Blocus des lycées à Paris : des mairies d’arrondissements seront ouvertes aux élèves pour qu’ils puissent se réunir
Les mairies d’arrondissement de Paris, au moins celles tenues par la gauche (9 sur 17), vont ouvrir leurs portes pour que les lycéens viennent « se réunir, débattre et organiser démocratiquement » leur mouvement. C’est la proposition d’Emmanuel Grégoire, dans une lettre ouverte aux jeunes rendue publique ce mardi matin. Le vœu de l’exécutif municipal a été adopté dans l’après-midi par le conseil municipal, à l’issue d’un vif débat avec des élus de la droite et du centre.
« On ne peut pas déplorer l’absence d’organisation de cette jeunesse qui lutte et dans le même temps fermer les lycées et les lieux où les assemblées générales se tiennent », a défendu l’édile socialiste dans sa lettre aux jeunes manifestants. Il regrette que les revendications reçoivent « pour toutes réponses le mépris, les gaz lacrymogènes, les fermetures de lycées, les railleries, quand ce ne sont pas les accusations fantasques de manipulations ».
« Privilégier le dialogue, la prévention et la désescalade »
Jugeant « inacceptables » les images de lycéens blessés, il a appelé « le gouvernement et la préfecture de police à privilégier le dialogue, la prévention et la désescalade et à tenir pleinement compte de la présence de mineurs dans les cortèges ». Et demande à l’État de « répondre concrètement au manque d’enseignants, aux absences non remplacées et au besoin de personnels éducatifs, médico-sociaux et d’orientation ».
Il a invité aussi la région Île-de-France « à dire clairement quels investissements sont réalisés dans les établissements parisiens et lesquels le seront demain, avec quels moyens et selon quel calendrier, notamment pour rénover les bâtiments et les adapter aux fortes chaleurs ». La présidente Valérie Pécresse (LR) a déjà fait valoir que 6,6 milliards d’euros ont été investis pour rénover les lycées franciliens depuis son arrivée à la région en 2015, ont rappelé de leur côté les conseillers de l’opposition de la droite et du centre.
L’opposition de droite choquée par la formule « violences policières »
La « jeunesse a raison d’être inquiète », a souligné à son tour Grégory Canal, coprésident du groupe « Paris liberté ». « Oui les programmes sont chargés, les emplois du temps aussi. Oui il y a des problèmes de remplacement d’enseignants, oui des classes sont surchargées… Et c’est à nous de pouvoir y répondre par nos politiques publiques. Constater cela est une chose, l’instrumentaliser en est une autre », a-t-il lancé au maire.
Et de lui reprocher de parler de « violences policières » dans le vœu de la majorité. « Vous ne pouvez pas tout mélanger, alors que des enquêtes sont en cours. Derrière, il y a des policiers, des agents de la fonction publique qui prennent des risques, sont molestés à coups de mortier […]. Parler de violences policières, nous en sommes profondément choqués. Ces personnes représentent l’institution républicaine sur le terrain et méritent notre considération, pas des considérations à la va-vite ».
« Ne pas négliger le rôle des forces de l’ordre »
Cela, a-t-il ajouté à l’adresse de l’édile, « alors que vous ne proposez pas grand-chose sur le fond […]. Avant de donner des leçons, faites vos devoirs. L’ouverture des mairies aux lycées, ce sera sans les arrondissements de l’ouest » de la capitale (tenus par la droite), « qui n’ont pas vocation à devenir le nouveau Club des cordeliers (club politique révolutionnaire fondé en 1790, ndlr) payé par les contribuables parisiens » Il a contesté un « vœu inique, indigent », avant d’annoncer que les élus « ne participeront plus aux débats », puis de quitter l’hémicycle.
« Personne ici ne visera à négliger le rôle des forces de l’ordre, la difficulté de leurs missions, sans absoudre des actes individuels. Il reviendra à la justice d’en faire le tri », a rétorqué Emmanuel Grégoire, avant de préciser que l’ouverture des mairies d’arrondissement sera à articuler avec les mesures dévoilées au même moment par le Premier ministre, Sébastien Lecornu. Ce dernier a annoncé « la suspension des cours au lycée en fin de semaine pour organiser un temps de démocratie interne au sein des lycées ».