En Île-de-France, des agriculteurs toujours plus inquiets pour leur survie

Par Hugo Robert
Les agriculteurs d'Île-de-France se serrent les coudes après plusieurs mois marqués par une sécheresse extrême et des canicules historiques. Ils se donnent rendez-vous à Attainville (Val-d'Oise) les 5 et 6 septembre prochain. A l'occasion du festival de la Terre, organisé par les Jeunes Agriculteurs, ils en profiteront pour ressouder leurs liens, faire connaître leurs métiers et surtout alerter les élus sur leurs difficultés croissantes. Organisé chaque année dans un département différent, le festival revient près de Roissy, où l'extension du marché de Rungis - Agoralim - promet de redynamiser la filière agricole locale. « En se rapprochant de Paris nous esperons attirer plus de monde », table Guillaume Houdy, le président des Jeunes Agriculteurs sur le territoire de l'Ouest de la région. Les organisateurs espèrent attirer quelque 10.000 visiteurs.
Faire entendre leurs voix
De nombreuses activités ludiques sont prévues tout au long de journée avec la démonstration de certains métiers et des balades. « L'idée est de refaire cohésion dans nos rangs et de remotiver les troupes, mais aussi démocratiser notre métier auprès du grand public pour casser les idées reçues », assure Guillaume Houdy. En effet, la région la plus peuplée de France est composée à 50 % de terres agricoles et totalise plus de 9.000 emplois. Il sera question de pédagogie mais aussi et surtout de revendications. Car la profession agricole est à la peine et le changement climatique aggrave chaque année un peu plus leur situation. La sécheresse prolongée et les canicules historiques bouleversent les calendriers, plombent les récoltes et fragilisent les équilibres économiques. Aucun domaine de l'agriculture n'est épargné. Le blé n'est pas bon et la récolte baisse de 15 % et on s'attend à une catastrophe sur le maïs et les betteraves Maxime Lievin, président des Jeunes Agriculteurs d'Île-de-France. « C'est aussi un moment pour alerter les pouvoirs publics », précise le représentant du mouvement syndical dans le Val-d'Oise. Les présidentes de la région et du département sont notamment attendues sur place. Il sera aussi question de l'annonce de la création de trois parcs d'attraction sur la commune de Courdimanche (Val d'Oise), qui devrait entraîner l'artificialisation de centaines d'hectares de terres agricoles. « L'emprise de l'urbanisme sur nos terres agricoles fait partie de notre combat quotidien », glisse Guillaume Houdy. Ce sont près de 100.000 hectares de terres fertiles qui ont disparu en l'espace de 50 ans au profit de l'expansion parisienne.
Situation critique
Peu épargnée par la météo et les fluctuations des cours mondiaux des denrées alimentaires, la profession voit la situation financière de nombreuses fermes se tendre considérablement. « Depuis trois ans nous subissons de grosses claques», déplore Guillaume Houdy. « Aucun domaine de l'agriculture n'est épargné. Le blé n'est pas bon et la récolte baisse de 15 % et on s'attend à une catastrophe sur le maïs et les betteraves », illustre Maxime Lievin, le président des Jeunes Agriculteurs d'Île-de-France. En effet, il faudra s'attendre à des fruits et légumes moins nombreux et plus chers sur les étals.
VIDEO - Face aux canicules, c'est tout un modèle agricole qui est bouleversé
Si tous les agriculteurs souffrent, ceux qui ont repris les exploitations le plus récemment subissent encore plus. « Les plus jeunes repreneurs de ferme ont contracté de gros emprunts pour s'équiper et sont plus vulnérables en cas de mauvaises récoltes », explique Maxime Lievin. « On s'inquiète pour la décapitalisation des fermes. Nous pouvons étaler les prêts dans le temps mais cela ne marche pas indéfiniment », souligne-t-il, après avoir bouclé trois exercices comptables négatifs, et non sans s'interroger sur son propre avenir.