Pour sa rentrée, Lecornu plonge dans le chaudron du budget

L'économie française connaît un véritable coup de frein, la dette est sous tension, l'objectif de déficit pour 2026 paraît déjà difficile à tenir, le climat politique est exacerbé par la campagne présidentielle qui s'accélère brutalement… Bienvenue dans la préparation du budget pour 2027. Ce lundi, le Premier ministre Sébastien Lecornu réunit son gouvernement en séminaire avec, en plat principal, la préparation du budget. A multiples inconnues, l'équation paraît insoluble, à tel point que le Premier ministre multiplie les messages d'alerte. La semaine dernière, dans une lettre aux parlementaires, il a averti du danger de l'absence de budget. « Je vais être direct, il faut un budget. Ne serait-ce que parce que l'élection présidentielle à la fois est une soupape, dans la mesure où une nouvelle équipe pourra transformer ce budget, le reprendre à sa main, mais l'absence de budget [en raison des échéances électorales] à venir nous mènerait dans une incertitude et politique et financière que nous ne saurions pas gérer », a-t-il embrayé samedi lors de la rentrée du think tank de Jean-Michel Blanquer. Une stratégie qui passe mal auprès des oppositions. « Le chantage […], ça ne fonctionne pas avec nous », a averti le patron des députés socialistes, Boris Vallaud, depuis Blois où le PS faisait sa rentrée.
VIDEO - Pourquoi la dette devient un vrai problème
Quelques priorités et des économies
Le locataire de Matignon s'est aussi offert cinq pages d'interview dans « Le Parisien ». L'occasion de revenir sur un été agité, de dresser quelques priorités comme l'agriculture, mais aussi de parler budget pour avertir les écuries présidentielles : mieux vaut un budget voté qui pourrait être amendé par la nouvelle équipe que pas de budget du tout. Mais la situation budgétaire de la France fait que des mesures d'économie sont inévitables. Sébastien Lecornu fonctionne par priorités : les ministères régaliens (Justice, Défense, Intérieur) seront préservés avec une augmentation de leurs crédits, tout comme l'Education, la Recherche et l'Ecologie, mais également le logement social et l'apprentissage. Pour le reste, ce sera des économies à tous les étages, le gouvernement excluant des hausses d'impôt. La question de la désindexation des retraites est « une piste qui est sur la table » mais les petites retraites, comme les minima sociaux, seront épargnés. « Nous avons fait le choix avec le Premier ministre de protéger les plus précaires. Ni le RSA, ni le minimum vieillesse ne seront désindexés », a déclaré en fin de semaine dernière le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou au « Parisien ». Les entreprises devront s'attendre à une prolongation de la surtaxe sur l'impôt sur les sociétés et les dépenses maladies devraient connaître un nouveau coup de rabot.
Copie le 30 septembre
Pas question de toucher au pacte Dutreil ni au crédit d'impôt recherche, a indiqué le ministre de l'Economie, Roland Lescure, lors de la rentrée du Medef à Roland-Garros. « C'est un atout pour la France. On ne touchera pas au CIR dans le PLF qu'on déposera. Je m'y engage », a-t-il déclaré. Pour répondre aux inquiétudes des entreprises, il a promis un « pacte de stabilité », mais ce seront les parlementaires qui auront le dernier mot. La copie du gouvernement sera présentée le 30 septembre, avant l'ouverture des débats parlementaires. Ils s'annoncent tendus, tant le risque de censure pèsera sur les épaules de Sébastien Lecornu. LFI a déjà prévenu que ses députés la voteront. Dans « Libération », Olivier Faure, patron du PS et candidat depuis dimanche pour la primaire de son parti, agite aussi le chiffon rouge. « Je ne crois pas un seul instant que nous arrivions à quelque chose », avertit l'un de ses proches. Dans le contexte électoral, Sébastien Lecornu, qui a pris le soin de préciser qu'il ne sera pas candidat à la présidentielle, n'aura aucun cadeau, aucune bienveillance de la part des socialistes qui, l'année dernière, ont topé pour le budget en échange d'une suspension de la réforme des retraites de 2023. Pas question pour la gauche de gouvernement d'apparaître comme la béquille d'un macronisme finissant à quelques mois de la présidentielle, compte tenu de la pression que mettra Jean-Luc Mélenchon. Pendant le débat budgétaire, le sort du gouvernement Lecornu sera entre les mains du RN. Mais voir un Premier ministre qui demande aux candidats « de ne pas entraver davantage l'action du gouvernement au service de l'intérêt général » a le don de hérisser le parti à la flamme. « Cette déclaration est insupportable. […] Le gouvernement est toujours en train d'expliquer que ce n'est pas de sa faute », a réagi le président du Rassemblement national Jordan Bardella sur BFMTV. Le poker menteur peut commencer.