Lycées bloqués, manifestations… Les élèves mobilisés risquent-ils d’être sanctionnés pour « absences injustifiées » ?
Les cours manqués s’accumulent pour certains lycéens qui réclament « plus de moyens pour l’école ». Alors que l’« acte V » du mouvement marque une nouvelle étape de la mobilisation, 214 établissements étaient encore fermés ce mardi 13 octobre 2026. Des chiffres « en net recul », martèle le ministère de l’Éducation nationale, alors qu’un tiers des 3 700 lycées du pays ont déjà connu un blocus, ou une autre forme de manifestation, depuis que cette colère, née à la mi-septembre en banlieue parisienne, s’est propagée dans tout le pays.
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Mais maintenant, certaines familles se posent une question : l’absentéisme de leur enfant — qui loupe des cours volontairement, ou reste bloqué par des barricades devant le portail — risque-t-il d’être sanctionné ? « Et l’État, on le punit, lui, pour les millions d’heures d’enseignement qu’on perd à cause du manque de profs ? » ironise une élève bretonne, en seconde, qui requiert l’anonymat. « J’ai manifesté trois fois, on joue notre avenir. Mes parents, eux, me soutiennent, mais me demandent d’aller en cours quand le lycée est ouvert. »
Ces derniers temps, de nombreux élèves et parents ont toutefois reçu « des notifications pour des absences à justifier », relève la section normande du syndicat d’enseignants Snes-FSU dans un courrier adressé au rectorat, dimanche.
Un contrôle de l’assiduité « rendu difficile »
« Lycées bloqués par les élèves, fermés par décision rectorale ou préfectorale, accès empêchés par les forces de l’ordre, passage en distanciel sans fondement réglementaire… Ceci rendait très difficile, voire impossible, le contrôle ordinaire de l’assiduité scolaire », soulignent ces professeurs normands. Contacté pour obtenir des précisions, le ministère de l’Éducation n’a pas répondu à nos sollicitations.
« Tout dépend des cas de figure », nous explique Nathalie Malmberg, proviseure d’un lycée de 1 900 élèves dans le Val-de-Marne. « En cas de blocus, si les élèves sont coincés au portail et ne peuvent pas rentrer dans l’établissement, les professeurs ne font pas l’appel, donc les absences ne sont pas comptabilisées », décrypte cette élue du syndicat de chefs d’établissements SNPDEN-Unsa. En revanche, prévient-elle, si les cours basculent en distanciel car l’établissement a été fermé par mesure de sécurité, mieux vaut suivre son cours sur son téléphone ou son ordinateur.
Les parents doivent justifier les absences
« Dans ce cas précis, ou si le lycée n’est pas bloqué, les parents doivent justifier de l’absence de leur fils ou de leur fille », tranche Nathalie Malmberg. Il s’agit d’une « question de sécurité », insiste la proviseure. « En classe, l’élève est sous la responsabilité du professeur. Hors du temps de cours, il est sous celle de la vie scolaire. Et à l’extérieur de l’enceinte, ce sont les parents qui sont responsables. »
L’assiduité scolaire n’est pas une simple formalité administrative : c’est une obligation prévue dans le Code de l’éducation par l’article L.131-8. En temps normal, une poignée de motifs sont jugés légitimes pour justifier d’une absence : maladie de l’enfant, maladie contagieuse d’un proche à la maison, réunion solennelle de famille (après un décès, par exemple), difficulté de transports…
Toutefois, la mobilisation actuelle, inédite, pousse des personnels de l’Éducation nationale à faire preuve d’indulgence. Le ministère, lui, tente aussi de se montrer à l’écoute des revendications de millions d’élèves, tout en essayant de reprendre le contrôle de la situation et de les inciter à retourner en cours. Les lycéens ont le droit de manifester, si cela ne porte pas atteinte aux activités d’enseignement de leur établissement, précise l’article L511-2 du Code de l’éducation, garantissant leur liberté d’expression.
De nombreuses absences « régularisées » à titre « exceptionnel »
« Dans la majorité des cas, les collègues font le choix d’accompagner le mouvement en maintenant le dialogue avec les familles, témoigne Caroline Briot, conseillère principale d’éducation (CPE) dans un collège d’Aix-en-Provence, et référente métier vie scolaire au syndicat SE-UNSA. L’objectif est de faire vivre la démocratie scolaire. De nombreuses absences sont régularisées sous le motif de “circonstances exceptionnelles”. Des parents, inquiets face aux violences constatées dans les manifestations, préfèrent garder leurs enfants par précaution. Pour les cours distanciels, les appels sont effectués, mais la priorité actuelle de la vie scolaire reste la sécurité des élèves et des personnels, plutôt qu’un suivi purement comptable des absents. »
Nathalie Malmberg, la proviseure, conclut : « Nous faisons preuve de discernement en analysant l’assiduité globale de l’élève sur l’ensemble de l’année pour apprécier les situations. En revanche, pour les élèves qui étaient déjà souvent absents avant le début du mouvement lycéen… »