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L'Ukraine fait un nouveau (petit) pas vers l'adhésion à l'Union européenne

Les Échos · 13/10/2026 · ← revue

Par Nicolas Rauline, Virginie Robert

Le soutien de l'Europe à l'Ukraine n'est pas que militaire ou financier : il passe aussi par des perspectives d'avenir. Et, dans ce domaine, malgré les réticences de nombreux Etats membres à absorber l'énorme secteur agricole ukrainien, le processus d'adhésion à l'Union européenne se poursuit. Ce mardi, l'UE a ouvert deux nouveaux ensembles de négociations dans ce mécanisme très codifié. Les négociations sont ainsi ouvertes dans quatre des six grands ensembles du processus d'adhésion : les « fondamentaux » (liberté d'expression, sécurité, fonctionnement des institutions, réforme de l'administration publique…), les relations extérieures (politique de défense, politique étrangère…), et donc désormais le marché intérieur (libre circulation des biens, des capitaux et des travailleurs, propriété intellectuelle, concurrence, protection des consommateurs…) et la compétitivité (éducation, recherche, douanes, fiscalité…). Reste encore à ouvrir des discussions dans le domaine de l'agriculture et la cohésion (politique régionale, normes sanitaires…), et dans l'environnement (énergie, transport…), peut-être d'ici à la fin de l'année.

Fin du veto hongrois

La poursuite des négociations a été rendue possible par l'adoption lundi par le parlement ukrainien d'une loi sur les langues des minorités, qui était réclamée par la Hongrie. Budapest entendait défendre la minorité magyare en Ukraine, qui compte près de 100.000 personnes réunies sur la centaine de kilomètres de frontière commune entre les deux pays. Un vote salué par le Premier ministre hongrois comme un « bon signe ». « Il reste encore beaucoup à faire pour que les relations s'améliorent à nouveau et que la confiance soit rétablie des deux côtés mais je crois que les dirigeants des deux pays ont franchi les premières étapes vers un règlement de la situation », a-t-il déclaré. Outre la proximité de l'ancien Premier ministre hongrois Viktor Orban avec Moscou, les relations entre les deux pays s'étaient tendues lors de l'adoption en 2017 d'une loi imposant l'ukrainien comme langue principale dans l'enseignement secondaire. La Hongrie bloquait, depuis, le processus d'adhésion. La normalisation des relations avec la Hongrie et le rôle moteur de certains Etats membres dans les discussions, en particulier les Etats baltes, pourrait jouer en faveur de Kiev. Mais les discussions sur le marché intérieur et la compétitivité sont toutefois parmi les plus gros morceaux. Les préoccupations demeurent sur l'état de la corruption dans le pays, qui repoussent pour le moment toute idée d'adhésion accélérée, même si Bruxelles a récemment noté des améliorations franches sur la réforme du système judiciaire, la lutte contre le blanchiment d'argent, la modernisation de l'administration publique ou encore les droits des minorités.

« Super Tuesday »

« Un certain ralentissement dans le processus de notre intégration a été constaté. Il y a des raisons techniques, liées au fonctionnement du parlement en temps de guerre. Nous avons perdu 60 personnes au Parlement, ce qui augmente à 65 % la majorité requise, au lieu de 60 %, pour un changement constitutionnel », expliquait Vadym Halaichuk, député à la Rada et numéro deux de la commission parlementaire pour l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne, lors du récent Forum France Ukraine à l'Ifri. Le nouveau cadre de l'élargissement, rendu public il y a quelques jours, pourrait favoriser une adhésion graduelle de l'Ukraine à l'UE. La commissaire à l'élargissement Marta Kos a notamment parlé de « dispositions ciblées pour l'intégration du secteur agricole », qui devraient laisser les Ukrainiens (30 % de la surface agricole de l'Europe) en dehors de la Politique agricole commune dans un premier temps. Parmi les autres arguments de l'Ukraine : la force de son industrie de défense, ses richesses en terres rares… Kiev, comme les autres candidats à l'adhésion, devrait y voir plus clair à la fin du mois, quand Bruxelles publiera pour eux une feuille de route. Mais la présidence irlandaise du Conseil, par le biais du ministre irlandais des affaires européennes Thomas Byrne, parlait d'ores et déjà d'un nouveau « super Tuesday » ce mardi : outre l'Ukraine et la Moldavie, qui avancent au même rythme, le Conseil a approuvé la fermeture d'un chapitre de négociations pour l'Albanie et deux pour le Monténégro, qui se rapproche encore un peu plus de l'accession, un traité d'adhésion étant en cours d'élaboration.

Nicolas Rauline, avec Virginie Robert ((Bureau de Bruxelles))