Des pertes locales supérieures à 50 % : avec la sécheresse, le lourd tribut de l'agriculture française

Par Camille Wong
« L'agriculture, c'est mon dossier numéro un de la rentrée, a affirmé ce samedi le Premier ministre, Sébastien Lecornu. La situation est très grave, parce que l'intensité de la sécheresse, mais aussi sa précocité, ont affecté les rendements de la plupart des filières. 90 départements sont touchés par des effondrements de production, c'est du jamais-vu depuis trente ans », a-t-il indiqué dans une interview au « Parisien ». Il a promis des mesures de court terme. Un plan d'aide aux agriculteurs sera détaillé par le gouvernement dès jeudi 3 septembre et il devrait être musclé, car les récoltes françaises s'annoncent historiquement basses. Le ministère de l'Agriculture a dévoilé vendredi 28 août les premiers chiffrages des pertes issues des remontées de terrain, après une réunion, la veille, avec les préfets de régions et le constat est amer.
« Notre agriculture est en péril »
Au niveau national, 65 % du territoire a subi une sécheresse qui n'intervient en moyenne qu'une fois tous les vingt-cinq ans. Selon les préfets, 81 départements citent le maraîchage parmi les productions les plus touchées, juste avant le maïs. Suivent l'arboriculture, les légumes de plein champ et la viticulture. « La quasi-intégralité des régions a subi au moins, pour certaines filières, des impacts très forts », indique le ministère. Dans plusieurs filières, les rendements reculent nettement. Le maïs grain chute de 34 %, le maïs fourrage de 30 %. Certaines productions légumières (poireaux, choux-fleurs, ail, oignons, échalotes, haricots) enregistrent des pertes jusqu'à 50 %. A noter que les chiffrages sont établis non pas en rythme annuel mais par rapport à la normale, selon des moyennes triennales ou quinquennales. « Notre agriculture est en péril », a par ailleurs indiqué la Confédération paysanne, syndicat classé à gauche, à l'occasion d'une conférence presse organisée jeudi dernier. Pour les grandes cultures de printemps, tournesols, soja, betteraves, maïs, plusieurs régions font état d'une perte de rendement d'au moins 50 % et dans certains départements, de jusqu'à 70 ou 80 %. Les fruits rouges (cerises, cassis, groseilles) sont également affectés : localement, des pertes totales sont signalées, notamment dans les Hauts-de-France et en Bretagne. Enfin, sur le front de l'élevage, à fin juillet, environ 9.000 tonnes d'animaux ont péri à cause de la canicule.
VIDEO - Face aux canicules, c'est tout un modèle agricole qui est bouleversé
Les prairies fortement dégradées
Mais le risque pèse surtout sur leur alimentation. Plus de 50 % des prairies sont fortement dégradées dans plus de 50 % des régions, chiffre le ministère. Et dans cinq régions, comme l'Occitanie, le stock fourrager est inférieur de plus de 50 % à la normale, ce qui met à mal les réserves pour l'hiver. En raison de la production agricole, l'Insee a d'ailleurs abaissé ses estimations de croissance sur l'année à -0,2 % contre -0,1 %, et celles du deuxième trimestre à 0 % contre +0,2 % auparavant. « Le premier impact concret de l'été horrible qu'on a vécu », a notamment commenté Roland Lescure, le ministre de l'Economie, lors d'une table ronde aux Universités d'été de l'économie de demain, vendredi.
Prix limités sur la consommation
À ce stade, l'impact sur les prix à la consommation reste limité, selon le ministère, hormis sur certains légumes cet été (salades, tomates, concombres). Les négociations commerciales doivent débuter le 1er décembre. La pression est en revanche immédiate pour les exploitations. Selon le ministère, ce sont quelque 30.000 à 35.000 exploitations, soit environ 10 % d'entre elles qui auront besoin « d'une aide forte ». Le plan d'aide aura pour but de soutenir les agriculteurs, mais aussi de « réarmer la production », a souligné le ministère, en permettant par exemple d'acheter des fourrages, des semis. Plus précisément, il devrait aussi contenir des aides financières et des allègements de charges. Le ministère s'est gardé d'évoquer pour l'instant les montant d'un tel plan. Arnaud Rousseau, le patron de la FNSEA (premier syndicat agricole) avait estimé mi-août les besoins à « plusieurs milliards d'euros ».