Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeBypass BPC (navigateur) [cookies périmés]Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

« Je voulais aller à l’école, mais je n’y arrivais plus » : un refuge où les ados luttent contre la phobie scolaire

Ouest-France · 09/10/2026 · ← revue

Dans le couloir de cette unité de pédopsychiatrie du CHU de Nantes, une fresque réalisée par des adolescents accroche le regard. Quelques mots se détachent : « Libre ! », « En selle ! », « Rêve ». Comme un écho à ce qu’on vient chercher ici : un peu de légèreté quand l’école est devenue une source d’angoisse.

Ouvert en septembre 2024, Sacado accueille des adolescents de 11 à 17 ans souffrant de phobie scolaire, dans une situation de déscolarisation totale ou partielle. Depuis 2025, l’unité dispose de ses propres locaux à Saint-Herblain (Loire-Atlantique). Cette même année, 127 jeunes de l’est-ouest du département y ont été épaulés. Et les demandes ne cessent d’affluer. On tourne à plein. Comme la souffrance au travail, la souffrance scolaire est sociétale, observe la pédopsychiatre Laura Sarfaty.

« Refus scolaire anxieux »

Ici, les professionnels préfèrent parler de « refus scolaire anxieux ». Cette détresse existentielle, qui empêche les jeunes d’aller en cours, peut être associée à des troubles anxieux ou à d’autres difficultés. La phobie scolaire ne concerne pas seulement les élèves qui peinent à apprendre. Elle touche aussi ceux qui excellent. Pression liée aux performances, peur de l’échec, harcèlement, anxiété sociale ou angoisse de séparation avec les parents peuvent faire vaciller l’équilibre.

Dans les locaux lumineux de Sacado, les espaces de consultation côtoient une salle de détente douillette et une salle de classe où des cours peuvent être dispensés. La prise en charge est globale : psychologique, thérapeutique, pédagogique. Et les parents sont associés au parcours de soins. La fragilité de nos ados est souvent en lien avec des difficultés familiales.

Pour remettre doucement les jeunes en mouvement, il faut parfois commencer par peu de choses. Une sortie dans la rue, par exemple. L’enjeu, c’est de les resécuriser, résume Emmanuel Vaillant, infirmier. L’objectif n’est pas à tout prix de remettre un collégien ou un lycéen dans une salle de classe. On veut surtout que nos jeunes se sentent mieux », abonde-t-il.

« Je voulais aller à l’école mais je n’y arrivais plus »

Comme chaque jeudi, ce matin-là, autour d’une grande table, médecins, psychologue, orthophoniste, art-thérapeute, enseignante spécialisée et assistante sociale font le point. Une adolescente ayant fait une tentative de suicide n’est pas encore en état de retourner au lycée. Une autre aimerait effectuer un stage, mais redoute encore le groupe.

Matéo, 17 ans, connaît bien ces moments où le corps dit non. Il a tenu à témoigner pour aider les autres. Dès la sixième, ses angoisses sont apparues. Je voulais aller à l’école, mais je n’y arrivais plus, raconte le jeune Nantais. En troisième, il suit des cours à distance à mi-temps. En seconde, l’angoisse est telle qu’il doit sortir de la classe. Aujourd’hui en première, il rêve de devenir avocat pénaliste. Son suivi thérapeutique lui a appris à mieux se comprendre, à expliquer ses problèmes aux enseignants et à ne plus avoir honte de vivre ça.

Son frère Louan, 14 ans, a commencé à souffrir dès l’école primaire. J’avais le tournis, mal au ventre et je voyais flou. Je ne savais pas trop pourquoi », décrit-il. Son emploi du temps est aujourd’hui aménagé. Depuis qu’il est accompagné, Louan confie avoir un peu plus confiance. Leur mère, Stéphanie, retrace le combat mené aux côtés de ses fils, entre inquiétude et douleur : Certains enfants vont jusqu’à s’automutiler. Comment faire face ? Il faut être patient, lâcher prise et frapper à la bonne porte. Sacado, dit-elle, lui a donné des billes pour comprendre .

« La médecine scolaire est de plus en plus dépourvue »

D’autres adolescents de l’unité demandent à être entendus. Il faut nous respecter et ne pas nous laisser à part, souffle une collégienne. Une autre, ayant subi du harcèlement, raconte la peur que ça recommence. Son conseil tient en quelques mots : Il faut se donner de petits objectifs pour avancer. Une autre évoque le poids du regard des autres et le manque de soutien ressenti auprès de certains enseignants. Son message au ministre de l’Éducation nationale est direct : On a des choses à vous apprendre. Regardez de près les dispositifs qui fonctionnent !

Pour la pédopsychiatre Manon Naulin, l’école a son rôle à jouer : La médecine scolaire est de plus en plus dépourvue. Or le Covid a généré de gros facteurs d’angoisse. Parcoursup aussi. Elle plaide pour que les établissements prennent davantage en compte les difficultés cognitives et psychologiques des élèves. Car derrière une absence répétée, il n’y a pas toujours un manque de volonté. Il peut y avoir un jeune qui n’arrive plus à franchir la porte.