Agriculteurs, Budget 2027, impôts, aide aux Français… Les dossiers chauds de la rentrée de Sébastien Lecornu
À la veille de réunir ce lundi 31 août 2026 les membres de son gouvernement pour un ultime séminaire de rentrée - durant lequel ils évoqueront notamment le Budget et les récentes cyberattaques -, le Premier ministre Sébastien Lecornu a détaillé dimanche 30 août dans un entretien au Parisien ses priorités pour les prochains mois. Voici ce qu’il faut en retenir.
Deux plans pour les agriculteurs
Comme l’avait annoncé la ministre de l’Agriculture Annie Genevard en juillet dans Ouest-France , un « plan de sauvegarde et de soutien » aux agriculteurs sera présenté jeudi prochain. Objectif, les aider à passer l’hiver, alors que ces derniers ont été confrontés à un été exceptionnellement dur : la précocité et l’intensité de la sécheresse ont impacté les rendements de la plupart des filières ainsi que la disponibilité des fourrages, et ce à travers la France. « 90 départements sont touchés par des effondrements de production, du jamais-vu depuis trente ans », selon le Premier ministre. Les mesures devraient être déclinées par filière et selon les départements, après la réunion organisée jeudi dernier par la ministre de l’Agriculture avec les préfets. Sébastien Lecornu promet ensuite un « plan de relance » pour les agriculteurs, dont les dispositions seront incluses dans le Budget 2027.
Faire passer le Budget 2027 dans un environnement économique difficile
Les prochains débats pour le budget de l’année 2027 s’annonçaient déjà compliqués, à quelques mois de l’élection présidentielle. La situation financière ne devrait pas arranger les choses. Car si l’agence de notation Fitch a finalement maintenu vendredi la note souveraine de la France à A +, avec perspective stable, l’Insee a dévoilé le même jour de pessimistes prévisions de croissance pour la France en 2026, face aux effets sur l’économie de la guerre au Moyen-Orient et des canicules. La France a d’ailleurs évité de peu la récession au deuxième trimestre, avec une croissance nulle. Une mauvaise nouvelle due notamment aux effets des canicules sur la production agricole, alors que l’inflation a par ailleurs grimpé pour le mois d’août à 2,4 % sur un an, après 2,1 % en juillet, tirée par les prix de l’énergie. « En 2025, le désordre était surtout franco-français », note le Premier ministre, cette année, « il est surtout international ». Il appelle donc ses opposants politiques à ne pas y rajouter « un désordre domestique » en bloquant l’approbation du budget qui sera présenté au Parlement à l’automne. Mais promet de s’adapter à l’élection présidentielle qui arrive à grands pas, en bâtissant « un budget différent, avec des mesures, pour beaucoup réversibles, par la nouvelle majorité qui sortira des urnes. Autrement dit, ce budget, en pratique, pourra n’être qu’un budget de premier semestre. » Samedi, le président de l’UDI, Hervé Marseille, avait estimé lors de l’université d’été du parti centriste à Vendôme (Loir-et-Cher) que le budget 2027 passerait nécessairement - en raison de la difficulté de parvenir à un compromis - par une ordonnance. Un outil encore jamais utilisé, qui permet au gouvernement de mettre en œuvre son budget, a priori dans sa version initiale, si le Parlement ne s’est pas prononcé dans les délais constitutionnels.
Réaliser des économies… sans hausse d’impôts
Alors que le déficit de la France reste abyssal - et restera au-delà des 5 % du PIB initialement escomptés par le gouvernement pour cette année -, Sébastien Lecornu entend que l’État porte l’essentiel de l’effort, et non les Français directement. Le Premier ministre exclut donc toute hausse d’impôt, et laisse le débat sur la fiscalité aux candidats à la Présidentielle. Dans le budget 2027, il prévoit donc que les dépenses de l’État continuent d’augmenter, mais moins que l’inflation. Avec quelques priorités à soutenir : les armées, la Justice, l’Intérieur, l’Éducation nationale, la recherche et l’écologie. Il entend geler les dépenses concernant le logement social et l’apprentissage. Celles des collectivités locales devront se tenir à l’inflation. Tandis que les dépenses sociales la dépasseront « mécaniquement », en raison du vieillissement de la population. Le Premier ministre promet ni gel du RSA ni des « petites retraites », mais la désindexation des plus fortes pensions par rapport à l’inflation est « sur la table » pour voir « comment les pensions de retraite de nos aînés pourraient être mises à contribution pour le soin des plus âgés ». Quant au déremboursement de certains médicaments, il entend « poser la question » quand le bénéfice thérapeutique est « faible ». Sébastien Lecornu promet enfin des « discussions » sur la surtaxe des très grandes entreprises, mais ne souhaite pas la reproduire à l’identique, par peur de freiner les investisseurs internationaux. Il aimerait aussi lancer « une vraie réforme avec les partenaires sociaux » face à la forte hausse des arrêts maladies, visant à éviter les « abus ». Sachant qu’une nouvelle mesure entre d’ores et déjà en œuvre à compter du 1er septembre 2026 : sauf dérogation, la prescription d’un arrêt de travail par un médecin, un chirurgien-dentiste ou une sage-femme ne pourra être supérieure à un plafond fixé à trente et un jours pour une première prescription et à soixante-deux jours en cas de prolongation. L’arrêt devra en outre mentionner les éléments médicaux justifiant l’interruption du travail.
Aider les Français et les entreprises sur les prix du carburant
Alors que les prix du carburant ont explosé avec le blocage du détroit d’Ormuz, restant encore au-dessus de 2 € le litre, le gouvernement entend poursuivre « l’accompagnement des filières impactées et des travailleurs les plus modestes, tout en déployant le plan électrification ». Lors du déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, « nous avons pris dans la foulée des mesures nouvelles de freinage de la dépense pour 6 milliards d’euros », assume Sébastien Lecornu. Le groupe TotalEnergies continuera, lui, de plafonner le prix des carburants dans ses stations « tant que le conflit durera », a par ailleurs assuré samedi son PDG, Patrick Pouyanné.