Revue de presse

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« On met une règle spectaculaire, mais après on voit… » : interdiction du portable ou régulation, Macron s'explique devant les lycéens

Les Échos · 01/09/2026 · ← revue

Il y a l'interdiction de principe et le principe de réalité. L'interdiction du portable au lycée est la grande nouveauté de cette rentrée. Pour la plupart des chefs d'établissement, elle s'annonce comme un défi. Pour quelques-uns, comme au lycée Chaptal de Mende (Lozère), la nouvelle mesure qui entre en vigueur en cette rentrée devrait être plus aisée. C'est dans cet établissement qu'Emmanuel Macron s'est rendu, ce mardi, avec le ministre de l'Education nationale, Edouard Geffray, à l'occasion de la rentrée scolaire des 11,6 millions d'élèves - la dernière de ses deux quinquennats -, après le camouflet de cet été et la censure de la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans par le Conseil constitutionnel.

Deux zones matérialisées sans téléphone

Dans ce lycée de 450 élèves, une concertation avec les élus lycéens a été mise en oeuvre au printemps dernier, et le règlement intérieur a été travaillé avec les enseignants. L'adaptation du règlement intérieur doit être votée en cette rentrée. Elle prévoit deux zones matérialisées sans téléphone dans l'enceinte du lycée. Les élèves déposent déjà leur téléphone à l'entrée de la classe dans des pochettes. L'usage du téléphone doit être interdit à l'internat entre 23 heures et le petit déjeuner le lendemain. Mais « nous avons constaté qu'il n'était pas possible, en seulement quelques mois, de parvenir à cette interdiction totale », a lancé une lycéenne dans un échange avec le président de la République. Face au grand nombre d'élèves hostiles à cette interdiction, les élus lycéens « ont fait une sorte de transition ». « On s'est dit qu'il fallait faire les choses progressivement », ajoute-t-elle. La proviseure, Brigitte Tridot, se veut optimiste : « Les élèves de seconde étaient au collège l'an dernier, donc ils ont connu l'interdiction du portable dans leur établissement. On s'est dit qu'avec eux, ce serait peut-être plus facile d'appliquer la règle. »

« Une véritable urgence sanitaire »

« Est-ce que vous comprenez cette règle ? » interroge Emmanuel Macron à l'attention de plusieurs lycéens de seconde. « Elle n'est pas venue soudainement, doit expliquer le chef de l'Etat. Elle est venue parce qu'on a vu ce que ça a produit au collège. On a vu le temps que ça a mis à s'appliquer complètement, ce n'est pas évident », a-t-il glissé devant Edouard Geffray. « Je vous félicite d'avoir été en avance de phase et de réfléchir à comment réguler », indique le chef de l'Etat à la proviseure.

On n'a pas dit que vous n'aviez pas le droit d'avoir un téléphone au lycée

Emmanuel Macron

« Le lycée, c'est censé être une période où on prépare notre vie d'adulte. Que se passera-t-il à la sortie après l'interdiction ? » s'inquiète une lycéenne. C'est « très juste », approuve Emmanuel Macron, qui incite à « mener le débat et le travail de conviction parce qu'une règle n'a du sens et n'est vraiment efficace que si on y adhère ». Et le chef de l'Etat d'ajouter : « On met une règle spectaculaire mais après, on voit comment on construit cette adhésion et comment on utilise un téléphone. On n'a pas dit que vous n'aviez pas le droit d'avoir un téléphone au lycée. On dit juste : dans l'enceinte du lycée, comme on l'a fait au collège, ce n'est pas bon d'avoir son téléphone, et ce n'est pas compatible avec le fait d'être attentif aux cours. On ne sociabilise pas de la même manière avec les autres quand tout le monde est rivé sur son téléphone - cela vaut aussi à l'Elysée. » L'interdiction de l'utilisation des téléphones portables au lycée est « une excellente nouvelle », s'était félicité Edouard Geffray, la semaine dernière, lors de sa conférence de rentrée. « Pour la première fois, les élèves français vont avoir une scolarité complète sans téléphone. » Le ministre avait parlé d'une « véritable urgence sanitaire » en évoquant l'addiction aux écrans, tout en admettant que l'interdiction serait « un petit peu difficile à respecter au début ». Le ministre a promis de « faire oeuvre de pédagogie » et de « proposer d'autres activités et d'autres lieux de sociabilité » d'ici à mi-septembre, notamment en matière d'éducation artistique et culturelle. « Ils constitueront un premier ensemble de réponses assez ambitieux et d'alternative aux écrans », assure-t-il.

Ciné-club, couture et paninis

C'est précisément ce que les élèves du lycée Chaptal de Mende ont commencé à mettre en oeuvre. La maison des lycéens achète des jeux de société pour permettre aux élèves « de sortir de leur téléphone ». L'association sportive vend des paninis pour financer l'achat de ballons et autres matériels. L'infirmière anime le club de couture. La conseillère principale d'éducation s'occupe du ciné-club. Un enseignant de sciences économiques et sociales fait concurrence au club de lecture féministe avec des jeux d'échecs… « C'est bien de trouver des alternatives au téléphone portable, mais il faut aussi des moments où on soit libre d'utiliser le téléphone au lycée, à la récréation ou entre deux cours », s'étrangle Icham, qui vient d'entrer en seconde.

Marie-Christine Corbier (Envoyée spéciale à Mende.)