RÉCIT. Gaz lacrymogène, poubelles, manifestation : que s’est-il passé lors des blocages des lycées à Brest, ce jeudi ?
Alors que 8 h sonnent sur Brest (Finistère), ce jeudi 1er octobre 2026, l’entrée du lycée Dupuy-de-Lôme se comble de poubelles trouvées çà et là. Comme d’autres établissements de la ville, parmi lesquels l’Iroise, Vauban, la Croix-rouge, Kerichen, ou Jules-Lesven, la mobilisation commencée la veille s’y poursuit. L’Université de Bretagne occidentale, où un blocage était annoncé, a été fermée en prévention par son président, Pascal Olivard.
Fatima, en classe de 1re professionnelle AEPA (animation-enfance et personnes âgées), raconte : Hier, tous les policiers nous faisaient reculer le long de la rue ». Elle constate que le climat du jour est plus calme : quand une poubelle brûle sur les rails du tramway A, les pompiers interviennent, mais pas les forces de l’ordre.
« L’année dernière, on a passé trois mois sans chauffage »
Dressée sur un conteneur en compagnie de son amie Amandine, Fatima ne perd pas le cap sur ses revendications. Tout en gardant pour mot d’ordre de rester calme, elle déplore le manque de moyens dans son lycée : À l’internat, l’année dernière, on a passé trois mois sans chauffage. Certains pointent des tables trouées, des classes surchargées, de grosses chaleurs lors de la canicule, ainsi que des coupures d’électricité.
« Mes parents me soutiennent »
Devant le lycée de l’Iroise, une quarantaine d’élèves, notamment de terminale, manifestent dès la première heure, sans pour autant bloquer les accès. On était plus nombreux hier, raconte Morgane, 17 ans, élève de terminale. Mais on nous a mis la pression en nous disant que ça allait nous pénaliser. Mes parents me soutiennent mais je sais que d’autres ont eu interdiction de manifester.
Pour Hugo, en terminale à l’Iroise, le lycée représente pas mal de stress, depuis l’instauration du contrôle continu pour Parcours sup. Il voit aussi avec amertume la baisse du budget du pass culture. Quand mes sœurs ont eu 18 ans, elles sont reçu 300 €, avec lesquels elles ont acheté des livres, des places de concert, de cinéma… Nous, ça sera 150 €. On se cultivera moins, et on s’étonne que les résultats baissent…
De loin, le proviseur du lycée de l’Iroise, Jean-Luc Mennessier, garde un œil sur les manifestants. On les connaît, on peut dialoguer.
Tensions à Jules-Lesven et rassemblement place de la Liberté
Le point de tension sur toutes les lèvres et dans toutes les boucles de discussion des lycéens brestois : le grand feu régulièrement alimenté par des éléments urbains dans la rue Jules-Lesven, en face du lycée du même nom. Autour, quelque 400 manifestants.
Ici, des projectiles sont lancés sur les policiers. Quatre d’entre eux sont blessés ; quatre interpellations ont lieu.
Gaz lacrymogène et charge des policiers
Rue Jacques-Cassard, non loin, les manifestants scandent des chants antifascistes. Dans cette artère étroite, Djodie, élève à l’institut de formation au travail éducatif et social (ITES), est accompagnée de sa caméra, de son micro et de deux amies. Elles interrogent les manifestants aux yeux rougis par le gaz lacrymogène envoyé par la police : On trouve ça important de donner la parole aux jeunes. On a le sentiment, avec ces réactions des forces de l’ordre, que leurs voix ne sont pas entendues.
Au niveau du boulevard Montaigne et de la rue Paul-Masson, après de multiples charges des forces de l’ordre, les manifestants reculent et se donnent rendez-vous place de la Liberté. Un cortège de plus de 3 000 personnes, composé de jeunes de plusieurs lycées des alentours, de professionnels de l’Éducation nationale et de retraités, manifeste dans les rues de la cité du Ponant avant de se disperser.
Selon plusieurs groupes de discussion sur les réseaux sociaux, des lycéens appellent à reprendre les blocus dès ce vendredi.