Algues vertes : pour Les Écologistes de Bretagne, « il est temps de changer de modèle d’élevage »
Tout le monde a en tête les images impressionnantes d’échouages massifs d’algues vertes sur le sable breton. Cet été 2026, Douarnenez a encore été touché par le phénomène. Moins de 20 % de ces échouages se produisent en réalité sur des plages. L’écrasante majorité des algues vertes se déversent en effet dans des vasières, ces étendues côtières couvertes de vase et de sédiments fins, maillon central entre les écosystèmes marins et terrestres. Un rapport de la Cour des comptes rendu public en juillet 2026 (et qui sera présenté aux élus régionaux de Bretagne ce vendredi 4 septembre à Rennes) souligne la nécessité d’étendre la politique de lutte contre les algues vertes à ces secteurs. En parallèle, la préfecture de la Région Bretagne a annoncé, dans un communiqué publié vendredi 28 août 2026, de nouvelles mesures pour lutter contre la pollution aux nitrates. L’État tente de répondre au tribunal administratif de Rennes (Ille-et-Vilaine) qui, lors d’un jugement de mars 2025, l’avait enjoint de renforcer son action contre les pollutions aux nitrates sous dix mois.
« La partie immergée de l’iceberg »
Les échouages sur les vasières sont la partie immergée de l’iceberg, avance Claire Desmares, élue écologiste au conseil régional de Bretagne. Ils sont bien moins visibles, mais tout aussi dangereux pour la population et les milieux naturels. Au-delà de cette prise de conscience, Les Écologistes déplorent que, trop longtemps, les moyens ont été concentrés vers la réparation, essentiellement le ramassage des algues vertes ». Ils estiment au contraire qu’il faut agir à la racine du problème. La prolifération des algues vertes est la conséquence d’un excès de nitrate dans l’eau. Pour se former, ce nitrate a besoin d’oxygène et d’azote (présent naturellement dans l’atmosphère et la matière organique). Mais les activités humaines (particulièrement l’usage d’engrais chimique azotés) entraînent un surplus d’azote dans les sols, qui par ruissellement débouche dans les cours d’eau et dans la mer.
Un « changement du modèle » d’élevage
On nous reproche de vouloir supprimer l’élevage, mais ce n’est pas vrai, balaie Loïc Le Hir, lui aussi élu écologiste au conseil régional de Bretagne. Ce que l’on réclame, c’est un changement de modèle. Concrètement, Les Écologistes proposent de privilégier l’élevage herbager à l’élevage hors sol. Dans l’élevage hors sol, l’alimentation des animaux provient essentiellement de l’extérieur de l’exploitation. Les élus écologistes proposent entre autres de remplacer le maïs par de l’herbe, qui en plus de demander moins d’arrosage a l’avantage d’absorber plus efficacement l’azote. Claire Desmares considère qu’il faut ramener le taux de nitrate à 10mg/L d’eau pour ne plus avoir d’algues vertes. Dans son récent rapport, la Cour des comptes évoque un niveau compris entre 10 et 25mg/L selon les cours d’eau pour permettre une diminution de la prolifération des algues vertes. Des modes de relevés à questionner ? Or, bien que cette teneur ait diminué depuis les années 1990, elle était encore de 32,68mg/L en moyenne dans les cours d’eau bretons en 2024. Et la région continue d’afficher des objectifs de réduction insuffisants , insiste Claire Desmares. Pour l’élue, le bien commun, ce n’est pas de soutenir l’industrie agroalimentaire. Elle et Loïc Le Hir avancent que la transition écologique et l’agriculture biologique peuvent également être pourvoyeuses d’emplois en Bretagne. De leur côté, les acteurs de terrain appellent à un renforcement des contrôles dans les zones exposées aux algues vertes. Pour être exacts, les relevés doivent être menés directement là où se trouvent les algues vertes, estime Jean-Yves Piriou, ancien de l’Ifremer et président d’Eau et Rivières de Bretagne. Or, ils sont parfois effectués dans les dunes, là où la teneur est diluée.