Revue de presse

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REPORTAGE. Blocus des lycées : au cœur d’une AG inter-lycées à Toulouse, « la découverte de l’engagement »

Ouest-France · 09/10/2026 · ← revue

Les élèves s’assoient, ils sont environ une centaine. Premier vote, sont-ils d’accord pour qu’une journaliste de Ouest-France assiste à leur AG ? Les mains se lèvent à l’exception de deux ou trois. Nous pouvons rester dans la grande salle aux murs rouges de la Bourse du travail, à Toulouse (Haute-Garonne). Un grand bâtiment Art déco face à la Basilique Saint-Sernin.

La découverte de l’engagement

L’assemblée générale inter-lycées démarre à midi, ce jeudi 8 octobre. Second sujet de débat : sur quelle plateforme les lycéens doivent-ils échanger ? La veille, des personnes hostiles à la grève se sont rajoutées au groupe et leurs messages ont perturbé les échanges. Pourquoi pas Matrix ?, lance un jeune tout de noir vêtu, préférant cette messagerie chiffrée de bout en bout. Après une discussion sur la complexité de certaines plateformes, le manque de sécurité et d’anonymat des autres, ils ont voté pour la création de groupes de travail sur une plateforme de niche, type Discord ou Matrix. Et pour les grandes annonces, comme un lieu de rassemblement, passer sur une messagerie plus facile d’accès. Ce sont des jeunes qui découvrent l’engagement militant, parmi eux, une seule était syndiquée avant le début des blocus, analyse l’animateur de la réunion.

Une demi-heure plus tôt, les premiers arrivés ont été une trentaine d’élèves du lycée Fermat, l’un des plus cossus et des plus courus de la ville. Ces jeunes surprennent par leur maturité. Ils s’écoutent respectueusement, demandent la parole en levant leur main, approuvent en agitant les mains. La salle se remplit des élèves des autres lycées, venus pour se rencontrer et pouvoir choisir ensemble démocratiquement les objectifs et les moyens, indique l’animateur.

Égalité de temps de parole

Une jeune fille au micro s’adresse aux représentants des lycéens…, elle est interrompue. Pardon, poursuit-elle, pas représentants, ça fait un peu dictature, mais porte-parole. Cette vigilance sémantique reflète leur exigence en matière de parité ou d’égalité de temps de parole : 2,30 minutes par lycée, pas plus, car à 14 h, une délégation est attendue au rectorat pour demander davantage de budget et de profs.

En ouverture, un street médic, ces secouristes bénévoles intervenant dans les manifestations, cagoulé, leur donne quelques consignes en cas de charge des CRS et propose, à ceux qui le souhaitent, une formation d’une heure la semaine prochaine. Un jeune en profite pour témoigner de ce qui est arrivé lors d’un blocus au lycée général options art à Saint-Sernin. Il dénonce l’usage de lacrymos et « une charge violente de CRS, sans que l’on comprenne pourquoi. Les profs nous ont entourés pour nous protéger. »

Les porte-paroles des différents lycées s’expriment à tour de rôle, décrivent le soutien, très inégal, dont ils bénéficient de la part de leurs profs, de l’administration, mais aussi des autres élèves. Certains faisant état de tensions entre élèves, alors que les classes préparatoires ou les BTS sont généralement autorisés à aller en cours. Saint-Sernin, où environ 600 élèves sur 1 900 sont mobilisés à chaque blocus, est l’un des lycées les plus militants.

Des renforts entre lycées pour tenir les blocus

Les lycées en sous-effectifs pour tenir les blocus ont demandé à des lycéens de Saint-Sernin de venir leur prêter main-forte : À 7 h, on est une trentaine en comptant les profs et les parents, mais vers 11 h il y a moins de monde, regrette la porte-parole du lycée général et technologique Berthelot. Certains élèves préfèrent rester spectateurs. Faut casser, faut mettre le feu aux poubelles, les flics viennent et on parle de nous, lance un jeune. Certains approuvent, d’autres préviennent : Quand on brûle, les médias montrent les poubelles qui flambent, c’est du temps d’antenne où l’on ne parle pas de nos revendications.

Convaincus de la légitimité de leur combat, soutenus par de nombreux adultes et étudiants, les lycéens veulent se coordonner au niveau national et prévoient une grande rencontre à Paris, peut-être la semaine prochaine. Et parce qu’ils sont jeunes et que l’on peut aussi revendiquer dans la joie, le dernier vendredi avant les vacances, les lycéens manifesteront déguisés pour Halloween.