Généralisation du repas à un euro : comment le Crous d’Alençon s’est préparé à une rentrée sous pression
Il en vient de partout. Sacs sur le dos et sourires aux lèvres, les étudiants du campus d’Alençon (Orne) s’agglutinent devant les portes du restaurant universitaire (RU) des Colonnades. Midi n’a pas encore sonné. Avant, l’affluence était plus étalée, mais cette année tout le monde arrive à 11 h 30 , constate Christelle Lescaffette. Une hausse de fréquentation qu’avait anticipée la directrice du site du Crous. De fait, cette rentrée universitaire est la première depuis la généralisation, le 4 mai 2026, des repas à 1 € pour tous les étudiants. Et le succès est au rendez-vous. Depuis le 7 septembre, l’affluence se maintient entre 850 et 900 étudiants par service. On s’était préparé à en accueillir 1 200. À cela s’ajoutent les repas portés aux élèves de l’Ifres, aux locaux situés en dehors du campus. On en prépare une centaine, c’est deux fois plus qu’avant.
Protéger les agents
Une hausse, sans augmentation drastique des moyens. Le Crous d’Alençon a bénéficié d’un investissement de 60 000 € dans le cadre de cette réforme. Cette somme a permis de financer l’achat de deux fours et d’une cellule de refroidissement. On a pu recruter un cuisinier supplémentaire. Dix agents travaillent actuellement au sein des Colonnades. La logistique a entièrement été repensée. L’idée était de repartir d’une page blanche. Pour cela, Christelle Lescafette a été épaulée par deux étudiantes. L’une a mené un audit pour voir où on perdait du temps. La seconde a travaillé à l’élaboration des menus. La question était de savoir comment augmenter la production tout en protégeant nos agents. Plusieurs tests ont été menés entre le 4 mai et le 4 juillet. Parmi les principaux changements : la suppression des petits déjeuners. Ainsi, on a un agent supplémentaire pour la production le matin. À cela s’ajoute le décalage des horaires dédiés aux desserts, désormais confectionnés l’après-midi. On ne peut pas augmenter les locaux ou le matériel, alors ce sont les temps de production qui se décalent. Les agents travaillent une heure de plus par semaine, soit un total de quarante-et-une heures hebdomadaires.
« Quelques surprises »
Il y avait des tentations faciles, comme le surgelé, mais on a voulu garder le fait maison et la qualité. Une façon de répondre aux craintes d’un repas dit low-cost exprimés par les étudiants. Certains pensent qu’on a réduit les portions, mais ce n’est pas vrai. Des remarques qui fragilisent les agents. Je leur ai demandé de mettre une distance, ils ont besoin de croire à leur travail. À noter que le coût réel d’un repas du Crous en Normandie est de 9 €. Autre enjeu : l’espace. Le technicien du restaurant a mis la main à la pâte. Il a entièrement restructuré la salle, on a gagné quarante places assises. Un nouveau parcours a également été pensé. Les déplacements au sein du restaurant sont plus imposés. Les résultats semblent concluants. On a eu quelques surprises, comme des livraisons trop importantes d’un seul coup. Mais globalement ça roule. Pour évaluer le nouveau fonctionnement des établissements, le Crous Normandie a mis au point une grille de cotation. On se réunit chaque semaine. L’avenir reste pavé d’inconnues. On a accepté de ne pas maîtriser toutes les données.