoire Morbihannais ? Le département n’est pas épargné par cet usage. Depuis un an, on a saisi 300 bouteilles ce qui n’est pas anodin non plus car cela a des conséquences graves pour la santé. Les jeunes en consomment. Pour le moment je ne pense pas qu’on ait eu d’accidents provoqués par cet usage mais depuis la loi RIPOST c’est une condition supplémentaire de suspension du permis au même titre que les stupéfiants, car le protoxyde d’azote mène à une perte de vigilance. Une spécificité Morbihannaise concerne les free parties. Leurs organisateurs revendiquent une certaine liberté. Quelle est la parole de l’État sur ce point ? Prônez-vous la fermeté ? Nous, on n’est pas là pour être contre les fêtes, on a évidemment un discours de fermeté mais qui est raisonné : on ne lutte pas contre la fête et d’ailleurs le nombre de festivals organisés de manière légale dans le Morbihan et partout en Bretagne le montre. On est un territoire qui sait organiser de belles et grandes fêtes, mais on veut s’assurer des conditions de sécurité pour tous et on sait que les rassemblements illégaux ne permettent pas d’assurer ces conditions pour les participants. C’est cela qui nous inquiète et pour cela que la loi a durci les conditions d’organisation de ces free parties et que nous avons durci aussi notre action puisqu’avant mon arrivée il y a eu quatre free partys organisées, dont trois ont mené des évacuations ordonnées par le préfet. Nous voulons simplement que la fête soit responsable pour favoriser la sécurité de tous. En dehors de la prévention des risques, pour quelles autres raisons ces événements sauvages posent-ils problème ? Quand une free party est organisée sans Dispositif Prévisionnel de Secours (DPS), ce qui est le cas pour les autres festivals, le nombre de comportements à risque peut mener à des situations individuelles graves. En outre, l’organisation de free party mobilise des moyens supplémentaires de pompiers et de la gendarmerie qui ne sont pas prévus. Cela pénalise d’autres interventions et donc prive de soins d’urgence d’autres populations qui n’ont rien demandé. La troisième raison est le durcissement décidé par la loi et qu’on applique en plus du coût énorme pour les gendarmes, pompiers et collectivité que cela représente : puisque déployer un dispositif d’urgence non prévu en quelques heures engendre des surcoûts qui s’élèvent à des dizaines de milliers d’euros rien que pour les pompiers. Il faut se rendre compte de tous les moyens de sécurité déployés plutôt que de faire payer tout le monde, pour la fête de quelques-uns. Vous êtes Bretonne et évoquiez ce sentiment d’appartenance comme un atout : cela le reste-t-il par exemple sur des sujets plus tendus, comme le projet éolien en mer qui ne fait pas l’unanimité en Bretagne ? Je pense que ce qui est positif et qui forme une richesse dans le Morbihan est la chance d’avoir un lien fort entre l’État et les différents partenaires dont les élus, les collectivités locales ou encore les associations. Un point fort à souligner car on a un dialogue constructif et une relation de confiance avec chacun des acteurs. Évidemment, ce sera un sujet sur lequel il pourra y avoir des désaccords, mais le dialogue est suffisamment riche pour dénouer les points d’interrogation à venir. Depuis votre arrivée, il n’a pas beaucoup plu ni avant, ni après, quel regard portez-vous sur la situation de sécheresse ? Est-on en situation de crise ? C’est un sujet qui nous préoccupe beaucoup et qui mobilise l’ensemble des services de l’État en particulier mon collègue secrétaire général en charge de l’application des politiques publiques. On est en train de revoir à la fois les plans d’action et de maintenir les restrictions afin de favoriser sur le temps long l’usage de l’eau. On va revoir notre planification, on n’en n’est pas à la gestion de crise et a priori il n’en sera pas question d’ici la fin de l’année, mais on maintient l’appel à la vigilance en appelant à la mesure dans l’utilisation de l’eau. Pourriez-vous décrire vos missions en matière de communication ? La communication aujourd’hui forme une part importante de l’action de l’État : elle a un rôle pour faire passer nos messages. Je suis en charge de la communication interministérielle avec l’équipe du service de communication de la préfecture. Le cabinet assure trois missions principales : la première étant la sécurité, qui englobe la sécurité publique civile et la gestion des crises, ainsi que la sécurité routière ; la deuxième grande mission est la représentation globale, lors de visites protocolaires ou quand le corps préfectoral représente l’État lors de cérémonies et ensuite, le troisième pilier est la communication. Vous serez présente à la préfecture du Morbihan à Vannes pour accueillir le public dans le cadre des 43e Journées européennes du patrimoine 2026 ce week-end où près de 1 000 personnes sont attendues sur la journée du dimanche : allez-vous assurer vous-même des visites ? Je vais suivre les visites et en assurer, ce qui permet de mieux connaître l’histoire de la préfecture et j’ai à cœur de faire partager avec le public ce qu’est le métier préfectoral. C’est bien que l’on soit là pour l’incarner et peut-être susciter des engagements pour le service public. Si je le peux à ma modeste échelle afin d’attirer des jeunes vers les métiers au service de l’État j’en serais ravie. Je vais donc suivre et commenter, apprendre et transmettre en même temps et le préfet sera présent lui aussi. Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.