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Le Canada promis au rang de « membre associé » de l'Union européenne malgré les réticences de l'Allemagne

Les Échos · 30/10/2026 · ← revue

Par Timothé Boudet

Alors que Berlin avait obtenu le retrait de l'expression « membre associé » du projet de déclaration commune, Mark Carney l'a remise au premier plan vendredi, à la clôture du sommet entre le Canada et l'Union européenne à Montréal. Le Premier ministre a annoncé que son pays deviendrait le premier « membre associé » de l'UE, tout en reconnaissant que les modalités de cette relation restaient à négocier. A ses côtés, Ursula von der Leyen n'a pas abandonné la proposition qu'elle avait lancée en septembre. La présidente de la Commission européenne a elle aussi repris l'expression, mais s'est montrée plus prudente lors de la conférence de presse, défendant surtout une relation « aussi étroite que possible » avec Ottawa, sans adhésion à part entière. Une position plus mesurée que celle du Premier ministre canadien, qui assurait pourtant jeudi que « le nom n'a pas d'importance ».

Un statut inédit qui divise les Européens

L'Allemagne, mais aussi la France, l'Italie et la Grèce, s'étaient opposées avant le sommet à une appellation qui ne correspond à aucune catégorie prévue par les traités européens. Berlin a finalement obtenu que la déclaration finale privilégie une « association toujours plus étroite », sans adhésion. Les capitales redoutent notamment qu'un statut insuffisamment défini soulève des difficultés juridiques et crée un précédent pour d'autres pays. La fiche officielle du sommet ne fait d'ailleurs état que de discussions engagées sur cette possibilité. La coordination des politiques industrielles et de sécurité, l'accès aux programmes européens ou les échanges entre institutions figurent parmi les pistes avancées, sans qu'il soit question d'accorder au Canada un siège ou un droit de vote au sein de l'Union. Les dirigeants se donnent jusqu'au sommet de 2027 pour préciser le dispositif, même si Mark Carney espère achever les négociations dès juin.

La guerre commerciale pousse Ottawa vers l'Europe

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le gouvernement canadien cherche à réduire sa dépendance à un marché américain qui absorbait encore 71,7 % de ses exportations de marchandises en 2025. Les droits de douane imposés par Washington à plusieurs secteurs industriels ont accéléré les efforts de diversification engagés par le Canada. Le rapprochement avec Bruxelles doit lui ouvrir d'autres débouchés, mais aussi attirer des investisseurs dans des activités qu'il souhaite développer sur son territoire. Le Ceta, appliqué provisoirement depuis 2017, a déjà renforcé les échanges de biens et de services entre les deux partenaires, en hausse de plus de 80 % depuis 2016, à environ 130 milliards d'euros l'an dernier. A Montréal, leur ambition est désormais de dépasser le cadre du libre-échange pour rapprocher leurs politiques industrielles, leurs infrastructures et leurs capacités de recherche. Une évolution qui répond également aux préoccupations européennes face à la domination chinoise dans plusieurs secteurs stratégiques.

Des investissements encore à concrétiser

En achevant les négociations d'un accord avec la Banque européenne d'investissement, Ottawa espère attirer des capitaux dans ses projets de minerais critiques. L'Europe cherche de son côté à réduire sa dépendance à la Chine. Selon Ursula von der Leyen, les importations européennes de matières premières critiques canadiennes ont atteint 3,3 milliards d'euros en 2025, en hausse de 62 %. Aucun financement ou projet précis n'ont encore été annoncés. Le rapprochement s'étend également au numérique, avec l'achèvement des négociations d'un accord commercial et la signature de textes sur l'intelligence artificielle et l'identité numérique. Le Canada doit aussi rejoindre EuroHPC, le programme européen de calcul intensif, tandis qu'une participation élargie à Erasmus+ est envisagée. Bruxelles prévoit d'augmenter dès 2027 les financements consacrés aux échanges d'étudiants et de personnels universitaires. Les deux partenaires travaillent également à un nouveau dispositif de mobilité pour les jeunes, au-delà des seuls cursus universitaires. Ils souhaitent aussi faciliter la reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles, notamment pour les travailleurs qualifiés et les chercheurs.

Timothé Boudet (Correspondant à Montréal)