Blocage des lycées : deux mineurs poursuivis pour violences aggravées après le passage à tabac d’un policier à Belfort
Deux personnes ont été placées en garde à vue, après le passage à tabac d’un policier à Belfort (Territoire de Belfort) vendredi, a indiqué le procureur de la République Paul-Edouard Lallois à l’Agence France-Presse (AFP), ce dimanche 4 octobre 2026, confirmant une information de BFMTV.
Enquête ouverte pour tentative de meurtre
Le magistrat avait annoncé samedi l’ouverture d’une enquête pour « tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique en réunion », alors que plusieurs suspects avaient été identifiés, sans préciser leur nombre. Il se disait alors assez optimiste sur la perspective de les arrêter dans les vingt-quatre prochaines heures.
Lors d’un point presse donné ce dimanche après-midi, le procureur a dénoncé « des extraits coupés d’une vidéo » qui circulent sur les réseaux sociaux et laissent à penser qu’« une interprétation devient en quelques clics une prétendue vérité ».
Une agression après une interpellation
L’incident s’est produit à 9 h 15, aux abords du lycée Courbet, en marge du mouvement lycéen de contestation. L’officier en civil, chef du service départemental du renseignement territorial du Territoire de Belfort, a été pris à partie par un groupe alors qu’il venait d’interpeller un jeune homme, déjà repéré lors d’exactions les jours précédents. Des personnes l’ont fait tomber au sol et roué de coups notamment au niveau de la tête, a indiqué le procureur.
Paul-Edouard Lallois, qui a annoncé qu’un troisième lycéen gardé à vue avait été laissé libre sans charges, a par ailleurs démenti les affirmations circulant sur les réseaux sociaux selon lesquelles le policier aurait mis la tête du jeune homme interpellé sous l’eau en tentant de le maîtriser avant l’agression, près du lit - asséché - de la rivière la Savoureuse.
« Ce lieu de repli servait aux casseurs à s’approvisionner en projectiles », à savoir des pierres, a précisé le procureur, affirmant que la profondeur maximale de l’eau a été mesurée à 19 centimètres, en raison de la sécheresse des derniers mois.
Le jeune homme interpellé, à qui le policier était parvenu à mettre une menotte sur deux, a été filmé et identifié comme celui donnant deux coups de pied au policier alors au sol. Deux autres individus ont été identifiés comme agresseurs, selon Paul-Edouard Lallois, qui a précisé que le policier a reçu huit jours d’incapacité temporaire de travail.
« Je lui ai mis deux coups de pied dans la tête »
Placé en garde à vue, ce jeune de 17 ans et demi, né en Russie et de nationalité bulgare, scolarisé au lycée Courbet et sans antécédent judiciaire, a admis avoir lancé des cailloux, plus tôt dans la matinée, et reconnu les violences commises sur le commandant de police. « Je ne sais pas si c’est l’adrénaline, je lui ai mis deux coups de pied dans la tête », a-t-il expliqué aux policiers, selon le procureur.
Dans son téléphone, les enquêteurs ont découvert la une du journal L’Est républicain de vendredi, représentant un casseur… qui n’est autre que le jeune homme. Il a par ailleurs déclaré lors de sa garde à vue s’être rapproché du lit de la rivière pour se laver les mains après qu’un œuf a cassé dans sa poche. Exprimant des « regrets », il a démenti toute intention de tuer le policier.
Un autre mineur, âgé de 15 ans et demi, également en classe au lycée Courbet, a lui aussi été placé en garde à vue. Les images de l’agression le montrent participer au passage à tabac du policier. « Il a admis avoir voulu porter un coup de pied tout en soutenant qu’il aurait dévié sa trajectoire au dernier moment », a indiqué Paul-Edouard Lallois, « ce que l’enquête devra confirmer ».
Placement en détention provisoire requis conte le plus âgé
Une information judiciaire pour violences aggravées sur une personne dépositaire de l’autorité publique - et non pour tentative de meurtre - a été ouverte par le parquet de Belfort et les deux mineurs sont en cours de présentation à un juge d’instruction. Le parquet a requis le placement en détention provisoire du lycéen de 17 ans et demi et le placement sous contrôle judiciaire strict et dans un établissement de la Protection judiciaire de la jeunesse pour le jeune de 15 ans et demi.
Une plainte pour tentative de meurtre contre le policier
Le procureur de la République de Belfort a démenti qu’une plainte pour tentative de meurtre a été déposée par le lycéen le plus âgé. « À cette heure, je n’ai reçu aucune plainte », a affirmé Paul-Edouard Lallois. Selon lui, lors des auditions du suspect en garde à vue, lorsque les enquêteurs lui ont demandé « s’il pensait que le policier avait tenté de le noyer, il a répondu par la négative ».
L’avocat Arié Alimi a ensuite indiqué à l’AFP qu’une plainte avait bien été déposée « pour tentative de meurtre et complicité par instigation ». « Mon client, mineur, a été victime d’une tentative de noyade par un fonctionnaire de police » qui est « visé comme auteur de la tentative par notre plainte », a affirmé l’avocat, dénonçant « une exceptionnelle sauvagerie ».