En Stitch, Hello Kitty ou comme d’habitude… Comment la tenue de rentrée définit l’écolier
Comment habiller les enfants pour la rentrée scolaire ? Tous les parents – enfin surtout les mamans, il faut bien le reconnaître – se poseront la question le lundi 1er septembre au soir pour les plus prévoyants, le mardi 2 septembre au matin pour les autres. Cette question en entraîne une autre : faut-il une nouvelle tenue pour la rentrée ? Qui dit nouvelle année scolaire dit nouveau cartable, nouvelles fournitures scolaires et nouvelle tenue, juste pour se sentir bien et commencer dans de bonnes conditions , témoigne Élodie, sur la page Facebook de Ouest-France. Une opinion partagée par Barbara, qui nous précise que l’apparence compte vraiment. A rriver avec des vêtements propres et bien coiffé, pour [elle], c’est le B.A.-BA . De son côté, Kristelle met un point d’honneur à ce que les enfants [soient] coiffés, habillés et chaussés spécifiquement pour la rentrée ». Elle va même jusqu’à laver le cartable en machine s’il n’est pas neuf… Ainsi les enfants se sentent beaux, fiers. Ils ont une posture d’élève.
La folie Stitch
Pour Aude Le Guennec, anthropologue de la mode et professeure à la Glasgow School of Arts (1), une nouvelle tenue de rentrée n’a rien de futile. Le premier jour à l’école, c’est le jour qui va établir tous les liens sociaux dans la classe et tous les rapports sociaux, analyse-t-elle. C’est donc extrêmement important d’avoir la tenue qui nous permet de nous représenter par rapport à l’autre, dire qui on est et aussi s’identifier. Évidemment, l’école n’est pas imperméable à la mode extérieure même si elle établit certaines règles, allant de l’uniforme à des interdictions plus pragmatiques comme les chaussures à lacets ou les habits à boutons en maternelle. À l’école primaire, il y a un souci d’identification par rapport aux héros de Marvel ou la Reine des Neiges, même si c’est peut-être un peu passé de mode, et aussi autour de Stitch [créature extraterrestre bleue de Disney] , précise Aude Le Guennec. C’est le cas pour la fille d’Élodie, 9 ans qui fera sa rentrée en CM1 à Guingamp : Elle aura une tenue complète Hello Kitty et Cinnamoroll [du studio japonais Sanrio] avec chaussettes, culotte, tee-shirt, pantalon, veste . Sans compter le bracelet et le collier qui vont avec. Beaucoup de petites filles veulent ça , commente la maman, qui confie faire plaisir à sa fille avec cette nouvelle tenue.
Retour en enfance
Offrir une nouvelle tenue à ses enfants permet aussi de se replonger dans ses propres souvenirs. Je me revois aux mêmes âges que mes enfants : 5 et 9 ans… Maman veillait à ce que je choisisse une nouvelle tenue de rentrée qui me plaise et soit confortable , se souvient Fanny. Mes parents aussi me préparaient une nouvelle tenue pour la rentrée, abonde Elodie. Parfois, la tradition s’interrompt. Ainsi Solange se souvient qu’avant chaque rentrée à l’école primaire dans les années 1980, sa mère [lui] achetait durant l’été une tenue belle et chic . Une année, j’ai eu une jupe écossaise qui se tenait avec une broche, c’était très à la mode , se souvient-elle. En revanche, pour son fils Arthur, aujourd’hui 17 ans, pour qui il s’agit d’un jour quasi normal , pas de tenue particulière.
« S’ils ont vraiment besoin »
Et puis, il y a ceux qui ne peuvent tout simplement pas se permettre d’offrir une nouvelle tenue. Angie a acheté une tenue sur Vinted pour sa fille qui rentre en CP mais pour ses deux autres enfants, en 5e et terminale, faute d’allocation de rentrée scolaire (ARS), ce sera au cas par cas, s’ils ont vraiment besoin . De même, Vanessa, qui ne bénéficie pas non plus de l’ARS, nous dit qu’elle prendra une tenue neuve pour son fils qui rentre au lycée en espérant trouver une bonne promo . A contrario, Annabelle, qui a deux filles de 16 et 14 ans et un fils de 10 ans, profitera de l’ARS pour leur payer une nouvelle coupe de cheveux, un nouveau cartable et une nouvelle tenue complète . La tenue de rentrée neuve peut être d’autant plus importante pour les foyers les moins aisés qu’on repère ceux qui peuvent s’acheter quelque chose de neuf ou ceux qui vont porter des vêtements qui ont soit été achetés au marché de seconde main soit portés par leurs frères et sœurs avant , indique Aude Le Guennec. Avant de conclure : Quand on arrive le premier jour de l’école, on se retrouve avec une tenue qui va poser le statut social en même temps qu’elle va poser l’individu. (1) Aude Le Guennec a été co-commissaire avec Nicolas Coutant de l’exposition S’habiller pour l’école au musée national de l’éducation de Rouen, en 2023-2024.