Agriculture, télécoms, tourisme… dans un climat économique et politique flou, les dossiers urgents de la rentrée

Rentrée glissante en vue pour les grands acteurs de la consommation et des services. Après un début d'année marqué par la fermeture du détroit d'Ormuz, les entreprises du CAC40 ont certes affiché une santé insolente au premier semestre… mais elles le doivent en bonne part à l'international. En France, de gros points d'interrogation se dessinent, et la croissance a été nulle au deuxième trimestre, selon l'Insee qui a révisé, vendredi, ses chiffres à la baisse. Avec des risques politiques et géopolitiques toujours forts, la pression se maintient sur le pouvoir d'achat. Et sur fond de finances publiques tendues, les dossiers déjà urgents le deviennent encore plus. L'actualité restera chargée pour Daniel Kretinsky, à la manoeuvre chez Casino et chez FNAC-Darty, comme pour le secteur de la mode, qui joue gros en cette rentrée. Revue des principaux chantiers à suivre en cette rentrée 2026.
· Dans l'agroalimentaire, des tensions du champ à l'usine
Rentrée tendue pour le monde agricole et celui de l'agroalimentaire. Les sécheresses historiques de cet été présagent de lourdes conséquences sur la production agricole : rendements en recul, calibres plus petits, qualité hétérogène. C'est le cas par exemple pour le blé, le maïs, les pommes de terre, les pommes… Le ministère de l'Agriculture prévoit la publication d'un « plan d'aide d'urgence » le 3 septembre. En aval, la facture s'alourdit. Les tensions sur les matières premières agricoles s'ajoutent aux hausses du coût du transport et des emballages, liées notamment aux perturbations du détroit d'Ormuz. « Il y a une crise agricole, mais aussi une crise agroalimentaire », estime Maxime Costilhes, directeur général de l'Association nationale des industries alimentaires. Les négociations commerciales avec la distribution, qui vont démarrer le 1er décembre, s'annoncent d'ores et déjà décisives pour l'industrie. Les conséquences climatiques font aussi peser le risque d'arrêts d'usine, notamment en lien avec la baisse de production et les restrictions d'eau dans les départements. « On a des inquiétudes du Nord à la Bretagne, des zones où il pleut d'habitude beaucoup, mais qui ont peu de capacités de stockage de l'eau », poursuit le directeur général.
· Dans les télécoms, une consolidation sous haute tension
Après de longs mois de négociations, le consortium Orange-Bouygues Telecom-Free a topé avec Patrick Drahi pour la vente de SFR en avril dernier, pour un prix de 20,35 milliards d'euros. La fin d'un cycle, mais le début d'un autre tout aussi important : le passage par les fourches caudines des régulateurs. Au début de l'été, le consortium a arraché une première victoire, en obtenant l'examen de toute l'opération par l'Autorité de la concurrence (ADLC) à Paris, réputée moins défavorables aux grandes consolidations que la Commission européenne à Bruxelles. Mais les prochains mois promettent d'être mouvementés. L'avis des instances représentatives du personnel de SFR, qui craignent une saignée sociale, est attendu d'ici la mi-septembre. Surtout, les résultats alarmants de l'opérateur au carré rouge, avec une hémorragie continue d'abonnés, font craindre un décrochage total de l'entreprise, et une grande distorsion de marché. De quoi donner des idées à l'ADLC, qui n'hésitera pas à imposer des remèdes concurrentiels aux trois acquéreurs de SFR.
· JO 2030 : le Cojop doit surmonter sa crise de gouvernance
À un peu plus de trois ans des Jeux olympiques d'hiver des Alpes françaises 2030, la rentrée s'annonce décisive pour le comité d'organisation (Cojop). Après plusieurs mois marqués par une grave crise de gouvernance et une série de départs, dont celui de son directeur général Cyril Linette en février, l'organisation doit désormais démontrer sa stabilité et à accélérer dans la préparation des Jeux. Nommé en remplacement de Cyril Linette, Vincent Roberti aura notamment pour mission de consolider une équipe encore incomplète. Plusieurs postes restent à pourvoir, comme celui à la direction des opérations, anciennement occupé par Anne Murac, alors que le Cojop doit aussi entrer dans une phase plus opérationnelle. À partir de septembre, plusieurs réunions publiques doivent être organisées dans les principaux territoires concernés par les compétitions, les infrastructures olympiques et les hébergements. La question financière sera aussi scrutée. Les JO Alpes 2030 doivent être organisés dans un contexte de forte contrainte sur les finances publiques, avec un modèle reposant sur un équilibre entre financements privés, contribution publique et recettes générées par les Jeux. Or les éditions hivernales sont généralement moins lucratives que les Jeux d'été. La capacité du Cojop à maîtriser ses dépenses et à sécuriser rapidement de nouveaux partenaires sera donc cruciale. À ce stade,EDF est le seul partenaire officiel à avoir annoncé publiquement son engagement.
