Bac, orientation… Un rapport épingle une offre de formation défavorable aux lycéens scolarisés en Seine-Saint-Denis
Un rapport dénonce des inégalités dans l’offre de formations pour les lycéens de Seine-Saint-Denis. Cette étude, publiée ce mercredi 14 octobre 2026 et consultée par Ouest-France, a été menée par l’Institut des politiques publiques à la demande du conseil départemental. Globalement, les collégiens de Seine-Saint-Denis ont notamment moins de possibilités au moment de choisir leurs futurs lycées que dans des départements voisins.
En Seine-Saint-Denis, les trois quarts des lycéens ont accès à trois ou quatre langues vivantes (anglais, espagnol, allemand…), quand d’autres secteurs franciliens en offrent sept (chinois, italien…). Le rapport de l’IPP souligne d’autres disparités marquées dans l’offre pédagogique proposée dans les filières générale et technologique du département : seuls 37 % des lycéens séquano-dyonisiens ont accès à l’ensemble de treize combinaisons de spécialités les plus suivies en terminale générale. Certains lycées ne peuvent donc pas les proposer.
Moins de moyens dans le « 93 » qu’ailleurs ?
De plus, la moitié des lycées du département ne proposent que deux séries technologiques sur les sept existantes en France. Les auteurs montrent aussi un accès très limité aux formations post-bac d’élite : 28 % des jeunes du département ont accès à un lycée public de secteur proposant une classe préparatoire aux grandes écoles (CPGE), contre 53 % dans les Hauts-de-Seine et 100 % à Paris.
En Seine-Saint-Denis, 59 % des lycées généraux et technologiques relèvent de l’indice de position sociale (IPS, qui mesure la mixité sociale de la zone où une école est implantée) le plus bas, contre seulement 8 % au niveau national. Pour résumer : plus l’IPS de l’élève est élevé, plus il évolue dans un contexte familial considéré comme socialement favorable. Et inversement.
Parmi les revendications scandées dans les cortèges, les lycéens se plaignent d’un manque de professeurs et d’heures d’enseignements perdues à cause des absences non remplacées. Le rapport souligne ainsi que la croissance des effectifs d’enseignants n’a pas suivi celle des élèves entre 2005 et 2025 dans le département. Dans les collèges et lycées de Seine-Saint-Denis, les professeurs sont moins expérimentés qu’ailleurs, et plus souvent contractuels, c’est-à-dire non titulaires.
« Un élève perd 18 mois de cours »
Depuis plusieurs années, la vétusté des lycées « du 93 » est aussi régulièrement épinglée. Le 2 octobre, une journaliste de Ouest-France s’était rendue à une manifestation d’élèves et d’enseignants à Drancy, devant le lycée Eugène-Delacroix. « Voilà 25 ans que je travaille dans ce lycée et je l’ai vraiment vu se dégrader », témoignait une professeure de français, avec colère.
Dans cet établissement qui accueille 2 500 élèves, il n’y a plus de médecin scolaire ni d’assistante sociale, et seulement 1,5 poste d’infirmière. Et quand un prof est absent, il faut quinze jours pour avoir un remplaçant, indiquaient les enseignants à Ouest-France. Depuis 2023, une intersyndicale des personnels de la communauté éducative réclame un plan d’urgence de rattrapage pour l’éducation et l’égalité entre tous les territoires, et pour les 260 établissements secondaires publics de la Seine-Saint-Denis.
« La Seine-Saint-Denis est un département sous-doté, s’insurgeaient dans nos colonnes Tony Tremblay, cosecrétaire départemental du syndicat d’enseignements Snes-FSU 93. Le constat a même été documenté dans deux rapports parlementaires en 2018 et 2023. Un élève en Seine-Saint-Denis perd 18 mois de cours sur l’ensemble de sa scolarité. »
Valérie Pécresse défend son bilan
Présidente de la région Île-de-France, qui a pour compétence la gestion des lycées, Valérie Pécresse avait estimé le 5 octobre sur BFM TV que les lycéens franciliens étaient « sans doute les plus aidés au monde pour étudier ». « Les élèves ont un ordinateur gratuit en seconde, des manuels gratuits, mais aussi des aides pour leurs transports, pour acheter des livres, pour pratiquer le sport, la culture », énumérait-elle.
Dans Le Parisien , l’élue Les Républicains avait aussi répondu aux critiques sur l’état du bâti scolaire francilien : « Quand je suis arrivée à la tête de la région Île-de-France, il y avait 200 lycées vétustes. En 2017, nous avons voté un plan sur dix ans doté de 5 milliards d’euros au démarrage. Le montant est aujourd’hui de 6,6 milliards d’euros. Nous dépensons 1 milliard d’euros par an pour rénover les 468 lycées publics d’Île-de-France. Depuis dix ans, 360 ont été reconstruits ou rénovés. Les lycéens sont la grande cause de ma vie politique. Je suis triste de voir des gamins qui cassent aujourd’hui ce que j’ai réparé. »