Colère lycéenne : blocus prévus à la rentrée, mobilisation étudiante, manifestations… Où en est le mouvement ?
Environ 300 personnes, majoritairement des lycéens et des étudiants, se sont rassemblées ce mardi 20 octobre 2026 à Rennes (Ille-et-Vilaine). Un rassemblement pourtant interdit par la préfecture d’Ille-et-Vilaine face au « risque de nouvelles violences » dans le centre-ville, après celles survenues le 17 octobre dans la capitale bretonne, comme à Paris, Limoges, Nantes ou Marseille.
Avant d’être repoussés par les forces de l’ordre puis dispersés, les manifestants rennais ont affiché leur volonté de poursuivre un mouvement lycéen, quelque peu éclipsé depuis les scènes d’affrontements et de pillages observées le week-end dernier. La mobilisation, née dans un lycée de banlieue parisienne avant qu’elle ne se propage dans tout l’Hexagone, avait pourtant rythmé l’actualité des dernières semaines. Pourrait-elle s’essouffler, alors que les vacances scolaires d’automne ont également démarré et s’achèveront le soir du 1er novembre ?
« Nous attendons des réponses concrètes »
À écouter Louis Letoublon, vice-président de l’organisation Les Lycéens !, il n’en est pas question : « Après ce week-end, le gouvernement semble utiliser la situation pour éviter de répondre à nos revendications, mais ces manœuvres n’apaiseront pas la contestation. Nous attendons des réponses concrètes. »
Lundi, Coordination nationale lycéenne, qui comprend également l’Union syndicale lycéenne (USL) et Renouveau lycéen, a appelé à poursuivre la mobilisation, estimant que les annonces récentes des ministères de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur ne répondaient pas aux difficultés dénoncées, notamment sur l’état du bâti scolaire, les emplois du temps jugés trop denses, les classes surchargées, les rythmes scolaires… Pour maintenir la pression, ils appellent « les lycéens à sortir dans la rue le jeudi 22 octobre et le samedi 24 octobre », et encouragent à différentes formes d’actions : « blocages, manifestations, occupations… »
Appels à rejoindre la grève du 5 novembre
Et ce, malgré les premiers couvre-feux et interdictions de rassemblements décidés depuis ce début de semaine par différentes préfectures. « La mobilisation dans la rue continue pendant les vacances. À moins de basculer dans un régime autoritaire où manifester deviendrait interdit, souffle Louis Letoublon, passé par le lycée Emile-Zola à Rennes et désormais étudiant à Sciences Po Bordeaux. Dès la rentrée, nous reprendrons fermement les blocages de lycées et nous rejoindrons l’intersyndicale professionnelle qui appelle à une grève massive le 5 novembre, au côté notamment des enseignants. »
Le plan d’urgence de remplacement de professeurs absents, annoncé par le ministre de l’Éducation Édouard Geffray, qui s’est traduit par l’affectation depuis une semaine de 2 000 remplaçants (sur les 3 000 promis), a été accueilli avec une relative indifférence. Et si son homologue Philippe Baptiste, a lancé un chantier pour faire évoluer la plateforme d’orientation Parcoursup au ministère de l’Enseignement supérieur, les organisations sont loin de crier victoire : « Cela reste très insuffisant. Nous demandons à échanger directement avec le Premier ministre. Nous prenons note des déclarations d’Emmanuel Macron, dimanche soir, concernant une convocation à Matignon. Mais à ce jour, nous n’avons reçu aucune invitation officielle. »
Les organisations étudiantes appellent également à manifester samedi, avec les lycéens et les Gilets jaunes, notamment la Fage : « L’enjeu est de montrer que nos manifestations ne sont pas à l’origine des violences et que l’apaisement dépend désormais de la réponse du gouvernement, martèle Suzanne Nijdam, la présidente de la Fédération des associations générales étudiantes. La précarité étudiante a augmenté de 25 % depuis la crise sanitaire, les budgets des facs sont dans le rouge… Et les politiques cherchent à tout prix à donner l’impression que les universités ne se mobilisent pas. Les présidents de facultés sont d’ailleurs choqués de la manière dont cette mobilisation est traitée et de la stratégie gouvernementale visant à minimiser l’engagement dans l’enseignement supérieur. »
Une jeunesse qui veut peser dans la présidentielle
Dans un manifeste publié ce mardi, 80 dirigeants représentés au sein de l’association France Universités appellent en effet « à replacer les jeunes au cœur du débat public à l’approche de la présidentielle de 2027 », et « alertent sur la dégradation des conditions d’études et des campus ».
Maintenant que la machine est lancée, le mouvement lycéen et étudiant compte bien peser dans les débats d’ici le scrutin du printemps prochain. « Même si des mesures immédiates peuvent être prises, notamment sur les rythmes scolaires. Et un référendum peut aussi être organisé pour apporter une légitimité démocratique à nos revendications, souligne Louis Letoublon, du syndicat Les Lycéens !. Le gouvernement cherche à se dérober et à renvoyer la responsabilité aux futurs candidats. C’est une attitude irresponsable, d’autant que certaines réformes contestées, comme la réforme Blanquer, ont détérioré la vie dans les lycées. »
Il balaie aussi les accusations d’instrumentalisation du mouvement lycéen par la France insoumise, comme le soutiennent le Premier ministre Sébastien Lecornu et d’autres formations politiques : « Notre mouvement est né spontanément dans les lycées. Le fait que des élus nous rejoignent dans les cortèges ne nous choque pas. Il est naturel que des formations politiques s’expriment sur les enjeux d’éducation. »
À la Fage, Suzanne Nijdam invite les concurrents engagés dans la course à l’Élysée à ne pas négliger l’électorat des 18-25 ans : « Beaucoup de jeunes cherchent encore pour qui voter. Si les candidats s’adressent directement à eux avec des propositions concrètes, lycéens et étudiants se mobiliseront aussi bien dans la rue que dans les urnes, comme on a pu le voir lors des dernières législatives anticipées. »