Rentrée scolaire : l'attractivité du métier d'enseignant « reprend des couleurs »

C'est, pour Edouard Geffray, la bonne nouvelle de cette rentrée scolaire, alors que 851.500 enseignants reprennent ce lundi le chemin de leur école ou de leur établissement. « Les rendements des concours ont été très bons », s'est félicité le ministre de l'Education nationale, il y a quelques jours, lors de sa conférence de rentrée. Le ministre y voit un « effet très net » de la réforme des concours sur l'attractivité du métier. Cette dernière a déplacé les concours en fin de licence pour élargir le vivier des candidats, alors que jusqu'à l'an dernier il fallait un master pour les passer. Deux sessions ont coexisté cette année : les nouveaux concours à bac +3 et ceux à bac +5. Le système transitoire, qui doit durer jusqu'en 2027, a permis « une augmentation de 50 % du nombre d'admis pour 40 % de postes ouverts en plus et donc, pour la première fois depuis quinze ans, nous avons des concours qui ont été pourvus », affirme Edouard Geffray. Le ministre cite notamment le concours de recrutement dans le premier degré à Créteil « qui n'était pas pourvu depuis 2013 » ou celui de Mayotte « qui ne l'avait pas été depuis plusieurs années ».
« Un plan social »
La grande majorité des admis l'ont été au niveau bac +3, avait précisé le ministre en juillet. Plusieurs milliers de nouveaux lauréats vont donc faire leur rentrée ce lundi. Ils intégreront un master enseignement et éducation (M2E) qui s'apparente à une formation professionnalisante de deux ans, rémunérée. Edouard Geffray se félicite aussi de l'amélioration du niveau de recrutement : « Le dernier admis a trois points de moyenne de plus que celui de l'année dernière. » Il précise que, sur Parcoursup, la nouvelle licence de professorat des écoles a reçu en moyenne sept candidats par place : « Nous avons bien des jeunes qui, aujourd'hui, aspirent à être professeurs. L'attractivité du métier reprend des couleurs. » Même s'il faut « encore capitaliser sur cette nouvelle aspiration ». Les syndicats, eux, sont plus prudents quant à la durabilité de ce regain d'attractivité. En juillet, le SNES-FSU - principal syndicat des collèges et lycées - avait parlé d'« une augmentation en trompe-l'oeil » - tandis que le SE-UNSA évoquait une « amélioration mécanique » liée à la simultanéité des deux concours. La conséquence, selon le SNES-FSU, qui n'était pas favorable au déplacement du concours après la licence, c'est « un plan social », « une forme de licenciement » pour les très nombreux contractuels qui se retrouvent sans poste. Nous avons bien des jeunes qui, aujourd'hui, aspirent à être professeurs. L'attractivité du métier reprend des couleurs.
Edouard Geffray, ministre de l'Education nationale
« On aura pourtant besoin d'eux très vite pour les remplacements mais aussi l'année prochaine lorsque l'effet d'aubaine sera passé », prévient le syndicat. Selon la secrétaire générale du SNES, Sophie Vénétitay, 45 % de non-titulaires dans l'académie de Toulouse n'ont pas été reconduits et à Paris, c'est aussi le cas de « plusieurs centaines de non-titulaires qui étaient en CDD ». Elle dénonce « une forme de brutalité qui colle mal avec les grands discours du ministère sur la gestion des ressources humaines ».
« Bachotage »
La FSU s'inquiète aussi du contenu de la nouvelle licence de professorat des écoles. « Elle met la formation sous la tutelle directe du ministère et remet en cause son caractère universitaire avec seulement 50 % des enseignements dispensés par des universitaires », regrette Aurélie Gagnier, cosecrétaire générale du principal syndicat d'enseignants du primaire, la FSU-SNUipp. « Les contenus dictés par le ministère sont axés sur une remise à niveau disciplinaire et un bachotage du concours au détriment de la recherche. » Cela « risque fort de peser sur la valeur accordée à cette licence, notamment en cas de réorientation », met en garde la syndicaliste. Pour le second degré, le SNES promet que le contenu des formations et des référentiels disciplinaires sera « l'un des gros sujets de la rentrée après les affectations ».