À Bréhat, se faire soigner sur le continent en été est parfois compliqué
C’est une aide-soignante de l’Ehpad de l’île de Bréhat, sous couvert d’anonymat, qui alerte : « Le jeudi 13 août, un résident devait rejoindre le continent pour une opération chirurgicale mais les Vedettes de Bréhat ont refusé de l’embarquer parce qu’il était en fauteuil roulant. Ce résident ne nécessite pas de surveillance particulière. Il était en fauteuil car les cales de Bréhat sont difficiles d’accès en déambulateur. L’intervention a été annulée et une ambulance a attendu pour rien à l’arrivée. » L’aide-soignante explique que le 20 août, une autre résidente a également essuyé un refus, jusqu’à ce qu’une passagère décide de l’accompagner : « Depuis, chaque transport est discuté. Nos résidents ne sont pas hospitalisés, ils ont le droit de prendre la vedette. » Et de poser la question : « L’accès à l’île pour les personnes à mobilité réduite (PMR) est-il menacé ? »
« Des marins, pas des ambulanciers »
Anne-Lise Corlouer, patronne des Vedettes de Bréhat, rejette cette interprétation : « Nous acceptons les PMR autonomes mais nous ne sommes pas un transport sanitaire. Si ces personnes sont attendues par une ambulance, il y a une raison ! Le personnel des vedettes, ce sont des marins, pas des ambulanciers. » La cheffe d’entreprise estime que l’État ne joue pas son rôle : « Il y a quelques années, l’Ehpad appelait les pompiers de Bréhat. Maintenant, il faut passer par le Service départemental d’incendie et de secours des Côtes-d’Armor. On nous demande de remplir une mission de l’État sans contrepartie. Nous demandons qu’il y ait un accompagnement. »
« On évite les rendez-vous en été »
Une réunion se tiendra, ce mercredi 26 août, à la préfecture, qui assure que « c’est un sujet bien identifié, que les services traitent ensemble et qui, en grande majorité, permet d’assurer la continuité des soins. » Une autre salariée de l’Ehpad, également anonyme, souligne que les problèmes surviennent « quand la compagnie doit gérer l’afflux de touristes. On évite les rendez-vous médicaux en été. » Toutefois, comme sa collègue, elle déplore que « les Vedettes estiment que chaque résident relève d’un transport sanitaire. S’ils ont les capacités cognitives certifiées par un médecin, ils peuvent embarquer, comme en bus. Ils ont trois bons médicaux : pour le transport par la mairie, pour la vedette et pour le continent. » Elle élargit la question : « Il y a un vrai sujet sur le transport des malades et des morts sur beaucoup d’îles du Ponant. La réunion de mercredi permettra d’y voir plus clair. Il n’y a eu qu’un refus et je comprends les marins, ils sont responsables des passagers. »