« On est tous soudés » : après le feu au lycée Mandela à Nantes, les élèves se jettent dans les bras les uns des autres
Après le choc de l’incendie, le besoin de se parler et de s’épauler. Grâce aux réseaux sociaux, une centaine d’élèves du lycée Nelson-Mandela, sur l’île de Nantes (Loire-Atlantique), s’est donné rendez-vous au parc Crapa, tout proche, ce vendredi matin 2 octobre 2026.
C’est un endroit où les adolescents aiment aller, c’est aussi parce que les abords de l’établissement étaient interdits à tout regroupement. Pendant trois ou quatre heures, un soleil éclatant a réchauffé des cœurs chagrinés. Plus qu’un outil de travail, leur établissement est un lieu de vie, dit Émilien Patron, élève en terminale. Jeudi, un feu d’origine volontaire a créé un trou béant dans les bâtiments, au niveau du hall d’entrée.
D’une dizaine de personnes aux alentours de 10 h, le rassemblement a grossi au fur et à mesure des minutes. Par grappes, les lycéens sont arrivés, certains se sont jetés dans les bras les uns des autres. Un joyeux anniversaire chanté de façon spontanée à une lycéenne redonne le sourire à tout un groupe. L’envie de parler jaillit. Deux amies, Chloé Zhu et Amalia Ouattara, portent symboliquement, comme beaucoup d’autres élèves, un foulard autour du cou ou dans les cheveux. Il est censé montrer qu’on est tous soudés. C’est une façon de reprendre la main sur notre mouvement.
« C’est légitime »
Dans la foule, Élise, mère d’une lycéenne, est venue soutenir une jeunesse désenchantée. Ce qui est arrivé est très triste. Ces lycéens ont de vraies revendications, de vie, de travail, de reconnaissance sociale. Ils veulent juste étudier dans de bonnes conditions, c’est légitime.
L’urgence est palpable. Pour ces jeunes, il faut raconter ce qu’ils ont vécu ce jeudi 1er octobre. D’abord ces jeunes encagoulés, vêtus de noir, présents très tôt devant l’établissement. Puis l’arrivée des premiers lycéens à leur tour, vers 7 h. Le mail de 7 h 29 envoyé par la direction invitant les élèves à ne pas rejoindre le lycée pour 8 h, des tirs de mortiers et, enfin, le départ de feu à 8 h, l’arrivée des forces de l’ordre vers 8 h 30… L’incendie aurait pu être évité, croit savoir Elvin Kerbrat, en classe de terminale, qui a tenté de s’opposer aux fauteurs de troubles. Sur les réseaux sociaux, la veille, des messages menaçants promettaient de brûler des établissements nantais, ce qu’il était allé rapporter à l’administration du lycée, raconte-t-il.
Le feu a pris en quelques instants. Il n’y a pas eu de blessé, mais il a fallu évacuer 165 internes qui se trouvaient dans l’établissement jeudi matin, précise Giovanni Colavecchi, le proviseur du lycée. Celui qui a pris ses fonctions à la rentrée de septembre veut rescolariser ses 1 711 élèves dans les meilleurs délais, ce qui signifie d’utiliser la visioconférence ou d’intégrer temporairement des élèves dans d’autres lycées. Un potentiel retour en classe n’est pas attendu avant les vacances de la Toussaint.
Comment passer de 35 à 45 élèves ? Le distanciel va s’imposer, déplorent déjà deux copains, la mine grave. Des conditions intenables, leur rappelant les heures de confinement du Covid : On est des ados, on a besoin de liens sociaux, il en va de notre santé mentale. À leurs côtés, un professeur de philosophie acquiesce : On sait que les élèves les plus fragiles seront les premiers touchés.