Transition écologique : les lignes rouges du Plan pour éviter à la France de « faire du yo-yo »

Par Marie Bellan
Comment vivrons-nous dans la France de 2035, et celle de 2050 ? Cette question est le fil rouge d'un rapport commandé par le Haut-Commissaire à la stratégie et au plan, Clément Beaune, il y a un peu moins d'un an à un groupe d'experts chargés de plancher sur dix thématiques distinctes. Parmi elles, la transition écologique est en bonne place : après la section sur les finances publiques publiée cet été, le chapitre sur l'environnement est le deuxième volet à être présenté ce mercredi par Antoine Pellion, directeur général adjoint d'Idex et ancien Secrétaire général à la planification écologique (SGPE).
Des risques accrus pour la population
« Nous n'avons pas cherché à réécrire les travaux de planification qui ont déjà été menés et sont toujours d'actualité mais plutôt à faire porter notre effort sur les bénéfices pour les Français et sur la façon de passer vraiment à l'action car c'est ce qui manque le plus aujourd'hui », explique l'ex-SGPE. Avec une hypothèse de départ : « On part du principe que le reste du monde, en dehors de la France, reste sur le rythme actuel de décarbonation et que la France sera à + 4 °C en 2100. Notre rapport montre que même si les autres pays ne font pas autant d'efforts que nous au niveau mondial, les Français ont tout de même intérêt à faire cette transition écologique. Ils y gagnent en termes de souveraineté, de santé, d'habitabilité de leur propre territoire et de cohésion sociale. C'est ce que nous avons appelé « une politique sans regret » : nous avons un réel intérêt à la mener, quelles que soient les positions des autres pays », poursuit Antoine Pellion. Pour montrer l'intérêt de la transition écologique, le rapport part avant tout des risques que le changement climatique fait courir à la population : canicules, incendies, recul du trait de cote, retrait gonflement d'argile, inondations… « Chaque territoire en 2050 sera soumis de manière critique à au moins un aléa majeur » : cette phrase du rapport a été écrite avant l'été 2026 qui s'achève à peine et dont nous n'avons pas encore soldé toutes les conséquences. « Aujourd'hui, elle paraît tristement banale car aucune région n'a effectivement été épargnée », note Clément Beaune, pour qui « cette prise de conscience, nouvelle en France, doit nous inciter à ne pas relâcher nos efforts d'investissement et à éviter de faire du yo-yo sur le sujet ». Le volet financement est succinctement abordé dans le rapport mais sans mesures budgétaires concrètes. Les préconisations sont plutôt d'ordre méthodologique et, réalisme oblige, extrabudgétaires : mieux impliquer les collectivités locales en leur donnant la possibilité de s'endetter davantage et de bénéficier de prêts bancaires à taux préférentiels en échange d'une politique de prévention des risques climatiques, ou encore élargir la réassurance par l'Etat à l'ensemble des risques climatiques. « Il ne s'agit pas que l'Etat couvre tous les risques climatiques intégralement mais qu'il se porte garant que le système assurantiel ne s'effondre pas et mène davantage de politiques de prévention », précise Clément Beaune.
« Eviter une explosion du pacte social »
Une des clefs de voûte pour la réussite de cette politique de transition reste la cohésion sociale et territoriale. Jusqu'à présent, les sujets environnementaux, comme l'interdiction de certains pesticides, la lutte contre l'artificialisation des terres ou la pollution atmosphérique dans les villes, ont plutôt tendance à hystériser le débat public. « Plus les dommages vont se renforcer avec des situations très disparates suivant les territoires, plus on va réinterroger les mécanismes de péréquation qui ne seront peut-être plus acceptés socialement. C'est un risque énorme qu'il faut anticiper », prévient Antoine Pellion, qui milite pour « traiter en amont la transition et donc réduire les inégalités d'exposition aux risques par des politiques publiques adéquates, c'est la seule façon d'éviter une explosion du pacte social ». Est-ce qu'on fait la transition en réaction, tardivement, de manière plus coûteuse ? Ou est-ce qu'on le fait ensemble de manière planifiée
Clément Beaune, Haut Commissaire à la stratégie et au plan
Pour l'heure, le gouvernement a plutôt tendance à agir en pompier pour faire face aux crises successives. Le prolongement des aides à l'achat de carburant annoncé en début de semaine par le gouvernement pour contrer la nouvelle envolée des prix du pétrole en est un bon exemple. « La transition écologique ne peut se faire que sur plusieurs années. Pendant cette phase de transition, il n'est pas anormal d'aider les ménages les plus modestes qui n'ont pas pu changer leur voiture à passer des pics de prix lors de crise, mais l'erreur serait d'arrêter de tout concentrer sur la gestion de crise et d'arrêter les mesures structurelles de soutien, par exemple pour faire la bascule vers la voiture électrique ou les transports en commun », estime Antoine Pellion. Le contexte budgétaire n'est cependant guère favorable à des politiques environnementales ambitieuses, même si le Premier ministre a donné l'assurance que le budget de l'Ecologie serait en progression cette année. L'essentiel, pour le Haut-Commissaire à la stratégie et au plan, reste toutefois la pérennité de ces engagements : « La transition écologique se fera en France comme ailleurs, la vraie question, c'est de lui donner ou non de la stabilité, de la prévisibilité et de la cohésion. Est-ce qu'on fait la transition en réaction, tardivement, de manière plus coûteuse ? Ou est-ce qu'on le fait ensemble de manière planifiée », conclut Clément Beaune.