Dans ce lycée breton, un proviseur proche de ses élèves et un blocus dans le calme depuis le début du mouvement
Il est sur le pont chaque jour depuis le début du mouvement lycéen. Jean-François Jacopin fait de la médiation auprès de ses lycéens en grève. Casquette vissée sur la tête, yeux rieurs et sourire sincère, le proviseur du lycée public Cornouaille, à Quimper (Finistère), a la volonté d’entretenir un lien de confiance avec ses 830 élèves.
Je réfléchis à l’après, glisse ce grand homme en observant le barrage filtrant. Avec sérieux. Mais sans jugement. Vendredi, on a eu une longue discussion tous ensemble. Après un jour et demi de fermeture avec le mardi précédent, 90 % des élèves ont regagné le lycée hier, lundi. Puis nouveau blocus ce mardi. Une enseignante s’approche : Bonjour, vous allez bien ? Elle opine du chef, puis : Ils nous laissent rentrer ? Bien sûr ! », répond Monsieur le proviseur.
Hier, nous avons organisé le temps démocratique voulu par l’institution. Les lycéens ont élu leurs délégués puis lancé un sondage avec deux questions : “Les revendications portées par le mouvement sont-elles légitimes ? Le blocus est-il un bon moyen de revendication ?”. Je leur ai demandé d’en ajouter une troisième : “Le blocus de Cornouaille devrait-il se poursuivre ?” Ils ont répondu oui à 85 %. J’ai été très surpris : je m’attendais davantage à un touche-touche. Je me demandais d’ailleurs comment j’allais le gérer…
« Former des citoyens intelligents et cultivés »
Ce lien serait-il le secret pour que le mouvement se déroule bien ? Aux jets de pavés et feux de poubelles, ces lycéens préfèrent des panneaux revendicatifs qui font montre d’humour et d’esprit. De la musique. Un blocus tranquille. Mais un blocus quand même : Allez demander à Goulven, à la barrière devant l’entrée, si ce n’est pas un blocus ! lance le proviseur.
Il faut que les lycéens se remettent au travail car on doit former des citoyens intelligents et cultivés. Il y a des projets à mener. N’est-ce pas ? lance-t-il à une professeure d’anglais. Elle acquiesce. Un groupe se forme avec les deux conseillères principales d’éducation (CPE), Catherine Féat et Bérangère Siché : Ils sont plus nombreux que vendredi, estiment-elles.
Jean-François Jacopin est arrivé en 2022 après trois années à la tête de la cité scolaire de l’Iroise à Brest. Auparavant, ce quinquagénaire brestois et père de trois enfants a fait ses études et exercé comme professeur de maths dans sa ville natale. Puis il a été principal-adjoint à Jean-Marie-Le Bris, à Douarnenez, où il vit et s’est engagé en politique dans le groupe d’opposition Douarnenez Solidaire. Mais aussi au collège Max-Jacob à Quimper. Avant de devenir principal des collèges Laennec, à Pont-l’Abbé, et du Bois-de-Locquéran, à Plouhinec.
Confiance et détermination
Pour l’heure, il discute avec trois élèves de seconde. Un œil sur le blocus filtrant. Toujours. Elles reconnaissent que les échanges sont constructifs. Mais plus tard dans la journée, il essuiera un refus en proposant de retourner en classe mercredi et vendredi, en alternance avec un blocus jeudi. Du coup, il a suspendu les cours pour le reste de la semaine.
C’est un mouvement solidaire, sans leader. Même si les revendications sont différentes entre établissements, nous nous soutenons, glisse deux lycéennes de Cornouaille, lors de la manifestation en ville. On s’appelle Camille Dupont. C’est notre représentante officieuse : tout le monde est Camille Dupont. Ça montre qu’on est tous ensemble ! En confiance. Sans violence. Mais avec détermination.