Blocus des lycées : les enseignants TZR de l’éducation nationale dans la lumière après les annonces du ministre
TZR, trois lettres pour Titulaire sur zone de remplacement, qui se sont invitées dans la mobilisation lycéenne jeudi 8 octobre 2026. Au 20 H de TF1, Édouard Geffray a annoncé la mobilisation de 3 000 TZR sans affectation, comprendre des enseignants qui n’ont devant eux aucune classe. En visite le lendemain à Cachan (Val-de-Marne), le ministre de l’Éducation nationale a précisé le chiffre : 3 024 TZR seraient concernés pour être affectés dans les 114 lycées en rouge et 400 en orange, selon le code couleur utilisé par le ministère pour indiquer les endroits où il y a un manque criant des professeurs.
Mais voilà, cette annonce a laissé au corps enseignant une impression étrange. On est restés les bras ballants, livre une prof de français qui exerce dans le Finistère, elle-même TZR. Où étaient-ils tous ces enseignants ? L’enseignante reprend : Être TZR, ce n’est pas un choix. C’est une situation subie. Quand on nous appelle pour un remplacement, on ne peut pas refuser et ça crée des problèmes de surcharge. On peut être amenés à faire beaucoup de kilomètres. C’est difficile d’avoir une vie de famille stable. Il y a quelques années, je parcourais 140 km par jour sur des routes de campagne. Si elle dit avoir été surprise par les annonces du ministre c’est parce qu’elle fait un constat : Je ne connais pas de TZR sans affectation, on ne sait pas qui ils sont. Un TZR n’est pas considéré comme une personne mais comme un support. Est-ce que le ministre parlait en équivalent temps plein ? On ne le sait pas.
Les TZR enseignent de la 6e au BTS. Ça a été le cas de cette prof. Dans la zone où elle exerce, tous les TZR étant en poste, se pose une autre question : D’où vont venir les remplaçants ? ». En théorie, un chef d’établissement peut demander un remplaçant en cas d’absence de plus de 15 jours.
Suspendu, ASA, TZR… sans classe pendant 18 mois
Parmi les TZR sans affectation, certains font l’objet de suspensions déguisées. Leur nombre exact est inconnu mais des exemples portés à la connaissance d’Ouest-France, documents à l’appui, existent. Ça a été le cas de cet enseignant de l’académie de Versailles (Yvelines) qui a gagné une première manche en juin 2026 devant le tribunal administratif, sa prolongation de suspension ayant été annulée.
Après que son proviseur a transmis au rectorat un rapport consignant différents incidents survenus dans sa classe, ce prof de maths avait été suspendu pour une durée de quatre mois. C’est une suspension normale, livre-t-il à Ouest-France. Ce qui l’est moins, c’est la prolongation de cette suspension. Le code de la fonction publique précise que la suspension est prolongée au-delà de quatre mois s’il y a des poursuites pénales engagées. Le conseil de discipline de l’enseignant ayant lieu plus tard, le rectorat l’a donc suspendu à nouveau. Au bout de huit mois, on m’a finalement mis en ASA (autorisation spéciale d’absence), renouvelée au mois ou à la semaine, poursuit-il. Généralement c’est l’enseignant qui fait la demande pour ces absences. Mais elles lui étaient imposées par l’administration.
Contre ces ASA, le fonctionnaire a également saisi le tribunal administratif. Le rectorat l’a donc, finalement, placé en TZR sans affectation. Au total, je n’ai pas enseigné pendant 18 mois, explique-t-il. Son conseil de discipline ne l’a finalement condamné qu’à deux mois de suspension. Il reprend : Pendant cette période, j’étais dans une incertitude en me demandant le matin si j’allais être appelé pour revenir en classe. Il a depuis retrouvé ses élèves.