Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Le Parlement européen vise l'entrisme islamiste et les Frères musulmans

Les Échos · 08/10/2026 · ← revue

Par Nicolas Rauline

L'Europe pourrait regarder de plus près les fonds versés à certaines organisations. Le Parlement a voté ce jeudi à Strasbourg une résolution déposée par le PPE (droite), appelant à « se doter d'une stratégie contre l'entrisme islamiste et l'influence du réseau des Frères musulmans ». Une large majorité s'est dégagée, allant de Renew (centre) à l'extrême droite, les groupes de gauche s'y étant opposés, fustigeant notamment le flou des arguments. Et le texte a finalement été adopté par 381 voix pour et 167 contre, pour 15 abstentions. « En France, l'Assemblée nationale avait voté une résolution non contraignante dans ce sens l'an dernier, mais le bon échelon pour ce débat est le niveau européen », explique la rapporteure (PPE) du texte Céline Imart, pour qui l'adoption de cette résolution va avoir un « effet immédiat au sein du Parlement ».

« Frères musulmans en costume cravate »

« Cela va fermer l'accès aux institutions aux réseaux fréristes », espère celle qui s'est appuyée, pour son travail, sur un rapport déclassifié du ministère français de l'Intérieur. « Certaines associations liées aux Frères musulmans pouvaient, jusqu'ici, participer à des consultations européennes, organiser des expositions au sein même des institutions. » Dans son viseur : plusieurs associations et organisations qui auraient bénéficié ces dernières années de financements européens. Ce serait notamment le cas, selon elle, du Femyso (Forum des organisations européennes musulmanes de jeunes et d'étudiants), une vaste coalition qui regroupe 32 associations, dans 20 pays. « Ce sont les porte-parole des Frères musulmans en costume cravate », juge Céline Imart. Des accusations que le Femyso a toujours rejetées. « Ces attaques ont pour objectif d'intimider et de faire taire les voix de celles et ceux qui travaillent pour promouvoir une société diverse et cohésive », s'était défendue l'organisation en 2019, parlant de son engagement « visant à promouvoir la citoyenneté active, la coexistence et les valeurs européennes ». L'ampleur du phénomène dénoncé par la droite et l'extrême droite n'est pas quantifiée. « C'est un sujet de transparence et de traçabilité. On ignore combien de fonds transitent vers ces réseaux car la Commission n'est pas capable de fournir une cartographie complète, affirme Céline Imart. L'un des enjeux est justement de faire la lumière sur cette nébuleuse. »

Bruxelles prudent

A Bruxelles, on se montre prudent. Le commissaire européen aux Affaires intérieures Magnus Brunner ne s'est pas engagé à adopter une stratégie en la matière et a appelé à ne pas faire peser de suspicion généralisée sur une communauté. Il a aussi rappelé que des instruments existent déjà au niveau européen pour prévenir la radicalisation, surveiller les transactions susceptibles de financer le terrorisme ou contrer les discours haineux sur les réseaux sociaux. Quant au Conseil, il devra décider si, comme l'y invite la résolution, il inscrit les Frères musulmans sur la liste de l'Union européenne des organisations terroristes. Plus tôt cette année, il avait décidé de maintenir le Hamas, lié à l'organisation, sur cette liste. La confrérie, interdite dans certains pays du Moyen-Orient, avait vu, en début d'année, ses branches égyptienne, jordanienne et libanaise classées comme organisations terroristes par les Etats-Unis.

Nicolas Rauline (Bureau de Bruxelles)