· Club Med : le retour en Bourse se précise
Plus de dix ans après avoir quitté la Bourse de Paris à la suite de son rachat par le chinois Fosun, le Club Med va indirectement faire son retour sur les marchés financiers. A priori avant la fin de l'année, à Hong Kong. Son propriétaire a annoncé, vendredi, avoir déposé un dossier d'introduction en Bourse à Hong Kong pour ClubMed Lifestyle Group, une entité regroupant Club Med et ses autres entreprises spécialisées dans le secteur. Derrière ce projet d'IPO - qui pourrait aboutir avant la fin de l'année - se joue aussi une nouvelle étape dans la transformation du Club Med. Le groupe a progressivement abandonné son image de club de vacances populaire pour monter en gamme et cibler une clientèle plus aisée. Stéphane Maquaire, nommé en juillet 2025 après le départ de l'emblématique Henri Giscard d'Estaing, entend accélérer cette stratégie tout en améliorant la croissance et la rentabilité. Le Club Med veut poursuivre son développement et ouvrir une quarantaine de nouveaux villages d'ici à 2035, pour atteindre une centaine d'établissements.
· A la SNCF, un TGV de nouvelle génération très attendu
C'est peu dire que le TGV M, le train à grande vitesse de cinquième génération présenté comme plus efficace et plus capacitaire, s'est fait attendre plus que de raison. Au bout de maints retards et après avoir manqué la saison d'été, la nouvelle version du train à deux étages doit être mise en service commercial en septembre, sur la ligne Paris-Marseille pour commencer. Sur la centaine de rames commandées à Alstom en juillet 2018 pour 3 milliards d'euros, la SNCF va mettre en ligne pour commencer une mini-flotte réduite à 6 rames, qui passeront si tout va bien à 13 à la fin de cette année. Pour éviter le moindre impair pendant la saison d'été marquée par des canicules sévères, le transporteur national a préféré temporiser jusqu'à cette rentrée, même s'il a déjà décroché l'autorisation européenne de mise sur le marché (AMM), au bout de plus d'un million de kilomètres d'essais sur le réseau national. S'il ne roulera pas plus vite que les générations précédentes (320 km/h en pointe), le nouveau TGV se veut plus économe et plus flexible, avec 20 % d'économies d'énergie au roulage, et la possibilité d'aligner 6,7 ou 8 voitures par train selon les besoins.
· Dans le luxe, l'adossement d'Armani à un partenaire industriel
C'est le dossier chaud du luxe qui concerne des géants du secteur, tous français, LVMH (propriétaire des « Echos »), L'Oréal et EssilorLuxottica. Giorgio Armani est monté au paradis des créateurs de mode il y a tout juste un an, le 4 septembre 2025. A la surprise générale, dans son testament, le « re Giorgio » a demandé à ses héritiers d'adosser son groupe (2,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires pour une valeur estimée entre 4 et 9 milliards) à un grand partenaire industriel. Le couturier aux formes souples et déconstruites a cité les noms du leader mondial du luxe, du numéro 1 de la beauté et du champion de l'optique. Le schéma prévoit l'acquisition d'une première tranche de 15 % du capital puis d'une montée progressive pouvant aller jusqu'à 54,9 %. La Fondation Giorgio Armani qui contrôle l'empire et est dirigée par Leo Dell'Orco, le compagnon du fondateur, et les neveux Silvana Armani et Andrea Camarana, s'est mise en ordre de marche en intégrant Marco Bizzarri, l'ancien dirigeant de Gucci. L'Oréal a déclaré son intérêt. Des rumeurs ont bruissé d'une alliance L'Oréal - EssilorLuxottica qui ont intérêt à verrouiller leurs licences Armani. Le dossier devrait avancer d'ici la fin de l'année. Rachel Cotte, Julia Lemarchand, Denis Fainsilber, Philippe Bertrand, Camille Wong, avec E. Le.