DÉCRYPTAGE. « Il faut être encore plus ambitieux » : Comment répondre à l’arrivage massif d’algues vertes à Pénestin ?
Plus de cent personnes ont assisté, mardi 11 août 2026 au soir, à la conférence sur les algues vertes, dispensée par Raphaëla Le Gouvello et Jean-Claude Ménard, dans la salle des fêtes de Pénestin (Morbihan). Parmi elles, des élus, des pêcheurs, des mytiliculteurs, des éleveurs, des habitants et des estivants. Raphaëla Le Gouvello, conseillère municipale, est experte UICN (Union internationale pour la conservation de la nature en France). Elle est engagée en faveur de la protection de l’océan depuis de nombreuses années. Jean-Claude Ménard est président de l’association Estuaires Loire et Vilaine, fondée par des plongeurs apnéistes engagés en faveur de la qualité de l’eau et la préservation et restauration des fonds marins. Ensemble, ils ont expliqué de façon claire et didactique quels étaient les problèmes d’algues à Pénestin.
La baie de Pont-Mahé : zone la plus touchée à Pénestin
Cette année, la zone la plus touchée de Pénestin a été la baie de Pont-Mahé, qui s’est d’ailleurs retrouvée par moments interdite à la baignade. Pour l’instant, on n’a pas encore le bilan des tonnages d’échouages d’algues vertes , explique Raphaëla Le Gouvello. Les prélèvements et l’observation aérienne du Centre d’études de valorisation des algues (CEVA) permettent de relever des données importantes pour une surveillance et une étude nationale du problème. Si la commune connaît des pics de dépôt d’algues vertes, ils sont beaucoup moins importants qu’ailleurs, en Bretagne Nord notamment. Pénestin fait face à deux phénomènes caractéristiques d’eaux de marées vertes : des macro-algues (ulves, salade, laitue de mer , algues vertes filamenteuses…) qui se développent dans le fond de la mer. Mais aussi des proliférations soudaines et massives de phytoplancton (micro-algues) appelés blooms. Ces derniers font mourir les algues vertes qui ensuite s’échouent. Ces deux phénomènes sont liés aux excès d’azote-nitrates, et interrogent quant à la qualité de l’eau et l’impact sur l’équilibre de l’océan. Pourquoi ces algues vertes ? Nos côtes sont au carrefour de deux embouchures de la Loire et de la Vilaine, ce qui rend nos eaux très, voire trop, riches en nutriments charriés par ces fleuves et notamment en nitrates , développent les intervenants. Les bassins de ces deux fleuves représentent une très grosse concentration d’élevages intensifs et de cultures qui contribuent à l’apport en nitrates par les engrais de synthèse et les déjections animales , complète Jean-Claude Ménard. Dans la salle, un éleveur bio opine. Un autre s’inquiète sur les contrôles dans les élevages de porcs. Ces arrivages ont été en partie favorisés par la météo : pluies au printemps, au moment des fertilisations agricoles, puis chaleurs. Problème : avec la canicule, les échouages pourrissent plus vite. Pour une marée verte, il faut des eaux claires, de la lumière, des nitrates et un coup de houle. Elles ont proliféré au large et se décrochent alors des fonds marins, avant de s’échouer sur les plages en tas, qui pourrissent au soleil. C’est leur décomposition qui produit l’hydrogène sulfuré toxique pour l’humain et les animaux (chiens, chevaux…). Comment y répondre ? En amont, il faudrait continuer à baisser les taux de nitrates apportés par les bassins-versants à cause des engrais de synthèse et élevage d’animaux. En Europe, la France vise un seuil en dessous de 50 mg/L de nitrates, alors que l’OMS recommande 18 mg/L pour des eaux potables, mais un seuil pour un bon état écologique serait de 5-10 Mg/L. Depuis 2010, on a réussi à baisser ce taux de nitrates à moins de 35 mg/L dans certaines zones. Il faut être encore plus ambitieux et arriver à 25 mg/L , souligne Raphaëla Le Gouvello, ce que préconisait d’ailleurs la Cour des Comptes en juillet 2026. Une dame du public s’interroge : À partir de quand les algues sont enlevées à tel ou tel endroit ? Selon la procédure de Cap Atlantique, ce sont les services municipaux qui sont sollicités pour le ramassage. Ces algues échouées sont traitées et, si la qualité est bonne, elles peuvent même être utilisées comme engrais agricole. Et si on valorisait ces algues ? Il faudrait tirer parti de ces situations d’un milieu fragilisé, l’aider à se reconstituer et les transformer en atouts , c’est l’idée que défend Raphaëla Le Gouvello. Par exemple, développer certaines cultures d’algues pour améliorer localement la qualité des eaux, notamment pour nos cultures de moules . Les macro-algues (brunes, rouges) peuvent ainsi aider à diminuer l’azote, stabiliser le pH et protéger les cultures de coquillages. Des réflexions sont en cours depuis quelques années avec les mytiliculteurs pour développer une culture compatible avec les eaux de la baie de Vilaine qui contiennent une part d’eau douce. Et trouver les débouchés commerciaux de ces nouvelles cultures. Elles pourraient servir pour la consommation alimentaire (nori, kombu royal) ou comme super engrais pour les cultures agricoles. Les macro-algues, c’est délicieux et très nutritif, les Japonais en mangent depuis longtemps , rappelle Raphaëla Le Gouvello. On peut maintenant faire de la culture d’algues sur les concessions en mer (hors algues vertes) et c’est une vraie porte à ouvrir . Quant aux algues vertes, on peut en ramasser pour sa consommation personnelle, les utiliser fraîches, ou alors les faire sécher pour les conserver mais surtout ne pas les laisser pourrir , réalertent les intervenants.