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Un premier bilan globalement positif pour le plan de relance européen

Les Échos · 31/08/2026 · ← revue

Le plan de relance européen, baptisé Next Generation EU et sur lequel les 27 Etats membres s'étaient mis d'accord en pleine pandémie en 2020, touche à sa fin, prévue le 31 décembre prochain. En attendant, ce lundi constitue aussi une date importante puisque la mise en oeuvre des réformes et des investissements prévus en accord avec la Commission européenne doit être complète. En valeur, les deux pays qui profitent le plus de ce plan de relance sont l'Italie, qui bénéficie d'une enveloppe de 191 milliards d'euros, soit environ 9 % du PIB italien, dont un tiers sous forme de subventions, et l'Espagne, qui doit toucher l'équivalent de 6 % de son PIB. Tout ne s'est pas fait sans mal. La complexité du programme, la bureaucratie et le contrôle, les limites des capacités administratives et les goulots d'étranglement liés à la capacité d'absorption des pays bénéficiaires ont ralenti les décaissements. Mais le bilan apparaît globalement positif.

Meilleure croissance

D'un point de vue conjoncturel, « il faut se rappeler que, entre 2020 et 2026, l'Europe a été touchée par une série de chocs qui ont affecté l'économie italienne. Très industrielle et exportatrice, celle-ci est particulièrement vulnérable à ce type de secousses, qu'il s'agisse de la pandémie, de la crise énergétique après la guerre en Ukraine, de la fermeture du détroit d'Ormuz ou encore des perturbations du commerce mondial suite au protectionnisme américain », se remémore Sofia Tozy, économiste chez Crédit Agricole. « Sans ce plan de relance, la croissance italienne aurait été moindre. Les montants ont permis de dynamiser l'investissement, qui a grimpé de 34 % depuis 2019, les deux tiers de cette hausse venant des travaux d'infrastructures et le dernier tiers des équipements, des machines et du matériel de transport. En fait, le plan de relance a accru l'investissement structurel, ce qui a laissé la possibilité à la puissance publique de se concentrer sur le soutien à l'activité », poursuit-elle. Des économistes du Fonds monétaire international (FMI) estiment que le plan « a apporté une impulsion macroéconomique significative, soutenant la demande durant la reprise post-pandémie et générant emplois et croissance » dans les Etats membres. L'apport de Next Generation EU aurait été un surcroît de croissance de 0,3 point de PIB l'an passé dans l'Union européenne (UE). Mais cet impact atteindrait 1,4 point de PIB pour la Grèce, 0,8 point pour l'Italie et 0,5 point pour l'Espagne. Ainsi, la croissance a été beaucoup plus forte pour ces trois pays que dans le reste des Etats membres qui ont moins bénéficié des sommes allouées. De même, la progression des heures travaillées et de l'investissement a été plus rapide. Conséquence, le sentiment anti-européen en Italie s'est affaibli, probablement grâce à cette embellie. Autre avantage : ce plan a permis de relâcher la pression sur les finances publiques des pays qui en ont bénéficié. L'emprunt commun pour financer ce plan, sans précédent à l'échelle de l'UE, a contribué à stabiliser les marchés de la dette souveraine.

Interrogations à terme

En termes de réformes, des progrès ont aussi été faits. « Le mécanisme de conditionnalité liant la mise en oeuvre des réformes au décaissement des tranches du plan de relance a contribué à accélérer le processus de réforme en Italie, notamment dans les domaines de la justice, du droit des entreprises et de l'administration publique. Certaines de ces réformes commencent à produire des effets quantifiables sur le fonctionnement de l'économie et le climat des affaires, avec, à terme, un impact potentiellement positif sur la croissance potentielle bien qu'il ne soit pas encore chiffré », selon Sofia Tozy. C'est là la grande question. Next Generation EU a-t-il permis d'améliorer la croissance potentielle des pays ? Là, c'est moins clair. Dans un papier récent, l'économiste Dino Pinelli, qui travaille à la Commission européenne, pointe « un début de renforcement de la croissance potentielle » de l'Italie, de la Grèce et de l'Espagne. Mais la prudence domine. « Ce plan de relance a permis une accumulation de capital en Italie mais il est difficile de juger son impact sur la productivité et la croissance potentielle du pays. Globalement, l'Italie conserve un potentiel de croissance limité, de l'ordre de 1 %, contraint par les difficultés que rencontre l'industrie du pays et par le vieillissement démographique », estime pour sa part Guillaume Derrien, économiste chez BNP Paribas. Reste un problème, celui de la gestion de l'arrêt de la manne européenne. « La fin du plan de relance devrait avoir un effet relativement plus marqué pour l'Italie que pour l'Espagne. D'une part parce que les sommes dont a bénéficié l'Italie étaient plus importantes, d'autre part parce que la croissance actuelle de l'économie espagnole repose davantage sur des facteurs structurels, comme la forte immigration, le tourisme et l'attractivité de son mix énergétique », juge Guillaume Derrien.

Guillaume de Calignon