Plafonds imbibés, salles de bains dégradées… Face à l' ...
Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine), le 5 mai 2026. Des agents de l’Agence régionale de santé (ARS), accompagnés de la police municipale de la commune, pénètrent dans un immeuble résidentiel rue du Lin, géré par le bailleur social Néotoa. Dès l’entrée de la résidence, les traces sont visibles : un trou béant, entouré d’une coloration sombre, perce le faux plafond, vestige d’un dégât des eaux - depuis rebouché par une planche. Ils ont été alertés par des locataires de ce logement, et par le Centre communal d’action sociale (CCAS) de la ville. Des signalements qui font état de plusieurs problèmes : présence d’humidité, fuites d’eau, nuisances sonores, mais aussi prolifération d’aoûtats - des larves d’acariens - sur les terrasses du rez-de-chaussée. La délégation visite les parties communes et dix appartements. Un rapport, rendu le 15 juin, fait état de désordres qui constituent des non-conformités […] aux règles sanitaires d’hygiène et de salubrité des locaux d’habitation . Et demande au bailleur d’agir en conséquence. Dans l’appartement de la famille Kibreab, au troisième étage, les stigmates sont présents. Le plafond de la salle de bains présente des traces importantes et une peinture écaillée. Au-dessus des fenêtres des chambres, des taches sombres s’étendent jusqu’au plafond. La famille, composée de deux adultes et de deux enfants, y vit depuis quatre ans. Mon mari a dû être hospitalisé à deux reprises depuis le mois de juin pour des problèmes respiratoires, s’inquiète Redae Kibreab. On est obligé de se demander si ce n’est pas lié… Pour Vanessa Tanguy, qui vit au rez-de-chaussée, le lien ne fait aucun doute. Porteuse d’une mutation génétique, elle a subi plusieurs opérations chirurgicales préventives ces derniers mois, dont une double mastectomie. J’ai dû décaler d’un mois l’une de ces opérations car j’ai notamment développé de l’urticaire. Pour mon médecin, il y a un lien avec le problème d’humidité dans mon logement. Selon le rapport de l’ARS, le taux d’humidité relevé dans son appartement est compris entre 50 et 60 %. Contacté, Néotoa réfute toute accusation d’inaction. Une entreprise est intervenue onze fois, de l’été à la fin de l’année 2025, affirme Sophie Donzel, directrice générale du groupe. On ne peut pas dire qu’on n’a pas été réactifs. Mais, à plusieurs reprises, le système de VMC de l’immeuble a fait l’objet d’une intervention malveillante, au niveau de la gaine technique. » Elle a, il y a quelques semaines, été remise en état de marche.
« La police est intervenue des dizaines de fois »
Une allégation qui surprend. Je ne vois pas qui serait assez bête pour aller casser la VMC, s’interroge Jonathan Villais, lui aussi confronté à des problèmes d’humidité chez lui. Parce que tout le monde subit forcément cette panne. Vanessa Tanguy conteste également cette hypothèse. Pour accéder au moteur de la VMC, il faut se rendre sur le toit, à l’aide d’u ne échelle cadenassée, donc inutilisable , décrit-elle, évoquant également la nécessité d’une clé de sécurité pour ouvrir le dispositif. Locataire depuis avril 2023, Vanessa Tanguy explique avoir tenté d’alerter Néotoa concernant les différents désordres depuis trois ans. Car, depuis son installation, ses nuits sont perturbées par des bruits provenant du voisinage et l’empêchent de dormir. La police est intervenue chez cette personne des dizaines de fois depuis que j’habite ici, en vain. C’est sans fin , déplore-t-elle. Dès le mois de juin 2023, elle signale ces nuisances à son bailleur. Des alertes qui, selon elle, auraient été systématiquement minimisées par l’entreprise basée à Rennes. Une tentative de conciliation a lieu entre le bailleur et la locataire, mais elle a donné lieu à un constat d’échec le 13 novembre 2024 , comme le stipule l’avocat de Vanessa Tanguy dans un courrier de mise en demeure adressé à Néotoa en janvier 2026. C’est en échangeant avec ses voisins à ce sujet que Vanessa Tanguy découvre, d’abord, les difficultés liées à l’humidité que rencontre une partie du voisinage. J’ai visité des logements aux plafonds imbibés d’eau, des salles de bains dégradées, même des prises électriques hors service. Je me suis demandé où j’avais mis les pieds.
« C’est rare qu’un maire prenne un arrêté de la sorte »
Les mois passent et les problèmes se multiplient. En 2024, une invasion de puces est signalée par plusieurs habitants, qui soupçonnent une origine liée à un autre logement. Puis, durant l’été 2025, des aoûtats apparaissent dans les espaces extérieurs. C’est à ce moment-là que l’ensemble du système de VMC commence à dysfonctionner, aggravant les problèmes d’humidité. Concernant les aoûtats, Sophie Donzel précise : Il ne s’agit pas de nuisibles à proprement parler. C’est un sujet qui concerne le syndicat de copropriété chargé de gérer les espaces extérieurs de la résidence, puisqu’ils prolifèrent dans les herbes et non dans les logements. Le maire de Cesson-Sévigné, Jean-Pierre Savignac, connaît bien le dossier. Il rappelle que la police municipale est intervenue à plusieurs reprises et que la commune a mis en demeure le bailleur d’agir, en prenant un arrêté de mise en sécurité en juin. Une décision qu’il qualifie lui-même d’exceptionnelle : C’est rare qu’un maire prenne un arrêté de la sorte sur un bâtiment qui n’a qu’une dizaine d’années. Face à une situation qu’il juge inacceptable, l’élu ne cache pas son indignation : On ne peut pas laisser les gens dans ces conditions.