Blocus des lycées : l’adolescent de Lens qui a eu la main arrachée se serait « emparé » de la grenade qui a explosé
Le drame qui s’est noué, lors d’un rassemblement, lundi 5 octobre, devant le lycée Béhal de Lens, dans le sillage du mouvement national de contestation des lycéens, est en train de s’éclaircir. Alors qu’un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade assourdissante, le procureur de la République de Béthune est revenu, ce vendredi 9 octobre 2026, sur les circonstances dans lesquelles cette mutilation a pu se produire.
Suivez notre direct consacré à la mobilisation lycéenne, ce vendredi 9 octobre 2026
Dès lundi, le magistrat a ouvert une enquête du chef de « violences ayant entraîné une infirmité permanente ou une mutilation », confiée à l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN).
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Des CRS déployés en renfort
Dans un communiqué adressé à Ouest-France, Étienne Thieffry relate que, vers 8 h 15 le 5 octobre, un « attroupement est devenu rapidement violent avec la mise à feu d’une poubelle », devant l’établissement scolaire. « Des fonctionnaires de police présents devant les grilles et le personnel de l’établissement retranché à l’intérieur ont essuyé des tirs de mortiers et des jets de pierres », ajoute-t-il, en évoquant le jet d’un cocktail molotov, qui n’a fait ni « victime ni dégât ».
Des renforts de la compagnie républicaine (CRS) 61 ont alors été déployés, pour mener « des opérations de maintien de l’ordre », poursuit le magistrat. C’est l’un des fonctionnaires de cette unité qui a jeté la grenade assourdissante à l’origine de la main arrachée.
Selon le déroulé évoqué par Étienne Thieffry, « les sommations de dispersion de l’attroupement » ont été effectuées. Elles ont été « régulièrement délivrées et renouvelées ». Puis, deux grenades lacrymogènes ont été utilisées, avant l’usage de la grenade assourdissante.
Une grenade ramassée, avant d’exploser ?
Concernant ce tir, le procureur de Béthune assure que le policier « a agi sur ordre de l’autorité de commandement et a procédé à ce tir conformément au mode opératoire préconisé par la documentation de formation ». Il indique aussi que le recours à cette grenade, qui fait partie de la catégorie des « armes de force intermédiaire », « répond à une chaîne d’instructions strictes qui a été observée localement ».
Après le jet de cette grenade assourdissante, « une forte détonation » est survenue, avant que « les blessures du mineur ne soient constatées », détaille ensuite le procureur.
Aucune des vidéos récupérées par les enquêteurs n’a permis de « visualiser » cette explosion. Mais les enquêteurs ont pu s’entretenir avec plusieurs témoins. Tous « à l’exception d’un seul, convergent sur le fait que la grenade a été tirée à longue distance (80 mètres) et qu’elle a atterri au sol avant que plusieurs manifestants ne s’en rapprochent et que l’un d’entre eux ne s’en empare jusqu’à ce qu’elle explose », annonce-t-il.
Lundi, auprès de la radio Ici Nord, une élève présente lors du rassemblement avait assuré que le lycéen n’avait « pas ramassé » la grenade, mais l’avait « reçue sur sa main ». « J’étais à côté du camarade qui s’est blessé. D’un seul coup, il a reçu quelque chose vers sa main et ça a explosé. J’ai vu sa main exploser », avait poursuivi l’élève, ajoutant : « On a commencé à se faire gazer alors qu’on n’a rien fait de mal. »
L’adolescent « toujours hospitalisé »
La mère de l’adolescent blessé a déposé plainte et a été auditionnée jeudi. Son fils est « toujours hospitalisé », rapporte le communiqué du parquet. Il sera entendu par les policiers de l’IGPN « dès que le corps médical l’autorisera ». Un médecin légiste a d’ores et déjà confirmé que sa main était mutilée et il a fixé « son incapacité totale de travail à au moins 2 mois ».
En réaction à l’infirmité de cet adolescent, mercredi, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé que l’usage des grenades assourdissantes était suspendu « pour le mouvement lycéen », « le temps de comprendre ce qui s’est passé ». « Je suspends leur usage pour le mouvement des lycéens tant que la lumière n’a pas été faite sur ce qui s’est passé dans cette affaire », a expliqué le ministre de l’Intérieur sur RTL.
À ce jour, l’IGPN s’est vu confier 24 enquêtes, liées à des interventions policières, depuis le début du mouvement de contestation lycéenne, selon le dernier bilan du ministère de l’Intérieur, ce vendredi. À Tours, Saint-Ouen-l’Aumône et Argenteuil, trois adolescents ont été blessés au visage. Deux par des tirs probables de LBD (lanceurs de balles de défense), dont l’un a causé la perte d’un œil, et un dernier causé par un lance-grenade lacrymogène. La victime a eu la mâchoire brisée.